BRIAN JONESTOWN MAS­SACRE

Anton Newcombe vient de sor­tir un dix-sep­tième al­bum,, en­re­gistre dé­jàj les sui­vants et livre, de­puis son stu­dio al­le­mand, quelques ful­gu­rances sur l’état du monde.

Rock & Folk - - Sommaire 596 - Ba­sile Far­kas

Même pas le temps d’en­clen­cher l’en­re­gis­treur, Anton Newcombe est dé­jà en ébul­li­tion. Ce ma­tin de la fin fé­vrier, le pa­tron du Brian Jonestown Mas­sacre est au bou­lot dans son nou­veau stu­dio ber­li­nois. L’in­gé­nieur du son pré­cé­dent, un Fran­çais, a été rem­pla­cé par An­drea, rus­tique et af­fable dame à l’ac­cent bri­tan­nique non iden­ti­fié. “Je ne l’ai pas vi­ré, il s’est vi­ré tout seul di­sons. Il s’est per­mis de me dire que je lui don­nais trop de bou­lot parce que je n’en­re­gis­trais pas comme il

fal­lait. Est-ce qu’on va dire à Mo­zart comment écrire ses notes ?” Puis l’ani­mal nous em­mène vers la salle des ma­chines, grande pièce aux murs rouges, rem­plies de gui­tares sixties, d’orgues, de syn­thés, d’am­plis Fen­der, Am­peg et Vox. Fiè­re­ment, Anton montre sa bat­te­rie Lud­wig en plexi­glas noir et blanc (“il n’y en a que sept dans le monde”). Puis, en quelques mi­nutes, ex­plique les se­crets de son la­bo­ra­toire, tout en mar­chant al­lè­gre­ment sur ses câbles. “J’ai des adap­ta­teurs pour

avoir un vol­tage amé­ri­cain, il se prête mieux à cer­tains am­plis...” L’Amé­ri­cain est en pleine forme, af­fû­té, ra­sé de près (exit les rou­fla­quettes blanches géantes) et vient de sor­tir un nou­veau disque à peine quatre mois après le très bon “Third World Py­ra­mid”. “Don’t Get Lost”, le nou­veau, est moins évident. Une sorte de ma­ni­feste avec peu de pa­roles, mais beau­coup d’étran­ge­tés syn­thé­tiques et de fré­quences pa­ra­noïaques, pour ac­com­pa­gner le chaos glo­bal gran­dis­sant. Le monde va mal, sauf Anton Newcombe. Un thé au lait, une Ca­mel sans filtre, c’est par­ti.

Le pro­blème de U2 c’est Bo­no. Le pro­blème avec Bo­no c’est sa voix. Il chouine tout le temps. On di­rait une femme ita­lienne qui pleure à l’église”

ROCK&FOLK : Vous ne chô­mez pas...

Anton Newcombe : Cet al­bum “Don’t Get Lost”, je l’ai fait en deux se­maines. Les groupes ne font pas ça. Moi j’ai une ca­dence d’usine. Comme le Brill Buil­ding, où les mecs ve­naient pour écrire des chan­sons. C’est ce que je fais, tout seul. Si j’ai en­vie d’es­sayer un nou­veau genre de mu­sique, une idée, je le fais. Si je veux en­re­gis­trer une bat­te­rie, ou une gui­tare acous­tique, je peux le faire ins­tan­ta­né­ment. Puis je fais ve­nir Tess Parks pour m’ai­der avec les pa­roles. J’ai be­soin de son aide, je me suis aper­çu qu’à force d’avoir écrit toutes ces chan­sons, je n’ai plus rien à dire. Je vais chan­ter sur quoi ? Les 30 par­fums de glace ? C’est par­fois aus­si plus fa­cile de bos­ser en équipe.

R&F : Le disque est très an­gois­sé, op­pres­sant. A-t-il été in­fluen­cé par la vie po­li­tique amé­ri­caine et mon­diale ?

Anton Newcombe : Je sen­tais que ça ar­ri­ve­rait. Pour moi, on est pas­sé pas loin de la Troi­sième Guerre mon­diale avec la Rus­sie il y a quelques mois. Ils ont bou­gé leurs mis­siles et leur flotte vers la Sy­rie. Si un avion de plus ex­plo­sait, ça pé­tait. Il y a eu le coup d’état ra­té en Tur­quie... Les Amé­ri­cains n’ont pas bou­gé. Puis ar­rive l’élec­tion. Si Hilla­ry avait ga­gné, la ten­sion in­ter­na­tio­nale au­rait conti­nué de mon­ter. Alors que là... Il y a l’autre. Il est en­tou­ré d’hommes d’af­faires et de mi­li­taires. Il fait n’im­porte quoi. Il peut faire ab­so­lu­ment n’im­porte quoi. Se pré­pa­rer à la guerre puis se ré­trac­ter le len­de­main, et ini­tier un dia­logue. Voi­là comment je vois le monde. On a un fou qui change tout le temps d’avis.

R&F : Un fou qui est peut-être une ma­rion­nette...

Anton Newcombe : Der­rière lui, il y a des gens qui uti­lisent les al­go­rithmes pour contrô­ler les gens. Ils s’en servent pour se faire élire, c’est le cas aus­si en France. En 300 clics ils te connaissent mieux que ta pe­tite amie. Il y a un pro­gramme nom­mé OCEAN. C’est un acro­nyme. Ils peuvent dire, se­lon ton ac­ti­vi­té sur In­ter­net, ce que tu vas faire. Si tu vas al­ler à une ma­nif par exemple. C’est ce que Steve Ban­non veut faire. Le pou­voir est ir­ré­sis­tible. Il fau­dra beau­coup de gens pour dé­ga­ger Trump : la presse, les juges, les pro­cu­reurs. C’est très dif­fi­cile. Re­garde : Christine La­garde et Sar­ko­zy ne sont tou­jours pas tom­bés, mais les af­faires sont sor­ties. Il y a en­core quelques contre-pou­voirs...

Quand Trump se­ra ar­ri­vé au bout de ses men­songes, il va fi­nir par faire un faux pas et tom­ber. Trump, il fi­ni­ra par se pendre. Pour l’ins­tant il fait l’idiot sur Twit­ter et on s’of­fusque. Quand il a ap­pe­lé Hol­lande, l’in­ter­prète a dit : “Je suis dé­so­lé, je ne peux pas tra­duire Trump, il parle en slo­gans, ce ne sont pas des phrases, il ne dit rien.” (du coq à l’âne) Si­non c’est un disque qui est for­mi­dable pour voya­ger. Il est su­per pour le mé­tro, le train...

R&F : Il y a ce titre, “Melody’s Ac­tual Echo Chamber”, c’est un hom­mage à notre Melody na­tio­nale ?

Anton Newcombe : Oui. Je l’ai ren­con­trée, on s’est vus au Psych Fest, à An­gers, avec Tess. Elle a dit qu’on de­vrait en­re­gis­trer en­semble. Alors on s’est mis à com­mu­ni­quer. J’ai un mor­ceau pour elle qui est dé­ment, très violent, avec des gui­tares in­croyables. Elle vou­lait un truc agres­sif, elle est ser­vie. Elle est su­per, je l’aime beau­coup.

R&F : Vous étiez ob­sé­dé par le dub en en­re­gis­trant, non ?

Anton Newcombe : Di­sons que j’adore “Me­tal Box” de PiL. J’ai ren­con­tré les mecs, je les connais, je dois en­re­gis­trer avec Keith Le­vene. Mais j’ai dé­cou­vert le groupe quand j’étais tout ga­min, quand il est ve­nu en concert en Amé­rique. Les gens avaient pris leur billet parce qu’ils connais­saient les Sex Pis­tols et, évi­dem­ment ils n’ont rien com­pris à ce qu’ils ont vu... Je me sou­viens qu’on trou­vait des acides à 25 cents. Avec les gui­tares désac­cor­dées, le syn­thé, cette mu­sique un peu disco, un peu dub, mais aus­si in­dus­trielle et krau­trock, tout ça était en fait très psy­ché­dé­lique. Cette mu­sique ou­vrait l’es­prit, sur­tout avec la drogue. Ça m’a beau­coup mar­qué. La gui­tare de Keith Le­vene sonne comme un si­tar... Ça me rap­pelle les pre­mières gui­tares que j’aie eues quand j’étais tout jeune. Elles étaient ac­cor­dées pen­dant quelques jours, mais après elles fi­nis­saient par son­ner comme des si­tars... Alors je fi­nis­sais par les cas­ser quand j’étais en co­lère...

R&F : C’est d’ailleurs un peu ça votre truc, une ac­cu­mu­la­tion d’in­fluences mais qui fi­nissent par com­po­ser un style...

Anton Newcombe : Je ne veux pas dire du mal de Matt Hol­ly­wood, mais cer­taines per­sonnes avec qui j’ai fait de la mu­sique sonnent exac­te­ment comme leurs in­fluences. Si l’une d’entre elles veut faire du En­nio Mor­ri­cone, elle son­ne­ra comme En­nio Mor­ri­cone. J’es­saie de ne pas rap­pe­ler une dé­cen­nie par­ti­cu­lière. J’es­saie d’être comme Nick Cave, d’avoir un style mais sans être an­cré dans une époque. Bien sûr que chaque mu­sique est une com­bi­nai­son de dif­fé­rents élé­ments, mais il faut que chaque mu­sique pos­sède un truc en soi. Quand Echo & The Bun­ny­men est ar­ri­vé, c’était tou­jours pa­reil, mais c’était for­mi­dable. Puis quand les mecs de U2 sont ar­ri­vés, ils ont lit­té­ra­le­ment co­pié les Bun­ny­men, avant de trou­ver leur propre son avec le troi­sième. Il faut trou­ver son truc, pour de­ve­nir iden­ti­fiable, comme un per­son­nage de car­toon. Pour être grand il faut avoir un per­son­nage. Les Beatles étaient un car­toon, les Sex Pis­tols aus­si.

R&F : Mais vous ai­mez U2 ?

Anton Newcombe : Le pro­blème de U2 c’est Bo­no. Le pro­blème avec Bo­no c’est sa voix. Il chouine tout le temps. On di­rait une femme ita­lienne qui pleure à l’église : “Ma, mi padre, new year’s day”...

R&F : Que fa­bri­quez-vous sur Twit­ter toute la jour­née ?

Anton Newcombe : Je crois en l’ou­ver­ture. Je veux com­mu­ni­quer avec les gens. C’est im­por­tant aus­si de se sou­le­ver contre ces fas­cistes. Ils font des trucs dingues en ce mo­ment. En ce mo­ment ils es­saient d’im­po­ser l’idée sui­vante : dans le fu­tur la gauche se­ra le fas­cisme, na­tu­rel­le­ment, et pas la droite. Et tous ceux qui cri­tiquent cette idée sont les fas­cistes. C’est très dan­ge­reux. Tous les jours il y a des gens qui disent que l’in­for­ma­tion est l’en­ne­mi. C’est im­por­tant de s’éle­ver contre ça. Et il y a des gens qui croient ça. J’ai tou­jours trou­vé que Twit­ter mar­chait su­per vite. Quand un truc se passe à Paris, je le sais tout de suite. A cause des ha­sh­tags. Et je n’ai pas peur des idiots, des gens vio­lents, je sais me dé­fendre. Et on ne peut rien faire contre de toute fa­çon. Les idiots sont une ma­fia. Une ma­fia qui dit des choses bêtes et dan­ge­reuses. C’est dingue, la plu­part de ceux qui se disent chré­tiens ne com­prennent pas que le mes­sage nu­mé­ro un de la Bible est la com­pas­sion. C’est le truc de base. Mais non, ils pré­fèrent par­ler de pu­ni­tion... Ils ne com­prennent pas. Ils veulent la fin du monde parce qu’ils pensent que Jé­sus va les en­le­ver. Tout le monde de­vient fou et parle du diable, mais ce sont eux qui élisent Do­nald Trump. Ce sont eux qui veulent qu’Is­raël ait la bombe ato­mique, ce sont eux qui veulent que les Arabes s’en­tre­tuent parce que c’est un sym­bole de fin du monde. C’est ce que veulent ceux qui ont élu Trump, ce n’est plus une voix, c’est la voix de l’Amé­rique.

Anton, vous ai­mez le foot­ball ?

R&F : Il reste des gens in­tel­li­gents, de l’es­poir...

Anton Newcombe : Non il n’y a pas d’es­poir. Re­garde ce qu’il va se pas­ser en France. Il a beau exis­ter des per­sonnes in­tel­li­gentes, qui ne sont pas cor­rom­pues et qui dé­noncent la cor­rup­tion, ce ne sont pas elles qui pas­se­ront. On mé­rite mieux. Quand je traite quel­qu’un comme Trump de tête de bite... Hier ce connard a dit qu’il avait un des plus gros QI du monde. Qu’est-ce qu’il en sait ? Peu im­porte ce qu’il a dit dans le pas­sé, main­te­nant il est Pré­sident. Un Pré­sident doit sa­voir jouer ses cartes ha­bi­le­ment, comme un su­per joueur de po­ker à Monte Car­lo, un Pré­sident doit être ma­lin. Trump se vante, montre ses cartes à tout le monde. Moi j’ai le droit de m’in­sur­ger, les gens ont droit de me trou­ver dingue. S’ils ont vu “Dig !”, ils se disent que je suis dingue. Mais je ne suis pas le Pré­sident des Etats-Unis, on s’en fout... Je ne vais faire de mal à per­sonne. Mais le peuple mé­rite mieux comme lea­ders. Je suis in­quiet pour l’Amé­rique et pour la France. On me ré­pond que je suis dé­goû­té parce que Hilla­ry a per­du ? Fou­taises. Je n’ai pas ar­rê­té de dire du mal d’elle. Elle est in­si­gni­fiante.

R&F : Et ce titre “Re­sist Much Obey Lit­tle”, en pra­tique ça veut dire quoi ?

Anton Newcombe : J’ai pro­mis que je n’al­lais plus m’éner­ver pen­dant quatre ans en voyant les in­fos. Et chaque jour c’est la même chose, cette tête de bite tweete et je re­pars au quart de tour. Il faut trou­ver cette

Je ne vais pas al­ler en des­sous de la tour Eif­fel avec un pack de bières pour faire votre Nuit De­bout” J’ai pro­mis que je n’al­lais plus m’éner­ver pen­dant quatre ans en voyant les in­fos. Et chaque jour c’est la même chose, je re­pars au quart de tour”

par­tie pai­sible en soi. On ne peut pas sou­hai­ter aux autres ce qu’on ne veut pas pour soi. Je ne vais pas al­ler en des­sous de la tour Eif­fel avec un pack de bières pour faire votre Nuit De­bout. Ce n’est pas mon rôle de convaincre les gens. Je suis au-de­là de ça.

R&F : Comment vous étei­gnez votre cer­veau, en ren­trant chez vous le soir ? Comment vous cal­mez vos an­goisses ?

Anton Newcombe : Je ne m’an­goisse pas parce que je sais que c’est dé­jà fou­tu. Tout le mer­dier au Moyen-Orient ne change pas grand-chose, le truc im­por­tant c’est qu’on va avoir la guerre de glace. Les Amé­ri­cains le savent et les Russes aus­si. Si quel­qu’un, la Chine, l’Iran, en­voie une fu­sée nu­cléaire, l’Is­raël ré­pon­dra et il n’y au­ra pas qu’un seul mis­sile. Et ce se­ra l’hi­ver, un hi­ver qui du­re­ra entre 3 et 10 ans. Il nei­ge­ra, il nei­ge­ra et il nei­ge­ra. Ce se­ra ça la pro­chaine guerre. C’est un fait. Quand un de ces mis­siles chi­nois frap­pe­ra, n’im­porte où, il brû­le­ra tout dans un rayon de 780 ki­lo­mètres. La fu­mée pro­duite en­gen­dre­ra l’hi­ver ato­mique. Ça ar­ri­ve­ra... Tu me de­mandes comment je dé­com­presse, eh bien je me lève chaque jour, je parle à mon fils (pré­nom­mé Wolf­gang

Got­thart, ce qui pose son pe­tit gar­çon), je bois du ca­fé, je vais à mon stu­dio, j’ouvre l’or­di­na­teur et j’écris de la mu­sique. Je mange quand j’ai faim, et je rentre à la mai­son.

R&F : Croyez-vous qu’un nou­veau Sum­mer of Love soit pos­sible ?

Anton Newcombe : Je crois que c’est dif­fi­cile, parce que les gens ne com­prennent même pas les nou­veaux ou­tils dont ils dis­posent. L’autre jour un fan chi­lien me de­man­dait à quoi ser­vait mon ha­sh­tag

#we­con­trol­the­jams. Je l’uti­lise quand je poste des vi­déos, entre deux en­gueu­lades avec des gens sur Twit­ter. Je lui ré­ponds que ça veut dire qu’on contrôle les ondes. Ça veut dire que les gens n’ont plus be­soin d’être pri­son­nier de leur manque d’ima­gi­na­tion. Les ha­sh­tags sont gé­niaux, ils fonc­tionnent sur Fa­ce­book, Google, etc. J’ai com­pris comment ça mar­chait par moi-même. C’est comme ma chaîne de té­lé sur In­ter­net. Je re­trans­mets au­tant que je peux, mais ma dame se plaint. Elle trouve que je passe beau­coup trop de temps à en­gueu­ler le monde sur In­ter­net et pas as­sez avec elle. C’est re­gret­table...

R&F : Vous pos­tez sur You­Tube très ré­gu­liè­re­ment de nou­velles chan­sons, des work in progress en pa­gaille. Quelle est la dé­marche ?

Anton Newcombe : Je fais un truc très ru­sé que les gens ne com­prennent pas. Si je sors un disque, que je l’en­voie à mon at­ta­ché de presse, on fait une pe­tite vi­déo et j’ai un ar­ticle dans Ste­reo­gum, un autre dans Brook­lyn Ve­gan et on parle du disque pen­dant quoi ? un ou deux jours et voi­là, c’est fi­ni. Là, quand je poste chaque jour des mor­ceaux en cours, pas fi­nis, j’in­ter­agis avec les gens. J’ai pos­té ce mor­ceau hier (il lance

une vi­déo sur son or­di), elle a fait 1600 vues. Bon, en fait You­Tube me truande sur les vues, ça de­vrait être 25 000 nor­ma­le­ment, mais ça c’est parce que j’ai re­fu­sé d’avoir un deal de conte­nu avec eux, c’est pour ça qu’ils ar­rêtent mon comp­teur (long si­lence). De toute fa­çon, on ne peut pas sa­voir à quel point nous sommes po­pu­laires. La seule chose qu’on puisse dire c’est que tous nos concerts sont com­plets par­tout. On va al­ler à Mexi­co Ci­ty, on est al­lés en Ar­gen­tine et je n’ai ja­mais vu au­tant de gens. C’était comme être dans Nir­va­na. Les gens nous trai­taient avec un res­pect in­croyable dans les loges. On a joué dans un truc énorme. On avait des am­plis énormes, mais on ne s’en­ten­dait pas, c’était comme les Beatles à l’époque tel­le­ment les gens criaient. C’était très étrange. On a joué à un fes­ti­val énorme aus­si. La ra­dio na­tio­nale nous a in­ter­viewés. C’était le jour où l’Ar­gen­tine avait été éli­mi­née de je ne sais quelle com­pé­ti­tion. “Anton, vous ai­mez le foot­ball ? — Lais­sez-moi vous ré­pondre ce­ci : je suis le type qui baise vos femmes pen­dant que vous re­gar­dez le foot.” Ça les a sur­pris.

Mar­shall de blai­reaux

R&F : Le do­cu­men­taire sur Oa­sis, “Su­per­so­nic”, men­tionne un concert ca­tas­tro­phique du groupe au Whis­ky a Go Go en 1994. Le BJM y se­rait pour quelque chose...

Anton Newcombe : Tu as vu le film ? Bon, on y ap­prend que leur tour­née a foi­ré à cause des drogues. Eh bien, c’est parce que Joel leur a fi­lé des trucs. Ils vou­laient de la coke, Joel leur a dit qu’il n’avait que du speed. Un truc de dingue, du speed de bi­ker, de la mé­tham­phé­ta­mine. Il leur a bien pré­ci­sé qu’il ne fal­lait en prendre qu’une toute pe­tite quan­ti­té (il mime en fai­sant une mi­ni-trace avec

ses cendres de ci­ga­rette). Ça, pas plus. Evi­dem­ment, ils font les ma­lins : “What the fook...” bla-bla-bla, et ils prennent tout le gramme. Un peu plus tard je vois Bo­ne­head to­ta­le­ment scot­ché, in­ca­pable de par­ler, de bou­ger. Ils étaient tous dans le même état, sauf Noel qui n’avait rien pris. On fait notre concert, énorme, on est dingue, un concert su­per violent, psy­cho­tique. Je ne m’étais pas ren­du compte qu’on avait cra­mé les Oa­sis. Ils sont ren­trés tout de suite après alors qu’ils de­vaient conqué­rir l’Amé­rique. On leur a fou­tu une tan­née. La veille, il y avait Blur et Pulp qui jouaient, toute la presse était là pour as­sis­ter à cette pré­ten­due Bri­tish In­va­sion. Des jour­na­listes par­tout. Au dé­part tout le monde s’est mo­qué de nous, pen­sait qu’on ne ré­pé­tait pas, et on a bot­té le cul de tout ce pe­tit monde. Ces groupes brit­pop se pre­naient pour les Beatles, ils son­naient comme les Guns N’Roses avec leurs Mar­shall de blai­reaux.

R&F : Ça vous fait drôle d’avoir 50 ans cette an­née ?

Anton Newcombe : Je ne sais pas. Je n’y pense pas trop. Qui veut être jeune ? Je suis une vieille âme. Je veux faire le plus de choses pos­sible, le temps com­mence à man­quer. Je suis en forme parce que j’ai mar­ché toute ma vie. J’ai mar­ché à San Fran­cis­co pen­dant dix ans,

Quand un de ces mis­siles chi­nois frap­pe­ra, n’im­porte où, il brû­le­ra tout dans un rayon de 780 ki­lo­mètres. La fu­mée pro­duite en­gen­dre­ra l’hi­ver ato­mique. Ça ar­ri­ve­ra...” Ma dame se plaint. Elle trouve que je passe beau­coup trop de temps à en­gueu­ler le monde sur In­ter­net et pas as­sez avec elle”

Je suis en forme parce que j’ai mar­ché toute ma vie. J’ai mar­ché pen­dant dix ans, 15 bornes par jour. C’est mieux que n’im­porte quelle gym”

15 bornes par jour. C’est mieux que n’im­porte quelle gym, j’ai na­gé dans l’Océan tous les jours, j’ai fait du vé­lo, j’ai tou­jours été ath­lé­tique. J’ai tou­jours eu de l’éner­gie. Fuck les jeux vi­déo, je fais des trucs moi. En même temps, les gens qui bossent en usine sont très forts, mais ils sont mal­heu­reux, ils mangent mal. Ils sont usés et ils meurent, ils n’ont pas beau­coup de trucs qui les font te­nir. Je ne peux même pas te dire com­bien de fois j’ai été proche de la mort, mais j’ai un es­prit fort, c’est pour ça que j’ai te­nu. Quand tu vas voir ta grand-mère et qu’elle est proche de la mort, OK, elle peut par­tir. J’ai 50 ans, mais j’ai 20 ans. J’ai­me­rais être dix per­sonnes pour pou­voir faire tout ce que j’ai en­vie de faire.

THE BRIAN JONESTOWN MAS­SACRE, 2008

THE BRIAN JONESTOWN MAS­SACRE, 2016

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