Une pos­ses­sion ca­ra­bi­née L’Exor­ciste

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Après “Evil Dead”, c’est au tour de “L’Exor­ciste”, autre clas­sique san­gui­nolent, d’être adap­té en sé­rie té­lé. Si “Evil Dead” ver­sion feuille­ton fi­nis­sait par s’en­fon­cer dans le po­tache gore dé­cé­ré­bré, “L’Exor­ciste” nou­velle mou­ture suit (presque) fi­dè­le­ment la charte sty­lis­tique du chef-d’oeuvre de William Fried­kin, avec son am­biance au­tom­nale mor­ti­fère et ses ef­fets de lu­mières à contre-jour. Mais rap­pe­lons les faits... En 1974, “L’Exor­ciste” sort dans les salles du monde en­tier en bat­tant des re­cords de re­cettes et en ato­mi­sant cri­tiques et spec­ta­teurs, qui, pour la pre­mière fois de leur vie, ont cette étrange sen­sa­tion d’être confron­té à Sa­tan en di­rect. De­ve­nu phé­no­mène de so­cié­té, “L’Exor­ciste” fait beau­coup de pe­tits. Avec des suites plus ou moins aty­piques (dont le trop mé­con­nu et ter­ri­fiant “The Exor­cist III” si­gné William Pe­ter Blat­ty, au­teur du ro­man ori­gi­nal) et une quan­ti­té folle de sé­ries B et Z al­lant du meilleur (“L’An­té­christ” où l’élé­gante Car­la Gra­vi­na lèche un anus de chèvre lors d’un sab­bat) au pire (“L’Exor­ciste En Fo­lie”, pa­ro­die gê­nante où Lin­da Blair re­pre­nait son rôle de pe­tite pos­sé­dée en ca­bo­ti­nant un max). Puis, après s’être fait dis­cret sur les écrans, l’exor­cisme re­de­vient à la mode. Genre “L’Exor­cisme D’Emi­ly Rose”, “Les Dos­siers Se­crets Du Va­ti­can”, “De­vil In­side” et le plu­tôt bon dip­tyque : “Der­nier Exor­cisme 1” et “2”. Avec croix fu­mantes, in­sultes à Jé­sus et eau bé­nite souillée dans chaque coin de cadre. D’où, pro­ba­ble­ment, l’idée de la chaîne Fox de mettre en branle une sé­rie qui re­tour­ne­rait aux sources même du ro­man de Blat­ty et du film de Fried­kin. Comme si on vou­lait re­faire la Jo­conde ou la Vé­nus de Mi­lo. Fran­che­ment, qui ose­rait ? Le réalisateur an­glais Ru­pert Wyatt, re­pé­ré il y a six ans avec sa nou­velle ver­sion fun et spec­ta­cu­laire de “La Pla­nète Des Singes”, re­fuse le job dans un pre­mier temps. Puis fi­nit par ac­cep­ter à la lec­ture du pro­jet. Comme il le confie dans l’ex­cellent hors-sé­rie de la revue Mad Mo­vies consa­cré à la sa­ga “Exor­ciste” : “Je­me­suis­ren­du compte que ce n’ était en au­cun cas un re­make, ni un­re­boot, mais beau­coup plus que ça. Il n’ était pas ques­tion d’ éva­cuer la my­tho­lo­gie créée parle pre­mier film, mais de lier cer­tains des es élé­ments à l’ his­toire ac­tuelle et au monde mo­derne dans le­quel elle évo­lue. Tout était neuf, du ré­cit aux per­son­nages en pas­sant parle lieu de l’ ac­tion qui se dé­roule à Chi­ca­go .” La sé­rie ra­conte donc une nou­velle his­toire d’ado­les­cente pos­sé­dée, mais en sui­vant le plus fi­dè­le­ment pos­sible l’es­prit du film et du bou­quin. Une jeune fille de Chi­ca­go pré­sen­tant tous les symp­tômes d’une pos­ses­sion ca­ra­bi­née (elle vo­mit des can­cre­lats et a la voix du père Fou­ras) est prise en charge par deux hommes d’église : un prêtre de trente ans qui a du mal à croire au dé­mon et un père quin­qua­gé­naire ex­com­mu­nié par l’église pour avoir dé­jà pra­ti­qué un exor­cisme qui s’est mal ter­mi­né. Un point de dé­part proche du film de Fried­kin mais dont le nombre d’épi­sodes — dix fois 45 mi­nutes — per­met au mal de s’ins­tal­ler plus in­si­dieu­se­ment : la fa­mille de l’ado de­vient dys­fonc­tion­nelle tan­dis qu’une étrange secte ma­lé­fique évo­lue dans les ar­tères de la ville. Ren­dant des hom­mages ré­gu­liers et bien pla­cés au clas­sique de Fried­kin (voir le my­thique thème de Mike Ol­field qui clôt l’épi­sode 1) la sé­rie fi­nit par re­joindre le film via un re­bon­dis­se­ment jouis­sif (à l’épi­sode 6) qu’on ne dé­voi­le­ra pas pour le bien-être du spec­ta­teur. Ou plu­tôt pour son mal-être. (“L’ Exor­ciste ”, chaque mer­cre­di sur Sé­rie Club)

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