“Ral­lier les gens à l’uni­vers Sparks”

Rock & Folk - - Mes Disques A Moi -

Ce type était hi­la­rant mais aus­si émou­vant, dans le sens où il par­ve­nait à dé­fier ses propres co­lères, à les ca­na­li­ser et les trans­for­mer en ma­tière co­mique. C’est amu­sant car l’his­toire du film est jus­te­ment celle d’un co­mé­dien de stand-up qui tombe amou­reux d’une chan­teuse d’opé­ra. Du coup, on a dû se glis­ser dans la peau et la fa­çon de pen­ser d’un co­mé­dien de stand-up ac­tuel. Un per­son­nage très en co­lère, très abra­sif. On a es­sayé d’en faire une sorte de Len­ny Bruce contem­po­rain.

R&F : Jus­te­ment, qu’en est-il de ce film ?

Rus­sell Mael : Ça fait quatre ans qu’on tra­vaille sur le pro­jet. C’est une co­mé­die mu­si­cale, une grosse pro­duc­tion, le plus gros bud­get sur le­quel Leos Ca­rax ait ja­mais tra­vaillé... avec beau­coup d’équipes tech­niques et des co­mé­diens amé­ri­cains, ce qui nous a confron­tés aux pro­blèmes des agen­das de co­mé­diens. Adam Dri­ver le co­mé­dien prin­ci­pal est en­ga­gé dans le pro­jet de­puis deux ans, mais il joue éga­le­ment dans “Star Wars”... ça com­plique. Ama­zon est aus­si en train de s’in­té­res­ser au film... Ça prend des pro­por­tions qu’on n’avait pas osé ima­gi­ner.

R&F : C’est votre deuxième co­mé­die mu­si­cale en cinq ans, après “The Se­duc­tion Of Ing­mar Berg­man” (une co­mé­die mu­si­cale fan­tai­siste sur le réa­li­sa­teur scan­di­nave, com­man­dée par le mi­nis­tère de la Culture sué­dois)

Ron Mael : Le pro­jet Berg­man im­pli­quait tel­le­ment de per­sonnes et de co­mé­diens que nous n’avons pu le pré­sen­ter qu’une seule fois en live. Du coup, quand on a eu l’idée de cette his­toire, on s’est dit que ce se­rait su­per d’en uti­li­ser l’as­pect nar­ra­tif pour le nou­vel al­bum, en lui don­nant l’as­pect d’un conte... Alors on a tout de suite écrit à l’éco­no­mie, avec très peu de pro­ta­go­nistes pour que ça coûte le moins cher pos­sible. Et voi­là que cette his­toire va fi­nir en pro­duc­tion hol­ly­woo­dienne... ce qui nous va très bien comme ça !

Rus­sell Mael : Quand on a fi­ni l’écri­ture des chan­sons, de l’his­toire et des dia­logues du film, on est al­lé au Fes­ti­val de Cannes pour ren­con­trer Leos qui est fan du groupe et qui avait uti­li­sé une de nos chan­sons dans “Ho­ly Mo­tors”. Il a pris un peu de temps pour ré­flé­chir, et il est re­ve­nu su­per mo­ti­vé, ce qui est gé­nial dans le sens où ce n’est pas un réa­li­sa­teur qui se concentre sur plu­sieurs pro­jets à la fois. Quand il est sur un truc il ne le lâche pas et il va au bout.

Ron Mael : Tra­vailler avec lui est un rêve. Ce­pen­dant il est évident qu’il doit aus­si ap­por­ter sa touche au film, ce qui si­gni­fie qu’on a été obli­gé de ré­écrire, de sa­cri­fier des choses aux­quelles on était par­fois at­ta­chés. Au cinéma, la ré­écri­ture fait par­tie du jeu. Sur notre mu­sique on ne lâche rien, mais il est évident que quand tu t’at­taques à la pro­duc­tion d’un film, à notre ni­veau, tu es obli­gé de faire quelques sa­cri­fices.

Rus­sell Mael : C’est aus­si la rai­son pour la­quelle il n’y a pas eu de vrai nou­vel al­bum de Sparks de­puis si long­temps. A la base, ce film de­vait être notre nou­veau disque ! Donc, dès qu’on a fi­ni de l’écrire on s’est at­te­lé à “Hip­po­po­ta­mus”.

Prof de chant

R&F : Les chan­sons du film son­ne­ront-elles très Sparks ? S’il y a au­tant de syl­labes que d’ha­bi­tude, ça risque d’être dur pour les ac­teurs... Rus­sell Mael : Adam Dri­ver a vou­lu nous ren­con­trer pour sa­voir com­ment il de­vait in­ter­pré­ter nos chan­sons et on lui a tout de suite dit qu’on n’ai­mait pas beau­coup l’in­ter­pré­ta­tion très am­pou­lée des co­mé­dies mu­si­cales de Broad­way. Ron Mael : Il est al­lé voir un prof de chant et c’était notre han­tise : que le coach lui ap­prenne à chan­ter comme dans une co­mé­die mu­si­cale de Broad­way.

Rus­sell Mael : On cher­chait vrai­ment une sen­si­bi­li­té de chan­teur de groupe. Deux mois plus tard on a fait un test en stu­dio et il nous a bluf­fés. Il n’est pas tom­bé dans le piège de la co­mé­die mu­si­cale clas­sique. Et en tant que chan­teur c’était as­sez ap­pré­ciable de voir un ac­teur don­ner corps à mes chan­sons.

Ron Mael : Un ac­teur de “Star Wars” qui plus est !

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