John Cale

Rock & Folk - - News - “FEAR” “FRAG­MENTS OF A RAI­NY SEASON” 080 R&F FE­VRIER 2017

Is­land/ Uni­ver­sal (im­port Gi­bert Jo­seph) Do­mi­no (im­port Gi­bert Jo­seph) En forme olym­pique du­rant les an­nées 70, John Cale n’a pas en­re­gis­tré un al­bum mau­vais voire mé­diocre du­rant toute la dé­cen­nie (on ne peut pas dire la même chose de son vieux ri­val Lou Reed). Avec une voix li­mi­tée, as­sez plate et peu ai­mable, le Gal­lois s’en est sor­ti par la grâce de ses com­po­si­tions qui ont mon­tré du­rant ces an­nées des qua­li­tés de mé­lo­diste in­soup­çon­nables chez le Vel­vet Un­der­ground. Après un pre­mier al­bum so­lo fan­tas­tique (“Vin­tage Vio­lence”, 1970) et une mer­veille en 1973 (“Pa­ris 1919”) fai­sant suite à deux disques un peu ex­pé­ri­men­taux (“Church Of An­thrax” et “The Aca­de­my In Pe­ril”), Cale, sur sa lan­cée, sor­tait un nou­veau chef-d’oeuvre — ce ne se­rait pas le der­nier, comme en at­tes­te­ront plus tard “Slow Dazzle” et sur­tout “He­len Of Troy” — cet épa­tant “Fear”, qui res­sort ré­édi­té de la ma­nière la plus ba­sique qui soit (pas de li­vret, ni de bo­nus). Avec Phil Man­za­ne­ra et Brian Eno tous deux fraî­che­ment échap­pés de chez Roxy, l’ar­tiste en­voyait une dé­charge de chan­sons su­blimes : “Fear Is A Man’s Best Friend”, “Emi­ly”, “Barracuda”, “Ship Of Fools” ou le my­thique “Buf­fa­lo Bal­let” brillent de mille feux et font de “Fear” un al­bum pro­pre­ment ex­tra­or­di­naire, mon­trant une fois de plus, si l’on en juge par ses ventes d’al­bums à l’époque, à quel point John Cale a tou­jours été sous-es­ti­mé. D’ailleurs, ses com­po­si­tions sont tel­le­ment so­lides que lorsque, en 1992, il les in­ter­pré­te­ra seul au pia­no ou à la gui­tare pour le live “Frag­ments Of A Rai­ny Season” (in­trou­vable de­puis des lustres, et qui res­sort au­jourd’hui dans une très belle ver­sion en­ri­chie d’un disque sup­plé­men­taire dans le­quel on le voit fri­co­ter avec des cordes : le ré­sul­tat est très in­té­res­sant aus­si), elles ne per­dront rien de leur su­perbe : to­ta­le­ment désha­billées, “A Child’s Ch­rist­mas In Wales”, “Chi­nese En­voy”, “Lea­ving It Up To You”, “Buf­fa­lo Bal­let”, “The Bal­lad Of Cable Rogue” ou le mons­trueux “(I Keep A) Close Watch” prennent une autre di­men­sion et dé­voilent toute leur pro­fon­deur. Ce John Cale, quel homme... pro­duc­tion af­freuse ty­pique de l’époque. Res­tent des com­po­si­tions su­perbes, et une belle voix, pas très éloi­gnée de celle de Pe­ter Case. C’est dé­jà pas mal. 1978 et 1979. La di­ver­si­té dé­li­rante s’af­fi­chant tout au long du cof­fret montre clai­re­ment à quel point non seule­ment l’époque était fer­tile, mais aus­si de quelle ma­nière le punk ini­tial n’avait pas tout cou­lé dans un même moule. Entre les Swell Maps de Nik­ki Sud­den et Epic Sound­tracks et les Nipple Erec­tors de Shane MacGo­wan, entre les Kill­joys de Ke­vin Row­land (Dexy’s) et John­ny & The Self Abu­sers de Jim Kerr (Simple Minds), entre les Boys et les Car­pettes, entre les On­ly Ones et les ex­cel­lents Stoat, c’est un monde qu’il reste à dé­cou­vrir. Parce que ce cof­fret as­sez gé­nial ne se contente pas de réunir les pe­tits clas­siques (The Fall, Mem­bers, Stiff Lit­tle Fin­gers, Ruts, Mem­bers, Adam & The Ants du dé­but, Sham 69 et la co­horte Oi! des An­ge­lic Ups­tarts et Co­ck­ney Re­jects, ou en­core Joy Di­vi­sion pour le mé­con­nu “Fai­lures”) mais pro­pose aus­si des groupes my­thiques bien que moins connus comme Ru­di, les Out­casts, les Skids, les Pre­fects et aus­si, et sur­tout, une tonne de trucs to­ta­le­ment in­con­nus : Ba­zoo­mis, Proles, Dod­gems, Pa­nik, Some Chi­cken, Big G, Ley­ton Buz­zards, Dis­co Zom­bies, on en passe et des meilleurs comme les char­mants Sni­vel­ling Shits (“Ter­mi­nal Stu­pid”), Sa­tan’s Rats ou Fa­tal Mi­crobes... Tout n’est pas gran­diose là-de­dans — le fa­meux DIY a ses li­mites — : qui veut sé­rieu­se­ment (ré)écou­ter Vice Squad, Patrick Fitz­ge­rald (“Safety-Pin Stuck In My Heart”, il fal­lait oser) ou Pe­ter & The Test Tube Ba­bies ? Mais la vue d’en­semble est mer­veilleuse, le li­vret pas­sion­nant et la di­ver­si­té phé­no­mé­nale : les ama­teurs du genre et de la pé­riode n’au­ront que très peu de dou­blons.

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