Neil Young

“PEACE TRAIL”

Rock & Folk - - News - RE­PRISE/WAR­NER

les plus di­rec­te­ment po­li­tiques ont d’ailleurs été joués au De­sert Trip, Neil Young vou­lant sans doute pro­fi­ter de la tri­bune pour faire en­tendre son mes­sage. Ces chan­sons sont en tout cas ins­pi­rées : “Ter­ro­rist Sui­cide Hang Gli­ders” est une sa­tire de la pa­ra­noïa sur les mi­grants et les at­ten­tats, celle dont Do­nald Trump fait son ter­reau, “In­dian Gi­vers” évoque le com­bat en cours d’une tri­bu in­dienne pour ar­rê­ter la construc­tion d’un pi­pe­line dans sa ré­serve. Et il y a sur­tout “John Oaks”, ré­cit mé­tho­dique et dé­taillé de ce qui se ré­vèle être une énième ba­vure po­li­cière en­vers un noir. Ici, la forme as­sez vieillotte du tal­king blues met en lu­mière à quel point cette vio­lence im­prègne la so­cié­té amé­ri­caine. En fait, sur l’en­semble des titres de “Peace Trail”, Neil Young prend le risque de dy­na­mi­ter son style élec­troa­cous­tique de­ve­nu ces der­niers temps un peu pé­père. On peut ain­si re­pé­rer pas mal d’over­dubs et même des traces d’Au­to-Tune, certes pas aus­si ap­puyées que le vo­co­deur de “Trans” mais tout de même as­sez in­at­ten­dues. La gui­tare s’ef­face sou­vent de­vant des riffs joués à l’orgue ou à l’har­mo­ni­ca — le goût du Lo­ner pour le style de Jim­my Reed dé­bouche ici sur quelque chose de frais — et sur­tout une sec­tion ryth­mique bien plus ac­tive que de cou­tume. Young semble avoir de­man­dé à Jim Kelt­ner, le grand bat­teur amé­ri­cain de stu­dio de ces der­nières dé­cen­nies, et à Paul Bu­sh­nell, au­quel on par­don­ne­ra d’ac­com­pa­gner My­lène Far­mer, de mon­ter à l’as­saut face à lui, de bri­ser ses schémas ha­bi­tuels en au­tant de frag­ments scin­tillants. Et un disque de Neil Young où on re­marque la basse, ça n’est pas or­di­naire. Il n’y a donc pas ici de grandes en­vo­lées de gui­tares, de mor­ceaux à ral­longe, mais une ten­sion per­ma­nente pour le contrôle du mix, qui porte toute une in­quié­tude et livre en ré­ponse un blues mo­derne et dé­pouillé, ren­dant une voix aux lais­sés-pour­compte. Toutes les idées ne marchent certes pas. L’al­bum se ter­mine ain­si de fa­çon com­plè­te­ment in­con­grue par l’histoire du dé­bal­lage d’un ro­bot com­man­dé chez Ama­zon, et le contre-chant trai­té à l’Au­to-Tune sur “My Pledge” a sur­tout pour ef­fet de faire pen­ser à Cher ou à Maître Gims. Mais quand Neil Young se lance dans la che­vau­chée ner­veuse du mor­ceau­titre qui ouvre l’al­bum et qu’il lutte pour y im­po­ser sa gui­tare et sa voix, on re­trouve ain­si une fra­gi­li­té et une vul­né­ra­bi­li­té dont il n’avait plus for­cé­ment l’ha­bi­tude. “Quelque cho­se­de­neu­fes­ten­trainde pous­ser”, chante-t-il. En bien, en mal ? En tout cas quelque chose qui le tra­vaille au corps et l’amène en­core à se réin­ven­ter. FRAN­COIS KAHN

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.