OUI, SERGENT !

Ad­mi­ra­teurs et contemp­teurs de re­nom donnent ici leur son de cloche sur les pé­ré­gri­na­tions du Sgt Poivre.

Rock & Folk - - News -

““Sgt. Pepper” est sor­ti la veille de mon exa­men de pre­mière an­née d’an­glais, que j’ai donc ra­té puisque j’ai écou­té le disque toute la nuit”. THIER­RY ARDISSON (R&F 373) ““Sgt. Pepper”, c’est le pre­mier disque que j’ai ache­té. Un an après sa sor­tie, pour 30 shil­lings, ce qui cor­res­pond à une livre et de­mie. C’était dans un vide-gre­nier. J’avais mon stand, j’ai ven­du des jouets et, avec l’ar­gent, je me suis payé l’al­bum. Ça fai­sait des se­maines et des se­maines que je ba­vais de­vant la vi­trine de ces ma­ga­sins qui ven­daient à la fois des as­pi­ra­teurs, des sèche-che­veux et des 33 tours... La po­chette me fai­sait rê­ver.” PAUL WEL­LER (R&F 423) “Je m’amuse sou­vent à dé­truire ce que j’ad­mire. J’écoute “Sgt. Pepper” en me di­sant que je vais le trou­ver mau­vais. Voire mi­nable. Les Beatles dont je suis fan sont mes fa­vo­ris pour ce jeu”. PHI­LIPPE KATERINE (R&F 459) “Je n’ai pas du tout per­çu la por­tée de “Sgt. Pepper” lors de sa sor­tie (j’avais 4 ans), et quand, huit ans plus tard, j’ai com­men­cé à m’in­té­res­ser sé­rieu­se­ment à la mu­sique, les Beatles re­pré­sen­taient un tel mo­nu­ment, une telle évi­dence que je gardais mon ar­gent de poche pour des disques que je n’avais pas l’im­pres­sion d’avoir dé­jà en­ten­dus. Les tubes des Fab Four qui pas­saient à la ra­dio, “Yes­ter­day”, “Ob-La-Di Ob-La-Da” ou “Mi­chelle” ne me pa­rais­saient pas si ré­vo­lu­tion­naires que ça, je ne voyais pas trop la dif­fé­rence avec cer­tains titres de Gé­rard Le­nor­man ou Mi­chel Del­pech, bref je n’étais pas ren­tré de­dans, comme disent les ro­ck­cri­tics aux Bars en Trans. En 1978 j’avais vu le film épo­nyme avec les Bee Gees, qui m’avait lais­sé in­sen­sible. Il m’a fal­lu at­tendre la deuxième moi­tié des an­nées 80 pour pos­sé­der et écou­ter quelques disques des Beatles : en­re­gis­trant et vi­vant en You­go­sla­vie, les al­bums oc­ci­den­taux y étaient ven­dus l’équi­valent d’uƒn. J’ai alors été plus ébloui par cer­tains titres de “Re­vol­ver” ou “Rub­ber Soul”, comme “Drive My Car”, “Pen­ny Lane” ou “To­mor­row Ne­ver Knows”, que par “Sgt. Pepper” lui-même. Ce n’est pas que ce disque n’est pas une mer­veille, mais j’avais, en­tre­temps, dé­cou­vert la pé­riode “Pet Sounds” des Beach Boys et là où les Beatles m’épa­taient, Brian Wil­son me tou­chait en plein coeur. En­suite j’ai fait tout mon pos­sible pour ne pas ré­écou­ter “Sgt. Pepper”. Non plus par igno­rance ou sno­bisme, mais par crainte que je dé­couvre trop tard que ce disque au­rait pu chan­ger ma vie.” BER­TRAND BURGALAT “J’avais 10 ans à sa sor­tie. Il fait par­tie de ceux qui ont tant tour­né sur mon pick-up d’ado que j’en connais­sais chaque note par coeur... Cet al­bum était une en­ti­té, un concept ab­so­lu, de la po­chette à la mu­sique. Im­pos­sible de n’écou­ter qu’une plage : tout s’en­chaî­nait, c’était ro­bo­ra­tif, hyp­no­tique, on sa­vait à l’avance dans quel état al­lait nous mettre le mor­ceau sui­vant... Et il y avait les pa­roles. Le pre­mier énorme fris­son, à chaque fois, c’était le pas­sage de “Sgt. Pepper’s...” (le pre­mier mor­ceau du disque) à “With A Lit­tle Help...” (le se­cond)... Un truc jouis­sif, comme le glis­se­ment de “Zig­gy Star­dust” à “Su­fra­gette Ci­ty” ! Et cette fin d’al­bum ! La conclu­sion pa­roxys­tique de “A Day In The Life”... En 6ème, je me sou­viens, nous avions un prof de mu­sique mo­derne, ar­bo­rant tu­nique hip­pi­sante, che­veux sur l’oreille et goûts mu­si­caux éclec­tiques. Nous avions bos­sé pour la cho­rale du ba­hut une ver­sion po­ly­pho­nique de “When I’m Six­tyFour” ! Il ac­com­pa­gnait au pia­no et j’ado­rais son jeu. C’était un peu comme si Mac­ca était là et nous fai­sait chan­ter avec lui !” JEF AEROSOL (ar­tiste) “Je ne re­pren­drai ja­mais “Sgt. Pepper” en en­tier comme l’ont fait les Fla­ming Lips, ou alors pour em­bê­ter les Fla­ming Lips. Dans n’im­porte quel pays an­glo­phone, vous al­lez en­tendre les Beatles chaque jour, que vous les ap­pré­ciez ou pas. Ce se­ra tou­jours les Beatles plu­tôt qu’un mil­lion d’autres choses. La mafia Beatles va s’as­su­rer que vous écou­tiez bien ce que Paul a à dire. Mo­jo Magazine va les mettre en une presque tous les mois. Quelle conne­rie ! La mu­sique me convient, mais le mythe est in­sup­por­table.” ANTON NEWCOMBE “Les Beatles, et j’in­clue Rin­go, étaient quatre jeunes per­sonnes très créa­tives. Ils avaient un pro­duc­teur mer­veilleux, George Mar­tin, qui raf­fi­nait leur mu­sique et en fai­sait un truc très ven­deur, ac­cro­cheur. Mon sen­ti­ment avec les mor­ceaux de “Sgt. Pepper” ou “Yel­low Sub­ma­rine”, c’est qu’ils fai­saient de la mu­sique Disney, des chan­sons pour en­fants. Je n’au­rais pas pu écrire un truc comme “Yel­low Sub­ma­rine”. Peut-être que ça parle de drogue et que le sous-ma­rin jaune est une mé­ta­phore de l’échap­pa­toire. J’ai connu trop de gens à cette époque que la drogue a tués pour la cé­lé­brer dans les chan­sons. J’ai quelque amis qui sont morts de ça. Peut-être que c’est ça qui m’a em­pê­ché d’en faire l’apo­lo­gie, c’est un truc très middle class de faire ça. C’est une res­pon­sa­bi­li­té de par­ler des drogues aux gens que vous ins­pi­rez.” RAY DA­VIES “C’est un disque in­croyable. Les Beatles ne l’ont pas écrit en ré­ac­tion à “Pet Sounds” ? Ils ont été tel­le­ment souf­flés par le disque des Beach Boys qu’ils ont vou­lu faire mieux. Je crois que je de­vais avoir quelque chose comme 12 ou 13 ans quand je l’ai en­ten­du pour la pre­mière fois. C’est un disque qui a tou­jours par­lé aux en­fants. Il avait ce dé­co­rum fan­tas­tique, cette po­chette avec tous ces per­son­nages, ces mys­tères. C’est d’ailleurs la rai­son prin­ci­pale qui m’a fait ai­mer ce disque ! La pre­mière chan­son qui m’a at­ti­ré, c’était “Lu­cy In The Sky With Dia­monds”. Évi­dem­ment, j’igno­rais alors que c’était une ré­fé­rence di­recte au LSD. J’aime éga­le­ment “Being For The Be­ne­fit Of Mr. Kite!”, mais il se peut que “A Day In The Life” soit fi­na­le­ment ma chan­son pré­fé­rée. Même si j’aime bien aus­si “Good Mor­ning, Good Mor­ning”, avec ce truc comme pas­sé à l’en­vers à la fin. C’était l’époque où les Beatles ont com­men­cé à ten­ter des choses qui n’avaient ja­mais été faites au­pa­ra­vant.” ALEX MAAS (The Black An­gels) “Mon pre­mier disque ? “Sgt. Pepper” dont je n’ai plus rien à foutre...” DA­NIEL DARC (R&F 439)

“Je me rap­pelle très bien d’une an­nonce de l’ani­ma­teur ra­dio Bruce Mor­row qu’on écou­tait tous à l’époque. Il a dit quelque chose comme : ‘Vous n’al­lez pas en croire vos oreilles, le pro­chain al­bum des Beatles s’ap­pelle : “Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club

Band” !’ Dès lors, toute l’Amé­rique a guet­té la sor­tie du disque. Je n’ai ja­mais re­vu un tel phé­no­mène ! Au-de­là de la pa­ru­tion de l’al­bum, “Sgt. Pepper” a été un évé­ne­ment sans pré­cé­dent sur le plan so­cio­cul­tu­rel. Cet été-là, je suis al­lé à San Fran­cis­co pour la pre­mière fois. Je suis des­cen­du du bus, j’ai tra­ver­sé la rue car j’en­ten­dais les bruits d’une fête. Je suis en­tré, j’ai de­man­dé si je pou­vais être hé­ber­gé, et ma vie n’a plus ja­mais été la même. “Sgt. Pepper” m’a vu gran­dir... Bon, pour être franc, si on me de­mande si je ne pré­fère pas “Their Sa­ta­nic Ma­jes­ties Re­quest”, je risque de ré­pondre que oui, mais ça n’en­gage que moi (rires).” CH­RIS STEIN (Blondie)

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