GIRL

“Nous cher­chons un gui­ta­riste pé­roxy­dé”

Rock & Folk - - News -

An­cêtre im­mé­diat du glam me­tal, Girl n’est pas né à l’époque idoine ni au bon en­droit. Ces Bri­tons avaient pour­tant eu l’idée, sur le mo­dèle d’un Sil­ve­rhead ou d’un Van Ha­len, de mê­ler une image an­dro­gyne à un hard rock ef­fi­cace et mo­derne, aux atours fla­shy, toutes gui­tares py­ro­tech­niques de­hors. Son in­fluence, évi­dente, sur la fu­ture scène du Sun­set Strip a été maintes fois re­ven­di­quée. Notre af­faire se noue à Londres en pleine an­née punk, 1977. Phi­lip Le­wis est alors co­mé­dien dans une pe­tite troupe de théâtre avec la­quelle il in­ter­prète une rock star. Vi­si­ble­ment mo­ti­vé par le rôle, Le­wis se met en tête d’as­sem­bler un vé­ri­table groupe. Il faut dire que c’est un oi­seau de nuit au car­net d’adresses bien rem­pli (Fred­die Mer­cu­ry, le ma­na­ger d’El­ton John). John Ben­son, an­cien pia­niste pour Mar­vin Gaye, le met en con­tact avec Ger­ry Laf­fy, un am­bi­tieux six-cor­diste, ex­pert du riff : l’étin­celle naît, et nos deux jeunes gens s’en­ferment pour com­po­ser, les Cars, Tom Pet­ty ou Ja­pan en ro­ta­tion lourde sur la pla­tine. Après avoir failli col­la­bo­rer avec Si­mon Na­pier-Bell, Ger­ry et Phi­lip dé­posent une an­nonce dans le Me­lo­dy Ma­ker. Le texte : “Nous cher­chons un gui­ta­riste

pé­roxy­dé”. Le mi­net qui s’amène, Phil Le­wis, im­pres­sionne et est em­bau­ché sur le champ. Si­mon Laf­fy, le ta­len­tueux frère de Ger­ry, est ra­meu­té pour te­nir la basse tan­dis que le so­lide bat­teur Dave Gay­nor, un bon gars ve­nu d’Ir­lande, com­plète le quin­tette, qui se re­nomme Girl. La rai­son ? Un look an­dro­gyne sa­vam­ment étu­dié, et une vo­lon­té de se faire re­mar­quer. Pour at­ti­rer l’at­ten­tion d’un la­bel, Girl a une idée ré­vo­lu­tion­naire : il tourne — dans un stu­dio de tour­nage de por­nos gays... — de vé­ri­tables clips avant l’heure. Fi­na­le­ment, ce­lui qui mord le pre­mier à l’ha­me­çon est le ru­gueux Don Ar­den, boss au­to­ri­taire du la­bel Jet. Pour mettre en boite le pre­mier opus, il contacte Ch­ris Tsan­ga­rides (Ja­pan, Ga­ry Moore) sur les conseils du groupe. La cap­ta­tion se dé­roule dans une ex­cel­lente am­biance, même si Ar­den pousse en sous-main pour dur­cir le son. L’al­bum qui en ré­sulte, “Sheer Greed”, pu­blié en jan­vier 1980, est ex­cellent, no­va­teur, fou­gueux. On y trouve un hard rock à la fois mé­lo­dieux et flam­boyant, mais qui sait aus­si mon­trer ses bi­ceps (“Lit­tle Miss Ann”, “Doc­tor Doc­tor”, “Heart­break Ame­ri­ca”). La pro­duc­tion pré­cise de Tsan­ga­rides, sans fard ni syn­thé­ti­seur, met bien en va­leur Phil Col­len, soliste vi­re­vol­tant au style spec­ta­cu­laire, ain­si que la voix de Le­wis, tan­tôt sexy, tan­tôt ro­cailleuse. La ryth­mique est im­pec­cable, les com­po­si­tions so­lides. On note une très bonne re­prise de “Do You Love Me” ( Kiss), une in­cur­sion qua­si reg­gae (“Pas­sing Clouds”), la fière ca­val­cade de “Hol­ly­wood Tease” (pu­bliée en single avec en face B une éblouis­sante re­prise hard rock de “You Real­ly Got Me”) et la mé­mo­rable “My Num­ber”. Via Jet, Girl se re­trouve en pre­mière par­tie de UFO puis de Kiss. L’al­bum at­teint une ho­no­rable 33ème place dans les charts bri­tan­niques et gagne une im­mense po­pu­la­ri­té au Ja­pon. La si­tua­tion est plus com­pli­quée au Royaume-Uni : Girl dé­tonne dans une contrée où les nou­veaux hé­ros sont Iron Mai­den, Dia­mond Head ou Saxon. En août 1980, Girl par­ti­cipe au fes­ti­val de Rea­ding et se voit ac­cueilli par toutes sortes de pro­jec­tiles, y com­pris des lé­zards (!). Ef­frayé par ce cirque am­bient, Dave Gay­nor prend la tan­gente. Il est rem­pla­cé par deux bat­teurs aux styles op­po­sés : l’ex-Spoo­ky Tooth Bry­son Gra­ham, plu­tôt jazz, et l’ex-Gillan Pete Bar­nacle, da­van­tage en­clu­meur. Pour le pro­ver­bia­le­ment dif­fi­cile deuxième al­bum, Ar­den im­pose cette fois Ni­gel Tho­mas, un pro­duc­teur à la pres­ti­gieuse carte de vi­site (Jui­cy Lu­cy, Boxer, Joe Co­cker, Saxon). Peu em­bal­lé, Girl tente sans réus­site de se dé­nouer de son contrat puis de s’au­to­pro­duire. In­flexible, Ar­den in­siste. Les drogues n’aident pas et une cer­taine pa­ra­noïa s’ins­talle en stu­dio. Dans une at­mo­sphère dé­lé­tère, les séances sont plu­tôt hou­leuses mais donnent tout de même nais­sance à “Was­ted Youth”. C’est un disque bru­tal, ner­veux, à l’image de sa ge­nèse. Il pré­fi­gure as­sez bien le hea­vy me­tal eigh­ties avec ses re­frains re­pris en choeur et un son clin­quant. Mal­gré quelques réus­sites comme la blues rock “Nice ‘N Nas­ty”, “19” ou l’en­le­vée “Stan­dard Ro­mance”, les com­po­si­tions baissent ne sont pas au ni­veau de “Sheer Greed”. Le disque pa­rait en 1982 et at­teint une très mo­deste 92ème place. Cette fois, Jet saque le groupe pour de bon. C’est le mo­ment où une offre al­lé­chante tombe pour Phil Col­len : Def Lep­pard veut l’en­ga­ger, au plus vite. En­cou­ra­gé par ses par­te­naires, il ac­cepte. La suite se­ra ra­pide puisque Girl conti­nue un temps avant que Ger­ry ne parte faire car­rière dans l’in­dus­trie du ci­né­ma. Le split est in­évi­table et Girl de­vient im­mé­dia­te­ment une source d’ins­pi­ra­tion, no­tam­ment pour le futur hair me­tal, les Guns N’ Roses et même Pearl Jam. Sym­bo­li­que­ment, dès 1987, Phil Le­wis pour­sui­vra sa car­rière à la tête des my­thiques L.A. Guns.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.