MARIETTA

Avec son deuxième al­bum so­lo et le pre­mier en fran­çais, l’an­cien Fee­ling Of Love par­vient l’air de rien à adap­ter ses ré­fé­rences an­glo-saxonnes au cli­mat hexa­go­nal.

Rock & Folk - - Mes Disques A Moi - JEAN-EMMANUEL DE­LUXE Al­bum “La Pas­sa­gère” (Born Bad)

De­puis sa pé­riode shoe­gaze avec The Fee­ling Of Love, Marietta n’a ces­sé d’évo­luer. Evo­lu­tion ne si­gni­fiant pas chan­ge­ment de pa­ra­digme. C’est en en­re­gis­trant “La Pas­sa­gère” à Los An­geles que Marietta a pu d’au­tant plus af­fir­mer sa sin­gu­la­ri­té. Ce sont donc Ch­ris Co­hen (Dee­rhoof, The Cur­tains) et Ken­neth Gil­more (Ariel Pink’s Haun­ted Graf­fi­ti et mix pour So­ko) qui l’ont ai­dé dans cette tâche. Mais que si­gni­fie chan­ter le rock

élec­trique en France au­jourd’hui ?

Rien n’est cal­cu­lé

“J’es­saie d’être di­rect, je n’in­vente pas un per­son­nage. Je ne suis pas David Bo­wie. Je me pré­sente en tant que moi-même”, an­nonce l’au­teur de “La Pas­sa­gère”.

Guillaume Marietta, un tren­te­naire mar­qué par Kurt Co­bain, ha­bite à cô­té d’un dis­quaire, ce qui consti­tue pour cet ac­cro au vi­nyle un vrai sup­plice de tan­tale. Marietta, entre élé­va­tion poé­tique, vé­ri­té crue, images de la femme et vie dans les grands centres ur­bains, est le pro­duit de sa gé­né­ra­tion, mais avec trop de pu­deur pour en de­ve­nir le sym­bole. L’ar­tiste ne cache pas ses in­fluences et son goût pour une

cer­taine cru­di­té : “Ça vient du fait que je suis prin­ci­pa­le­ment in­fluen­cé par la mu­sique an­glo­saxonne dont la ma­nière d’écrire est di­recte. De la même ma­nière, mes pa­roles sont simples et sans filtre, je ne cherche pas à être cru juste pour le plai­sir. D’une cer­taine ma­nière je tra­vaille in­cons­ciem­ment. Il faut sa­voir lâ­cher prise et ne pas im­po­ser une di­rec­tion à la mu­sique et au texte. A un mo­ment la chan­son dé­cide à ta place”. La conver­sa­tion dé­vie sur le sta­tut des mu­si­ciens fran­çais. Outre la langue, d’où vient

le dé­ca­lage des ro­ckers d’ici ? “A par­tir de la Deuxième Guerre mon­diale quand les Amé­ri­cains ont dé­bar­qué ils ont ap­por­té leur truc et le nôtre a com­plè­te­ment dé­ga­gé. Je ne sais pas ce qu’est de­ve­nu la mu­sique fran­çaise po­pu­laire du dé­but du ving­tième siècle. Alors qu’aux Etats-Unis elle est tou­jours très vi­vace et in­fluence en­core les ar­tistes.” Marietta a vou­lu sor­tir de sa zone de confort, celle des groupes entre potes pour se confron­ter à des pi­liers de l’in­die Ca­li­for­nien. Qu’elle fut la ge­nèse

de l’aven­ture ? “J’ai connu Ch­ris Co­hen quand il a sor­ti ‘As If Apart’. Je vou­lais tra­vailler avec quel­qu’un meilleur que moi tech­ni­que­ment et qui pou­vait mettre son nez dans ma mu­sique. Ch­ris s’oc­cupe de ses en­re­gis­tre­ments tout seul. Je sen­tais une vi­bra­tion proche de la mienne. Il m’a ra­pi­de­ment ré­pon­du oui et j’ai pris mes billets d’avion.” A la ques­tion de l’iden­ti­té de la scène in­die de LA dont Ariel Pink est dé­sor­mais la fi­gure tu­té­laire, Marietta n’hé­site pas : “Même si les condi­tions pour les mu­si­ciens aux USA sont très dures, ils ne lâchent pas le truc. Ils savent mettre leurs egos de cô­té pour se mettre au ser­vice de la mu­sique. C’est une qua­li­té rare.”

“La Pas­sa­gère”, ou com­ment al­ler se faire voir ailleurs pour mieux se re­trou­ver. ★

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