HIGH TIDE

Rock & Folk - - Highway 666 -

Is­su de l’es­prit brillant de To­ny Hill, an­cien de The Mi­sun­ders­tood, cette for­ma­tion fait par­tie des plus grands crus en ma­tière de psy­ché­dé­lisme lourd, à ran­ger non loin de Mor­gen. Elle se dis­tin­guait par un bi­nôme in­édit entre un gui­ta­riste si­dé­rant et un vio­lo­niste pro­lixe, au ser­vice d’im­pro­vi­sa­tions vir­tuoses, à la rare sen­si­bi­li­té.

High Tide est in­ti­me­ment lié à l’un des plus fa­meux groupes pion­niers du psy­ché­dé­lisme : The Mi­sun­ders­tood. Ces Ca­li­for­niens dé­barquent en 1965 à Londres et gagnent très vite le sou­tien du cé­lèbre John Peel. Leurs concerts, por­tés sur les jams et agré­men­tés de light-shows, im­pres­sionnent les jeunes Pink Floyd, Syd Barrett en tête et The Move. On y trouve alors un gé­nie ab­so­lu de la gui­tare slide (Glenn Ross Camp­bell) mais aus­si To­ny Hill, ex-do­cker re­cru­té sur place qui a fait ses armes avec The Ans­wers, groupe de re­prises qui écu­mait les bases amé­ri­caines en France et en An­gle­terre. Fon­ta­na s’em­presse de leur faire si­gner un contrat, et pu­blie un ex­tra­or­di­naire pre­mier single (“I Can Take You To The Sun”), co­écrit par To­ny Hill et le chan­teur Rick Brown, bien­tôt sui­vi par la non moins fa­bu­leuse “Chil­dren Of The Sun”. Cette as­cen­sion ful­gu­rante se voit bri­sée par des pro­blèmes de vi­sa ain­si que le ser­vice mi­li­taire, qui rap­pelle Brown à son de­voir. To­ny Hill de­meure donc seul à Londres, et passe un temps par le trio Tur­quoise, où il croise le fu­tur Da­vid Bo­wie. Au dé­but de l’an­née 1969, To­ny Hill dé­cide de fon­der son propre quar­tette, High Tide, avec le vio­lo­niste Si­mon House, le bas­siste Peter Pav­li et le bat­teur Ro­ger Had­den. Il se passe peu de temps avant qu’Apple Corps, la so­cié­té des Beatles, ne les prenne sous son aile. Cette connexion leur per­met de fi­na­le­ment si­gner avec Li­ber­ty, qui vient alors de sor­tir le pre­mier al­bum des Ground­hogs. Rat­ta­ché à la scène hip­pie de Lad­broke Grove, High Tide de­vient l’une des va­leurs sûres de l’un­der­ground et par­tage l’af­fiche avec Ed­gar Brough­ton Band ou un cer­tain Group X, le fu­tur Hawk­wind. John Peel n’a pas la mé­moire courte et pro­meut ac­ti­ve­ment le groupe sur les ondes de BBC Ra­dio 1. Il est alors temps de plan­cher sur un pre­mier opus. L’en­re­gis­tre­ment se passe aux stu­dios Olym­pic de Barnes avec Den­ny Ger­rard, qu’ils aident pour son propre “Si­nis­ter Mor­ning”, al­bum psy­ché folk in­fluen­cé par Bob Dy­lan et le LSD 25, au­jourd’hui très re­cher­ché. “Sea Shan­ties” sort en oc­tobre 1969. Il dé­marre par le riff si­nistre de “Fu­ti­list’s La­ment”, qui pour­rait presque pas­ser pour du Black Sab­bath et per­met de dé­cou­vrir le style unique et très ima­gi­na­tif de To­ny Hill à la gui­tare : dé­bri­dé, scin­tillant, épi­lep­tique tout en res­tant ul­tra-mé­lo­dique, à la dif­fé­rence d’une bonne par­tie de ses contem­po­rains qui ver­saient dans la vir­tuo­si­té in­utile. Sa voix est moins mar­quante, plu­tôt en re­trait, avec un chant ty­pé pro­gres­sif. “Death Warm Up” si­gnale la mon­tée en puis­sance de l’autre élé­ment hau­te­ment ori­gi­nal du son de High Tide : le vio­lon de Si­mon House, ici à la fois lan­ci­nant et in­fluen­cé par la mu­sique cel­tique, que l’on re­trou­ve­ra aus­si sur “Mis­sing”. Sou­te­nu par une ryth­mique tem­pé­tueuse fa­çon Who, l’en­semble est re­mar­quable. Les titres sui­vants sont plus construits, no­tam­ment “Wal­king Down Their Out­look”, où Si­mon House exé­cute une par­ti­tion de gé­nie, entre mu­sique clas­sique et psy­ché­dé­lisme. Cet ex­cellent disque sort sous une ma­gni­fique po­chette si­gnée Paul Whi­te­head. Les cri­tiques sont très po­si­tives, les ventes très cor­rectes. Peu de temps après, High Tide est prié de re­tour­ner en stu­dio pour un se­cond opus. Cette fois, l’es­ti­mé George Ch­kiantz (Small Faces, Jimi Hen­drix) est co-pro­duc­teur tan­dis que Blind Faith ré­pète dans la pièce voi­sine. Le disque, sim­ple­ment nom­mé “High Tide”, pa­rait en juin 1970. Il est moins hea­vy que le pré­cé­dent, et compte seule­ment trois mor­ceaux qui laissent tou­jours briller Si­mon House, tan­tôt dans un re­gistre baroque (“The Joke”) tan­tôt orien­tal (“Blank­man Cries Again”). Le pas­sion­nant troi­sième (et ul­time) mor­ceau, “Sa­neo­ny­mous” est di­vi­sé en plu­sieurs par­ties, avec une ligne de chant mé­lan­co­lique sui­vie d’une longue et vir­tuose im­pro­vi­sa­tion lor­gnant vers le jazz, fac­tu­rant qua­torze mi­nutes au comp­teur. Le suc­cès du disque est moindre et, pour com­pen­ser les pertes, Li­ber­ty concocte pour le groupe un ex­té­nuant plan­ning. Si­mon House est le pre­mier à lâ­cher prise, pour re­joindre Third Ear Band et contri­buer à la bande ori­gi­nale du film “Mac­beth” de Ro­man Po­lans­ki. En 1973, il in­tègre Hawk­wind, puis reste un fi­dèle col­la­bo­ra­teur de Da­vid Bo­wie. Les trois autres pour­suivent tant bien que mal... Jus­qu’à ce qu’Had­den se re­trouve à l’hô­pi­tal à cause de troubles psy­chia­triques. C’est en­suite Peter Pav­li qui s’éva­pore pour prê­ter main forte aux écri­vains Mi­chael Moor­cock et Ro­bert Cal­vert, qui ont réa­li­sé quelques ten­ta­tives mu­si­cales. To­ny Hill pour­suit son che­min de son cô­té, avec son propre groupe (To­ny Hill’s Fic­tion) et une ver­sion ré­amé­na­gée de High Tide.

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