JESUS AND THE MA­RY CHAINS

Mi­racle de la di­plo­ma­tie : les frères Reid ont réus­si à faire un nou­veau disque en­semble, tout de chan­sons sen­ti­men­tales et sa­tu­rées. Le ca­det des frères Reid, Jim, ra­conte l’his­toire sans am­bages.

Rock & Folk - - Sommaire 596 - Jé­rôme Rei­jasse

Ro­mu­lus et Re­mus, Caïn et Abel, Noel et Liam Gal­la­gher et Jim et William Reid. Les deux fran­gins écos­sais de Jesus And Ma­ry Chain ont écrit un disque culte et his­to­rique, “Psy­cho­can­dy”, voi­là trente ans, d’autres fran­che­ment ad­mi­rables comme “Dark­lands” puis “Au­to­ma­tic”, in­ven­té la noi­sy pop (au­jourd’hui re­bap­ti­sée shoe­gaze), conta­mi­né des mil­liers de cer­veaux ado­les­cents et re­don­né un sens au mot fra­tri­cide. In­ca­pable de res­ter dans la même pièce plus de deux heures sans se ba­lan­cer des in­sultes et des cen­driers à la tronche, le duo re­vient après 18 ans de si­lence dis­co­gra­phique et une tour­née an­ni­ver­saire triom­phale en 2014. “Da­mage And Joy” mé­lange la sa­tu­ra­tion, le rock’n’roll, la dé­pres­sion et la lu­mière, les voix mas­cu­lines et fé­mi­nines — sur ce disque chantent Iso­bel Camp­bell, Sky Fer­rei­ra, Ber­na­dette (pe­tite amie de William), Lin­da (la fran­gine Reid) — les riffs bar­be­lés et les mé­lo­dies ac­cro­cheuses. Sur­tout, il dé­montre que l’im­pos­sible peut perdre ses deux pre­mières lettres, à condi­tion d’y croire en­core et d’ou­blier ses ran­coeurs. “Da­mage And Joy” n’em­por­te­ra pas tout sur son pas­sage. Il com­ble­ra les fans et au­ra de quoi at­ti­rer les non ini­tiés. Dé­jà pas mal. Parce qu’il ne triche pas, parce qu’il n’est qu’une dé­cla­ra­tion d’amour à une mu­sique qui n’a tou­jours be­soin que de quelques ac­cords pour en­va­hir les coeurs et les vies. Jim Reid est en pro­mo, à Paris, dans un hô­tel qui ac­cueille ses clients avec une sta­tue de Mi­ckey ar­bo­rant un sexe géant. Ra­chel, la fian­cée de Jim, boit de la ti­sane al­lon­gée sur le lit pen­dant que Jim ré­pond aux in­ter­ro­ga­tions, alerte et vi­si­ble­ment ra­vi d’être là. Sans son frère. On ne se re­fait pas.

Désa­mor­cer les ten­sions

ROCK&FOLK : Comment prend-on la dé­ci­sion de re­ve­nir en stu­dio, presque 20 ans après le der­nier en­re­gis­tre­ment ? Avec le dé­sir d’écrire en­core l’his­toire ou pas du tout ?

Jim Reid : Les chan­sons exis­taient dé­jà en fait. On n’a ja­mais écrit de chan­sons en stu­dio, ja­mais. On s’est tou­jours poin­té aux en­re­gis­tre­ments avec le ma­té­riau né­ces­saire. Ja­mais les mains vides. Et donc, là en­core, ça n’a pas été un pro­blème. Après, de se re­trou­ver en stu­dio, ça a été une ex­pé­rience un peu étrange, je ne vous le cache pas. On ne sa­vait pas comment ça al­lait se pas­ser. C’était un risque à prendre, j’ima­gine...

R&F : Ce qu’on vou­lait vrai­ment sa­voir, c’était sur­tout si vous vous sen­tiez en­core capables d’écrire des titres mar­quants, his­to­riques...

Jim Reid : Ce­la n’en­gage que moi mais on avait l’im­pres­sion que nos nou­velles chan­sons étaient vrai­ment va­lables... Et c’était une rai­son suf­fi­sante pour nous pour re­ve­nir en stu­dio, on n’avait pas be­soin de plus. Et en toute fran­chise, ce ne sont vrai­ment pas les chan­sons qui nous in­quié­taient le plus (rires). Mais plu­tôt comment on al­lait bien pou­voir les en­re­gis­trer sur bande... Et comment elles al­laient son­ner. Tu peux avoir les meilleures chan­sons au monde mais c’est très fa­cile de les rui­ner au mo­ment de les en­re­gis­trer. On en était conscient, conscient que tout pou­vait très mal tour­ner en stu­dio.

R&F : Mais cette in­quié­tude ve­nait d’où, exac­te­ment ? De cette peur de ne pas trou­ver votre son ou de cette ten­sion per­ma­nente entre votre frère William et vous ?

Jim Reid : Des deux fran­che­ment, des deux ! J’étais vrai­ment ter­ri­fié à l’idée de de­voir af­fron­ter William, de l’avoir en face de moi pen­dant plu­sieurs jours en stu­dio. C’est la rai­son pour la­quelle ça nous a pris au­tant de temps pour ac­cou­cher de ce disque. Quand on s’est re­trou­vé une pre­mière fois en 2007, William cre­vait d’en­vie de faire un nou­vel al­bum. Mais moi, j’en étais tout sim­ple­ment in­ca­pable. Je ne pou­vais pas re­com­men­cer, re­plon­ger, im­pos­sible ! Je n’étais pas vis­cé­ra­le­ment op­po­sé à l’idée de faire un nou­veau disque mais notre réunion était trop ré­cente, la souf­france en­core trop pré­sente. L’en­re­gis­tre­ment dou­lou­reux de “Mun­ki” était en­core là, violent, mar­quant... Alors que dix an­nées étaient pas­sées... Et puis, l’une de mes filles ve­naient de naître à ce mo­ment-là, je ne vou­lais pas re­par­tir loin de chez moi, je vou­lais la voir, être pré­sent. Mais même après, j’ai com­pris que je conti­nuais à me trou­ver des ex­cuses pour ne pas re­tour­ner en stu­dio. Je ne sa­vais pas ce que ça pour­rait don­ner, s’il y avait en­core quelque chose à faire avec ce groupe. J’étais ter­ri­fié en fait...

R&F : Vous avez ré­cem­ment dé­cla­ré que vous aviez en­ter­ré la hache de guerre et que la sa­gesse ve­nait avec l’âge. On a du mal à vous croire...

Jim Reid : Je ne me rap­pelle pas avoir dit ça (rires). Je me sou­viens qu’on a tous les deux ten­té à plu­sieurs re­prises d’en­ter­rer cette hache mais... La sa­gesse ne vient pas avec l’âge, c’est une conne­rie. Mais une fois que j’ai dit ça, je me dois aus­si d’avouer qu’on a connu, mon frère et moi, quelques mo­ments de calme. En stu­dio, tout a été éton­nam­ment plu­tôt fa­cile. On n’a pas pas­sé nos jour­nées à se foutre sur la gueule.

Ter­ri­fié en fait”

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