HAIR ME­TAL

Axl Rose a man­gé la plus grosse part du gâ­teau? L’ his­toi­redes es concur­rents far dés du Sun­set Strip mé­ri­tait néan­moins d’être nar­rée.

Rock & Folk - - Sommaire 599 - Jean- Charles Des­groux

La grande ques­tion : Guns N’ Roses, hair me­tal ? Bien sûr que oui. Oui pour l’at­ti­tude, oui pour la frime as­su­mée, oui pour cette non­cha­lance à trai­ner sur le Strip, à se tra­ves­tir comme des bo­hé­miennes et à vou­loir à tout prix im­po­ser une ver­sion ca­li­for­nienne d’Ha­noi Rocks — et puis Slash, pas hair peut-être ?

Certes, mais les Guns n’ont ja­mais cor­rom­pu leur âme comme tant d’op­por­tu­nistes qui ont conver­gé de­puis toutes les ban­lieues du pays vers West Hol­ly­wood, comme au­tant de pa­pillons de nuit au­tour du néon gré­sillant d’un strip bar, et n’ont ja­mais cé­dé leur son abra­sif pour al­ler ta­qui­ner des cho­rus pop sur fond de gui­tares trop lé­chées. Parce que hair me­tal est sou­vent per­çu comme un gros mot : la si­gni­fi­ca­tion pé­jo­ra­tive d’une scène uni­que­ment construite sur un look, une pa­no­plie Mat­tel pour ro­ckeurs éphèbes aux cuirs pas­tel, adeptes du jean ou du pan­ta­lon de skaï rouge or­né de cen­taines de fou­lards, cer­tains en pan­thère, abu­sant de bra­ce­lets, col­liers et de la botte de cow­boy en ser­pent por­tée par des­sus le pan­ta­lon. Des gens prêts à squat­ter la lu­carne MTV vingt-quatre fois par jour à coups de Rim­mel, de gloss et d’hec­to­litres de laque à che­veux.

Hair me­tal, éti­quette fourre-tout, sou­vent mé­pri­sante et mo­queuse — de­ve­nue au­jourd’hui nos­tal­gique, clas­sic rock même. Car avant les clones de Bon Jo­vi qui se sont mul­ti­pliés dans une or­gie consan­guine spon­so­ri­sée par un trust L’Oreal et Gef­fen, jus­qu’à se can­ni­ba­li­ser sans scru­pule avec une com­pé­ti­tion achar­née, il y avait un es­prit, une scène, une at­ti­tude. Si l’on dé­signe com­mu­né­ment comme point de dé­part les scènes du Whis­key A Go Go, du Gaz­zar­ri’s ou du Star­wood et l’ex­plo­sion stra­to­sphé­rique de Van Ha­len en 1978, il convient de re­mon­ter plus loin en ar­rière pour énu­mé­rer les in­fluences d’une scène lo­ca­li­sée sur quelques blocs à peine, sur ce Strip entre ses clubs

na­ked girls, ses échoppes de ta­touages, ses par­kings pour dea­lers et son Rain­bow Bar & Grill. Al­lons, bas les masques : le hard rock de Led Zep­pe­lin, Ae­ros­mith et Mon­trose, le shock rock d’Alice Coo­per, la théâ­tra­li­té ou­tra­geuse du “Ro­cky Hor­ror Pic­ture Show” alors en ré­si­dence pen­dant un an à l’af­fiche du Roxy à cô­té, la dé­me­sure exa­cer­bée de Kiss à par­tir de 1975, le rock dé­glin­gué des New York Dolls, le glam am­bi­gu de Zig­gy Star­dust et de T.Rex, l’ani­ma­li­té ru­gueuse et me­na­çante d’Ig­gy Pop pé­riode “Raw Po­wer”, mais éga­le­ment le rock pom­pier et FM des Fo­rei­gner, Lo­ver­boy et autres Bos­ton qui inondent les ra­dios amé­ri­caines. A l’aube des an­nées 80, tous les chan­teurs de cette scène émer­gente s’ima­ginent comme les fils ul­tra-sexués de Da­vid Lee Roth tan­dis que leurs faux-frères gui­ta­ristes s’ins­crivent dans la droite li­gnée de Jim­my Page et Ed­die Van Ha­len, tout en re­dou­blant d’es­broufe... Ain­si naissent les ap­pren­tis Ratt, Dok­ken, W.A.S.P., Great White ou Möt­ley Crüe... Des ca­dors, tous gal­va­ni­sés par le raz-de-ma­rée hea­vy me­tal qui em­porte alors le pays — avec en tête les an­glais Ju­das Priest, Oz­zy Os­bourne, Saxon, ou en­core Def Lep­pard, aus­si durs que ve­lou­tés, et qui ri­va­lisent avec Scor­pions, dans une har­mo­nie par­faite entre gui­tares tran­chantes et re­frains ul­tra ca­li­brés.

Mi­roir à paillettes

En deux ans à peine, leurs chal­len­gers d’hier de­viennent su­per stars, la faute à l’US Fes­ti­val mais sur­tout au “Me­tal Health” de Quiet Riot en 1983 : nu­mé­ro un au Bill­board, six mil­lions d’uni­tés écou­lées. La vanne est ou­verte et des cen­taines de sui­veurs s’en­gouffrent, si­gnés à tour de bras par toutes les ma­jors pos­sibles. Le spectre est large : su­cre­ries hard FM, me­tal ma­chiste et pur rock’n’roll. Pa­ral­lè­le­ment aux gen­tils po­seurs qui ca­ra­colent dans les charts et rem­plissent les are­nas du pays grâce à leurs po­wer bal­lads, d’autres com­bos hâ­ti­ve­ment af­fi­liés à ce glam-me­tal ar­ro­gant af­fichent leur pré­fé­rence pour le punk, nour­ris aux Stooges, aux Heart­brea­kers, aux Sex Pis­tols, et à l’autre scène de LA, le hard­core, cô­té Mel­rose, Ve­nice ou Hun­ting­ton Beach. Il au­ra fal­lu at­tendre le single “Sweet Child O’Mine”, un an (!) après la sor­tie de “Appetite For Des­truc­tion” en 1987, pour que les Guns N’Roses de­viennent le plus grand groupe de rock de la pla­nète — dou­blé du titre de plus dan­ge­reux. Mau­vais gar­çons, Axl, Duff, Slash, Iz­zy et Ste­ven viennent de la rue, sont en­tre­te­nus par des strip-tea­seuses, dorment dans des squats et touchent à l’hé­ro, tout en pro­vo­quant des bas­tons entre gangs, fans et flics du LAPD de­vant les bouges lo­caux, le Trou­ba­dour ou l’in­fâme Ca­thouse, où jouent tous leurs frères d’arme, autres ar­ti­sans d’un rock’n’roll gyp­sy, al­lu­meur et in­cen­diaire. En 1987, de l’autre cô­té du mi­roir à paillettes, il y avait bien as­sez de vice dans ce Los An­geles pour nour­rir tout un ba­taillon de purs et durs, fils désoeu­vrés à l’assaut d’un sleaze rock par dé­fi­ni­tion crade et braillard.

Tous les chan­teurs s’ima­ginent comme les fils ul­tra-sexués de Da­vid Lee Roth

Van Ha­len

Möt­ley Crüe

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