ALL THEM WITCHES

Eta­blie à Na­sh­ville,, cette bande de sorcières ré­pandp ses in­can­ta­tions au­près d’une foule d’adeptes de plus en plus imposante.

Rock & Folk - - Sommaire 596 - Ber­trand Bouard

“Je ne crois pas que notre mu­sique soit di­rec­te­ment in­fluen­cée par la drogue”

Elle est ar­ri­vée de Suède le ma­tin même.La pe­tite ving­taine, bon­net rouge et pier­cing au nez, pre­mier sé­jour à l’étran­ger pro­gram­mé pour coïn­ci­der avec la ve­nue de ce groupe amé­ri­cain au nom éso­té­rique. “Un ami à moi m’a af­fir­mé qu’il al­lait

de­ve­nir énorme”, sou­rit-elle avec le ton de l’évi­dence. A l’in­té­rieur de la Ma­ro­qui­ne­rie, ar­chi comble, per­sonne pour la contre­dire. Les têtes do­de­linent à l’unis­son des riffs lourds, les corps os­cil­lent au fil des échap­pées psy­ché et blue­sy, par­fois ponc­tuées des spo­ken words du chan­teur/ bas­siste, Mi­chael Parks, 27 ans. Echos du Floyd dé­but se­ven­ties, du Sab­bat Noir, de Kyuss, sur­tout, pour cette ai­sance à al­ter­ner tem­pos lents, hyp­no­tiques, et brusques ac­cé­lé­ra­tions avec, ici et là, un souffle mé­lo­dique ren­ver­sant (“Dirt Prea­chers”).

Les joies du sto­ner

La table basse de la loge de la salle pa­ri­sienne est par­se­mée de bou­teilles de bières, vin rouge, un pe­tit sa­chet de shit se dis­cerne aus­si. “Pas mal de gens nous rangent dans la ca­té­go­rie sto­ner, mais je ne crois pas que notre mu­sique soit di­rec­te­ment in­fluen­cée par la drogue, même si ça aide par­fois, pose Parks une pe­tite heure avant le concert, as­sis en tailleur sur le sol. On boit mais on ne dé­truit pas nos chambres d’hô­tels, et on s’en

tient aux trucs na­tu­rels.” Go­gue­nard, cas­quette de tru­cker vis­sée par-des­sus ses bou­clettes brunes, Al­lan Van Cleave (Fen­der Rhodes) ren­ché­rit : “On ne prend pas de coke.” Le groupe ar­rive di­rec­te­ment — en bus — de Not­tin­gham où il a joué la veille, et met­tra le cap dès la fin du concert pa­ri­sien pour Cologne. Le pu­blic est pré­sent par­tout, sans réel re­lais mé­dia­tique. Le bon vieux bouche-à-oreille, dé­sor­mais dé­cu­plé par les ré­seaux so­ciaux. All Them Witches s’est for­mé à Na­sh­ville voi­ci cinq ans, mais ses membres pro­viennent des quatre coins des Etats-Unis. Le gui­ta­riste Ben McLeod a gran­di dans le nord de la Flo­ride, à Saint Au­gus­tine, Parks à Sh­re­ve­port, dans le nord de la Loui­siane, puis au Nou­veau-Mexique, Al­lan et le bat­teur Rob­by Stae­bler ar­rivent de la ville in­dus­trielle de Co­lum­bus, dans l’Ohio. Tous ont mis le cap, vers la fin du ly­cée, sur la ca­pi­tale du Ten­nes­see, pour “mon­ter un vrai groupe et tour­ner, une idée qui sem­blait va­lable quand on vient d’une pe­tite ville”, dixit McLeod. Une dis­cus­sion dans un bar de Na­sh­ville entre ce der­nier et Stae­bler est sui­vie de jams élo­quentes, et le bat­teur de pro­po­ser à Parks, son col­lègue dans une bou­tique de fringues, de se joindre au duo. Le son du groupe ar­rive presque im­mé­dia­te­ment. “Quand on se re­trouve, la mu­sique sur­git de ma­nière très na­tu­relle”, ex­plique Parks. Na­sh­ville est un en­droit plu­tôt in­con­gru pour qui veut s’adon­ner aux joies du sto­ner, et le groupe, de fait, y évo­lue dans une re­la­tive mar­gi­na­li­té qui va être sa voie de sor­tie : si­tôt un pre­mier al­bum mis en boîte, All Them Witches s’en va ré­pandre ses sor­ti­lèges sur les routes. Il ne les a plus vrai­ment quit­tées de­puis, par­ti­cu­liè­re­ment po­pu­laire à New York, Chi­ca­go, ou sur la côte Ouest, dans les vieux bas­tions psy­chés comme San Fran­cis­co.

Vio­lente rup­ture

Le deuxième al­bum, “Light­ning At The Door” ar­rive en 2014, sui­vi d’une si­gna­ture chez New West, pour le­quel le groupe livre “Dying Sur­fer Meets His Ma­ker”, en­fan­té en cinq jours dans une ca­bane du Ten­nes­see. Une vraie ré­vé­la­tion. Su­perbe équi­libre entre ombre et lu­mière, tex­tures acous­tiques et den­si­té élec­trique, as­phyxie et gou­lées d’air, le tout pen­sé comme un vé­ri­table trip et em­preint d’une spi­ri­tua­li­té dif­fuse. Les quatre ont d’ailleurs tous bai­gné dans une édu­ca­tion chré­tienne, avec la­quelle ils ont plus ou moins vio­lem­ment rom­pu. On per­çoit aus­si au fil de ces plages un dé­sir de s’éman­ci­per d’un cer­tain ma­té­ria­lisme, ce­lui que les so­cié­tés oc­ci­den­tales dé­si­gnent en ho­ri­zon ab­so­lu à leurs en­fants. Rob­by, le bat­teur, ar­rête quelques se­condes de faire ré­son­ner ses ba­guettes sur ses cuisses. “C’est ce que tu as res­sen­ti ? Dans le mille. La mu­sique est une fa­çon de se li­bé­rer de toutes ces pe­san­teurs ma­té­rielles. Quand on joue,

on ne pos­sède plus rien.” Le pro­chain al­bum ar­rive en fé­vrier. On en sau­ra un peu plus, alors, sur les hau­teurs aux­quelles ces in­tri­gantes sorcières peuvent s’en­vo­ler.

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