Ja­lal 1944-2018

Père fon­da­teur du rap, l’Amé­ri­cain re­joint Su­lie­man El-Ha­di et Ni­la­ja dans le cercle des Last Poets dis­pa­rus.

Rock & Folk - - In Memoriam - OLI­VIER CA­CHIN

Com­ment ré­su­mer la vie d’un ar­tiste aus­si im­mense que Ja­la­lud­din Man­sur Nu­rid­din, alias Ja­lal, fon­da­teur du groupe The Last Poets ? Ce­lui dont le sur­nom était the grand­fa­ther of

rap avait une formule as­sas­sine pour dé­si­gner les jeunes ar­tistes hip-hop qui com­men­çaient à émer­ger dans les an­nées 1980 : “We were rap­pin’ when they were nap­pin’ ” (On rap­pait quand ils fai­saient en­core la sieste).

In­ci­sif, do­té d’une langue à la fois so­phis­ti­quée et ve­ni­meuse, Ja­lal a sor­ti en 1970, sous le nom d’Ala­fia Pu­dim, avec Omar Ben Has­sen, Abio­dun Oye­wole et le per­cus­sion­niste Ni­la­ja, le pre­mier al­bum ho­mo­nyme du groupe The Last Poets. Une ré­vé­la­tion pour toute une gé­né­ra­tion, avec la ré­ap­pro­pria­tion du mot mau­dit nig­ger dans pas moins de trois titres in­cen­diaires, “Run, Nig­ger”, “Nig­gers Are Sca­red Of Re­vo­lu­tion” et “Wake Up, Nig­gers”, ce der­nier étant éga­le­ment in­clus sur la BO de “Per­for­mance”, le film de Ni­co­las Roeg et Donald Cam­mell avec Mick Jag­ger. Un al­bum si vi­ru­lent qu’il va­lut à ses membres d’être étroi­te­ment sur­veillés par le FBI à tra­vers le pro­gramme Coin­tel­pro du­rant les an­nées Nixon. En pa­ral­lèle du groupe, dont l’his­toire longue et com­plexe mé­ri­te­rait un livre à elle seule, Ja­lal a sor­ti en 1973, sous son street name Light­nin’ Rod, un des al­bums les plus sam­plés du rap amé­ri­cain, “Hust­ler’s Conven­tion”, le ré­cit épique de la jour­née de deux dea­lers, Sport et Spoon, avec des mu­siques com­po­sées entre autres par Kool & The Gang, Eric Gale et Bud­dy Miles. Ce der­nier avait dé­jà col­la­bo­ré avec Ja­lal et Ji­mi Hen­drix en 1969 pour le titre “Do­riel­la Du Fon­taine”, lé­gen­daire jam hen­drixienne en­re­gis­trée par Alan Dou­glas en no­vembre 1969.

La lon­gé­vi­té des Last Poets est le fait de Ja­lal : après “This Is Mad­ness”, apo­ca­lyp­tique deuxième al­bum pa­ru en 1971 à la couverture si­gnée Ab­dul Ma­ti Klar­wein (qui illus­tra éga­le­ment “Bitches Brew” de Miles Da­vis et “Abraxas” de San­ta­na), Ja­lal et son ami poète Su­lie­man El-Ha­di font per­du­rer le groupe, Omar et Abio­dun dis­pa­rais­sant du ra­dar ra­po­lo­gique pen­dant de longues an­nées. Sui­vront les al­bums “Chas­ti­se­ment” en 1973 et “De­lights Of The Gar­den” en 1977, avec sur ce der­nier une face en­tière com­po­sée par Ja­lal, “BeYond-Er”, longue suite vi­sion­naire et hal­lu­ci­née de 19 mi­nutes. Ja­lal et Su­lie­man, ac­com­pa­gnés du per­cus­sion­niste Abu Mus­ta­pha, ont don­né deux concerts à Londres en fé­vrier 1985, of­fi­cia­li­sant la re­nais­sance live des Last Poets ca­nal his­to­rique dont le pre­mier té­moi­gnage dis­co­gra­phique fut l’al­bum “Oh My People”. Le re­tour d’une frac­tion dis­si­dente des Last Poets me­née par Abio­dun et Omar en 1993 avec l’al­bum “Ho­ly Ter­ror” pro­duit par Bill Las­well dé­clen­cha la fu­reur de Ja­lal, d’au­tant plus que ses an­ciens al­liés avaient in­vi­té pour l’oc­ca­sion Melle Mel, le rap­peur de Grand­mas­ter Flash & The Fu­rious Five qui avait al­lè­gre­ment pom­pé “Hust­ler’s Conven­tion” en 1984. Les Last Poets n’étaient pas l’unique ac­ti­vi­té de Ja­lal, éga­le­ment acu­ponc­teur, maître de kung-fu et ar­tiste so­lo, si­gnant no­tam­ment les al­bums “Science Fric­tion” et “On The One”, pro­duit par Adrian Sher­wood. Né à Brook­lyn New York le 24 juillet 1944, Ja­lal s’est éteint près d’At­lan­ta, où il était re­tour­né vivre après avoir pas­sé près de 20 ans à Pa­ris. Ja­lal me­nait de­puis de longs mois un com­bat épique contre le can­cer, qui a fi­ni par l’em­por­ter le 4 juin der­nier. Il reste ses chan­sons, et une au­to­bio­gra­phie fleuve in­édite à ce jour, dont il avait dé­jà écrit plu­sieurs cen­taines de pages, “Hust­ler’s As­cen­sion”.

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