ALEXAN­DRA SAVIOR

Mé­lan­co­lique der­rière le mi­cro, ri­go­lote dans la vie, la jeune Amé­ri­caine est une étoile en de­ve­nir qui ne fait pas sa di­va.

Rock & Folk - - Sommaire 599 - Oli­vier Ca­chin

Alexan­dra a 17 ans quand Court­ney Love re­père sa vi­déo sur You­Tube et af­firme pé­remp­toire : “Cette fille

se­ra énorme”. De fait, sa voix est une des plus trou­blantes ve­nues des USA de­puis... La­na Del Rey ? Dif­fi­cile de ne pas pen­ser à la di­va aux lèvres pul­peuses lorsque l’on dé­couvre Alexan­dra Savior, 21 ans, ha­bi­tante de Port­land (Ore­gon) de­ve­nue l’un des es­poirs des an­nées 2010 avec son pre­mier al­bum “Bel­la­don­na Of Sad­ness”. Pour­tant, après quelques titres, on me­sure la dif­fé­rence. La pro­duc­tion si­gnée James Ford (Si­mian Mo­bile Dis­co, Last Sha­dow Pup­pets) et Alex Tur­ner (Arc­tic Mon­keys) y est pour quelque chose. Et on ne va pas se plaindre de dé­cou­vrir une autre voix éthé­rée, et une per­son­na­li­té at­ta­chante : Chez Jus­tine, le ca­fé pa­ri­sien où on la ren­contre quelques heures avant son concert au Nou­veau Ca­si­no, Alexan­dra nous ac­cueille avec un grand sou­rire qui fe­rait cra­quer n’im­porte qui. Lu­cide, ri­go­lote, par­fois ti­mide, Alexan­dra n’est pas une Lo­li­ta mal­gré son jeune âge, plu­tôt une old soul dans un corps de prin­cesse un­der­ground.

Une vie heu­reuse

ROCK& FOLK : Comment avez- vous dé­mar­ré dans la chan­son ?

Alexan­dra Savior : Une co­pine a mis une vi­déo de moi sur You­Tube, un mec l’a vue. J’avais 16 ans, j’ai si­gné avec lui en ma­na­ge­ment, j’ai fait des dé­mos... Et j’ai l’im­pres­sion de m’être ré­veillé dans le bu­reau d’une mai­son de disques sans com­prendre ce qu’il m’était ar­ri­vé avec un mec qui me di­sait : “Kid, je vais faire de toi une star !” Mais je pré­fè­re­rais avoir une vie heu­reuse sans être chan­teuse que de me perdre dans le show­biz. R&F : Le suc­cès ne vous mo­tive donc pas ? Alexan­dra Savior : C’est tel­le­ment ac­ces­sible au­jourd’hui, c’est presque trop fa­cile d’at­ti­rer

l’at­ten­tion des gens, et les mu­si­ciens ont per­du le res­pect à cause des ré­seaux so­ciaux. Tout va si vite. Hier à Londres, mon chauf­feur de taxi me di­sait, en par­lant d’une chan­teuse qui pas­sait à la ra­dio : “Ça fait un an qu’elle n’a rien sor­ti !” R&F : Vous ai­mez votre voix ?

Alexan­dra Savior : Pen­dant long­temps je ne l’ai pas ai­mée, d’ailleurs je n’ai même pas ré­écou­té l’al­bum de­puis qu’on l’a ter­mi­né. Mais je n’ai ja­mais es­sayé d’en chan­ger, je n’ai pas vou­lu uti­li­ser d’ef­fets ou de lo­gi­ciels de cor­rec­tion sur le disque, juste un pe­tit peu de de­lay, parce que ça donne l’im­pres­sion d’être dans une pièce im­mense. Je me suis as­su­rée que James (Ford,

le co­pro­duc­teur) ne m’avait pas au­to­tu­née ou twee­kée. J’étais très vi­gi­lante là-des­sus, et lui me di­sait tout le temps :“Al­lez, juste un pe­tit peu !”

R&F : Votre al­bum s’in­ti­tule “Bel­la­don­na Of Sad­ness”...

Alexan­dra Savior : Ça vient d’un des­sin ani­mé ja­po­nais qui me plai­sait beau­coup. Tout le monde me di­sait de ne pas uti­li­ser ce titre, ce qui m’a per­sua­dée de le faire. R&F : Votre pu­blic est-il le même en Amé­rique qu’en Eu­rope ? Alexan­dra Savior : Per­sonne ne connaît ma mu­sique en Amé­rique, donc ça me fait bi­zarre de ve­nir ici. A Londres c’était sur­réa­liste, il y avait une telle fer­veur dans le pu­blic !

R&F : Qu’est-ce qui vous plait aux USA ?

Alexan­dra Savior : Les frites, les ham­bur­gers, la té­lé, la pub (elle pouffe)... Non, j’aime vrai­ment la na­ture, elle est unique là-bas. Si­non, en ce mo­ment, c’est un peu étrange ce qui s’y passe. Je com­mence juste à ac­cep­ter le ré­sul­tat des élec­tions. R&F : Vous avez dé­cla­ré avoir fu­mé beau­coup d’herbe du­rant l’en­re­gis­tre­ment de l’al­bum... Alexan­dra Savior : J’au­rais mieux fait de me taire mais oui, j’ai pas mal fu­mé de joints et ça a chan­gé ma voix, elle est de­ve­nue plus grave.

Il pleut sou­vent

R&F : La com­pa­rai­son avec La­na Del Rey re­vient sou­vent en in­ter­view ? Alexan­dra Savior : Oui, ça ar­rive. Mais quand c’est le cas, je ne re­lève pas trop parce que je veux sou­te­nir les ar­tistes, et puis je ne tiens pas à me dé­fendre, je ne pense pas en avoir be­soin. R&F : Vous avez dé­mé­na­gé de­puis la sor­tie de l’al­bum ?

Alexan­dra Savior : Non, j’ha­bite tou­jours Port­land. Il pleut sou­vent, c’est tout pe­tit, mais j’y ai mes amis et c’est plus fa­cile de ne pas de­ve­nir dingue là-bas. Dans les grandes villes, on a ten­dance à vou­loir écra­ser les autres, et je ne veux pas en ar­ri­ver là. RE­CUEILLI PAR OLI­VIER CA­CHIN Al­bum “Bel­la­don­na Of Sad­ness” (Co­lum­bia / Sony Mu­sic)

“J’avais 16 ans”

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