POGO CAR CRASH

Ener­vé mais ma­lin, , ce q quar­tette seine-et-mar­nais dé­boule avec des chan­sons aus­si concises que son nom est à ral­longe.

Rock & Folk - - Sommaire 596 - Sa­cha Ro­sen­berg

Pour qu’on parle d’un groupe, la base c’est de faire de la bonne mu­sique, quand même. Mais pour qu’on se sou­vienne du groupe, il faut quelque chose qui ac­croche dès l’af­fiche, dès la po­chette, dès la page fa­ce­book. C’est comme une jo­lie fille, c’est tou­jours mieux si elle ne s’ap­pelle pas Cu­th­burge, tout de suite on perd quelque chose. Eh oui, c’est un vrai pré­nom. Pour un bon nom, il y a plu­sieurs tech­niques : soit ta­per dans les in­fluences di­rectes comme les Rol­ling Stones, créer une fausse per­sonne comme les Ri­ta Mit­sou­ko ou di­rec­te­ment mettre le nom du mec que l’on vient voir comme le Ji­mi Hen­drix Ex­pe­rience. Bref, faut que ça claque, tout sim­ple­ment. Le truc c’est que trou­ver un nom peut par­fois être plus dur que de re­gar­der “La Mé­lo­die Du Bon­heur” sans te dire :

“Tiens, c’est long.” Brains­tor­ming de 9 heures, mal de crâne sans al­cool et des phrases du style : “Et The Ro­cky Sif­fre­do, ça tue ça non ?” Bref, le cal­vaire. Heu­reu­se­ment, par­fois, dans ces té­nèbres d’as­so­cia­tion de mots, on trouve la lu­mière, par­fois on trouve Pogo Car Crash Control.

Dans la vraie vie

Pogo Car Crash Control pour­rait être le re­nou­veau de l’exer­cice de dic­tion, vu que les chaus­settes de l’ar­chi­du­chesse doivent être sèches de­puis long­temps main­te­nant. Mais non, c’est tout sim­ple­ment le re­nou­veau du punk-noise fran­çais. “Ce nom c’est de la sur­en­chère, tu vois ? Vu que notre mu­sique est as­sez ex­trême, fal­lait que le nom soit as­sez com­pli­qué”, pré­cise Oli, le chan­teur grat­teux, de­vant cinq pintes et un cho­co­lat chaud pour Lo­la, la bas­siste : “On n’a pas dit aux Red Hot Chi­li Pep­pers ou aux Eagles Of Death Me­tal : ‘Les gars c’est trop com­pli­qué, faut chan­ger’...!” Ce se­rait une er­reur de chan­ger ef­fec­ti­ve­ment, tant le nom est com­plé­te­ment rac­cord à leur mu­sique. Pogo pour l’en­tre­cho­que­ment de corps, Car pour la ra­pi­di­té, Crash pour le dé­luge de son et

Control pour la maî­trise in­croyable que le qua­tuor a de son ex­ci­tant bor­del. “Tout le gé­nie du nom re­vient à Ro­main Per­not, il a une es­pèce de fi­chier avec plein de noms qu’il trouve co­ol et on a pio­ché de­dans quand on a créé le groupe, ra­conte Louis,

le bat­teur, mais on au­rait pu prendre Chatte Gra­phique !” P3C, leur pe­tit nom, prouve que le rock fran­çais est bien vi­vant et que l’Edu­ca­tion Na­tio­nale peut réus­sir deux ou trois trucs. “En fait, on taf­fait le bac mu­sique en fai­sant des trucs de jazz avec Oli­vier et Si­mon (le deuxième gui

ta­riste) et par­fois on par­tait en jam hard rock ou rock’n’roll. Là, on s’est dit qu’il fal­lait mon­ter le groupe mais on ne sa­vait pas trop de quoi et Oli m’a dit : ‘Viens, on fait un groupe de bruit’...”

Et quel bruit ! Un bruit, no­tam­ment grâce à des gui­tares in­croyables, fait pen­ser à un mix de deux époques de Nir­va­na : l’es­prit de “Bleach” mais avec le son d’ “In Ute­ro”. Ce son de gui­tare, Pogo est al­lé le cher­cher au Black Box Stu­dio avec no­tam­ment Da­vid, “un Ir­lan­dais hip­pie : c’est un gars qui, à la base, en­re­gistre de la world mu­sic et c’était par­fait pour nous parce qu’il sait mettre les formes pour orien­ter les gens qui ne connaissent pas le pro­ces­sus stu­dio”, ex­plique Oli. La mu­sique de P3C est donc très ni­ne­ties, in­quié­tante dans le son, sombre dans les textes, en fran­çais hein, et pour­tant très bé­né­fique pour le pu­blic et pour

eux. “C’est un peu li­bé­ra­teur de dire des trucs hy­per né­ga­tifs ! On nous dit qu’on n’a pas la gueule à chan­ter ça quoi... C’est grâce à Pogo, ça. Re­garde, prends un mec comme Mi­chael Ha­neke, il fait des films atroces mais, dans la vraie vie, il est as­sez jo­vial. Nous, on fait de la mu­sique dure mais on se sent très bien, en­fin j’ose es­pé­rer.” C’est vrai qu’avec des titres comme “Royaume De La Dou­leur” ou “Crève”, on pour­rait se po­ser la ques­tion.

Contexte de tra­vail

Au fi­nal l’EP est à leur image : sans prise de tête, di­rect et sur­tout franc. Et ça ils le sont, sur­tout Oli : “C’était mon pre­mier jour chez Air France et les gars par­laient mu­sique et du coup, moi, je croyais que c’était dé­tente, j’avais com­plè­te­ment ou­blié qu’on était dans un contexte de tra­vail et

il me dit : ‘Tu as écou­té les Foo Figh­ters ?’ Et je lui dis : ‘Bah non, parce que c’est de la mu­sique de beauf pour bar­be­cue !’ J’ai dû dé­mis­sion­ner !” Une tête bien faite, un corps mus­clé, des bol­locks bien pré­sentes, ne cher­chez plus l’être par­fait, ça pour­rait bien être Pogo Car Crash Control. ★

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