Trip­tides

Rock & Folk - - Disque - “Af­ter­glow”

REQUIEMPOURUNTWISTER L’esthétique naît dans l’ob­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Dans la dé­coupe des ro­seaux et des branches de ce­ri­sier na­quit la ligne de la cal­li­gra­phie fleu­ris­sant chez les peuples ins­tal­lés au­tour de la mer de Chine. Du fra­cas des usines et du va­carme des courses au­to­mo­biles na­quit le son de De­troit. Une fois ca­no­ni­sée, l’esthétique de­vient un genre, dé­cli­nable au­tour du globe. De quoi parlent les Trip­tides, si­non de cette Ca­li­for­nie fan­tas­mée, qu’ils viennent tout juste de re­joindre, à la dé­fa­veur de leur Mid­west ori­gi­nel ? Les ré­ver­bé­ra­tions de leur al­bum tombent sur l’au­di­teur comme le so­leil, alors que le fré­mis­se­ment des char­les­tons imite ce­lui du sable qui roule sous la peau, que les échos et ca­bines Les­lie ron­ronnent comme le doux vrom­bis­se­ment du Pa­ci­fique. De­puis l’In­dia­na, les Trip­tides bap­ti­sèrent leur al­bum “Af­ter­glow” : sa po­chette luit de ce rose qui em­brase l’Ouest de Los An­geles alors que le so­leil pé­nètre les flots de l’océan. Oh oui, Trip­tides, sa pop élé­gante, son éva­nes­cence, rap­pellent les pro­duc­tions fran­co­phones de Tri­ca­tel. Il y a une générosité vaine, une beau­té un peu gra­tuite dans cet al­bum, évo­quant une vo­lup­té si haute qu’elle reste virtuelle. Le fan­tasme se ren­force dans les in­tro­duc­tions jouées sur des dou­ze­cordes, se confirme dans les pas­sages mi­neurs des re­frains, le choix des orgues, le choix des gui­tares folk, tou­jours dis­crètes. Une mu­sique de genre, un genre de mu­sique com­po­sé pour que l’au­di­teur se sente bien, à l’aise. Le groupe suit la course du so­leil : l’al­bum pré­cé­dent se nom­mait “Azur”, comme le ciel quand l’astre est au zé­nith. Le pro­chain se de­vra d’être noc­turne. En at­ten­dant, que de nuits blanches en pers­pec­tive.

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THO­MAS E. FLO­RIN

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