PROPER ORNAMENTS

Avec son deuxième al­bum, le qua­tuor an­glais re­met au goût du jour une cer­taine forme de mé­lan­co­lie vel­ve­tienne. “Fox­hole”, disque au­tom­nal à la beau­té in­tem­po­relle, a le potentiel pour être un fu­tur clas­sique mi­neur.

Rock & Folk - - Sommaire 596 - Eric Del­sart

L’his­toire de Proper Ornaments est faite de conflits, de ré­con­ci­lia­tions et de coups de chance pro­vi­den­tiels. La ren­contre entre l’An­glais James Hoare et l’Ar­gen­tin Max Os­car­nold est aus­si ro­man­tique qu’im­pro­bable, presque trop belle pour être vraie. “Elle est 100% vé­ri­dique” se jus­ti­fie

Hoare, “La pe­tite amie de Max l’a em­me­né avec elle pour qu’il me dis­traie pen­dant qu’elle vo­lait des choses dans le magasin où je tra­vaillais. C’était une bou­tique de vê­te­ments fé­mi­nins. J’étais en train de lire un livre sur le Vel­vet Un­der­ground et il est ve­nu me par­ler au comp­toir”.

Os­car­nold l’in­ter­rompt : “Je n’en suis pas vrai­ment fier…” Hoare le

re­prend : “C’est aus­si ar­ri­vé parce que j’étais très fai­néant. Je tra­vaillais dans ce magasin de disques, le Re­cord & Vi­deo Ex­change de Not­ting Hill, qui pos­sé­dait aus­si ce rayon vê­te­ments juste à cô­té. J’al­lais sou­vent y te­nir la caisse parce qu’il n’y avait ja­mais per­sonne et je pas­sais la jour­née à bou­qui­ner. Max et moi avons sym­pa­thi­sé ce jour-là, et très vite nous avons com­men­cé à jouer et écrire des chan­sons en­semble”.

Sales his­toires

C’est ain­si que le groupe s’est for­mé au­tour de ce bi­nôme à la dy­na­mique in­té­res­sante : le fleg­ma­tique Hoare contras­tant avec l’exu­bé­rant Os­car­nold. Ce der­nier était ar­ri­vé peu de temps avant en An­gle­terre par l’en­tre­mise d’An­drew Loog Old­ham : “C’est une his­toire folle, dé­taille Os­car­nold, je jouais dans un groupe en Ar­gen­tine nom­mé Los Otros. Cer­tains des membres du groupe

connais­saient An­drew de­puis les an­nées 90 et il a ac­cep­té de nous pro­duire. Mal­heu­reu­se­ment, nous n’avons ja­mais ter­mi­né le disque, et comme la si­tua­tion était com­pli­quée il m’a ai­dé à quit­ter

l’Ar­gen­tine”. Alors qu’Os­car­nold était em­brouillé dans de sales his­toires de drogue et que sa fa­mille vou­lait le faire hos­pi­ta­li­ser, le lé­gen­daire pro­duc­teur des Rol­ling Stones a lit­té­ra­le­ment of­fert à Os­car­nold un al­ler simple pour l’An­gle­terre. “On est tou­jours en contact, on s’en­voie des mails ré­gu­liè­re­ment, pour­suit Os­car­nold, il vit entre Van­cou­ver et Bo­go­ta”.

Em­brouilles fré­quentes

Après plu­sieurs singles, le groupe a pu­blié en 2014 son pre­mier vé­ri­table al­bum stu­dio chez les clas­si­cistes de Slum­ber­land, in­ti­tu­lé “Woo­den Head”, dans une veine ins­pi­rée des Byrds et des groupes de la com­pi­la­tion “C86” (The Pas­tels, The Wed­ding Present…). D’autres simples ont sui­vi, puis le groupe s’est mis à tra­vailler sur l’al­bum qui al­lait de­ve­nir “Fox­hole” dans une am­biance dé­lé­tère, les deux lea­ders s’étant

brouillés, comme ça leur ar­rive fré­quem­ment (“Une fois on ne s’est pas par­lé pen­dant six mois à cause d’un blou­son” dixit Hoare). Une fois de

plus le des­tin s’en est mê­lé : “On a com­men­cé à en­re­gis­trer dans le stu­dio où on avait fait ‘Woo­den Head’. Ce n’est qu’à la fin de nos ses­sions qu’on s’est aper­çu qu’il y avait un pro­blème. Les bandes étaient voi­lées, ce qui pro­vo­quait des chan-ge­ments de vi­tesse in­tem­pes­tifs. On avait dé­jà en­re­gis­tré six chan­sons, on a tout je­té” ex­plique Hoare. De­vant telle ac­cu­mu­la­tion de dé­con­ve­nues, le groupe au­rait pu im­plo­ser et mettre fin à son aven­ture (d’au­tant que Hoare ne manque pas de side-pro­jects avec les ex­cel­lents Ve­ro­ni­ca Falls et Ul­ti­mate Pain­ting, Max Os­car­nold est quant à lui le nou­veau cla­vié­riste de Toy), mais l’in­ci-dent fut sal­va­teur. “Ça a tout chan­gé parce qu’on avait pré­vu de faire un al­bum si­mi­laire au pré-cé­dent ex­plique Os­car­nold. Comme on n’avait plus en­vie de re­faire ces six chan­sons, on a chan­gé la sé­lec­tion, on a dé­ci­dé d’al­ler vers autre chose”. Le temps avait fait son oeuvre et les deux lea­ders, ré­con­ci­liés, ont re­trou­vé le plai­sir de jouer en-semble. C’est dans cette am­biance apai­sée que les Proper Ornaments ont ré­en­re­gis­tré l’al­bum à l’an­cienne, dans la mai­son de James Hoare amé­na­gée en stu­dio, don­nant ain­si à leurs chan-sons mé­lan­co­liques une sorte de quié­tude ré­con-for­tante. “A la mai­son, on n’avait pas à se sou­cier du temps de stu­dio, on pou­vait chan­ger des pe­tits dé­tails pour­suit

l’Ar­gen­tin. On dî­nait en­semble, on bu­vait du vin, l’en­vi­ron­ne­ment était re­lax. On a vou­lu faire un al­bum à la sim­pli­ci­té cha­leu-reuse comme ce­lui du Plas­tic Ono Band”.

mi­ra­cu­leux, à l’es­thé­tique Il dé­pouilléeen ré­sulte qui un évoque disque le place Vel­vet Proper Un­der­ground Ornaments du par­mi troi­sième les al­bum grou­pe­set quiles plus tou­chants du mo­ment.

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