Hawk­lords

“25 YEARS ON”

Rock & Folk - - Réhab’ -

HAWK­WIND n’est pas seule­ment le groupe qui a pro­vo­qué la for­ma­tion de Motö­rhead — en vi­rant son bas­siste, Lem­my, cou­pable d’avoir fait foi­rer une tour­née amé­ri­caine (ar­rê­té à la fron­tière les poches dé­bor­dant d’am­phé­ta­mines).

Ou la seule for­ma­tion que vou­lait ma­na­ger un fan nom­mé John Peel. Hawk­wind reste aus­si connu pour avoir été, tout au long des se­ven­ties, le groupe space rock le plus furieux du cir­cuit. Avec, en pre­mière ligne, deux cin­glés, Dave Brock (gui­tare, voix, cla­vier) et Ro­bert Cal­vert (chant, écri­ture), ces bêtes de scène ont pro­duit un al­liage dé­to­nant, des hymnes à la fois pla­nants et puis­sants, cos­miques et lourds — di­sons : Pink Floyd boos­té par Black Sab­bath, ou Led Zep re­vu par Ash Ra Tem­pel. Dans leur pas­sion­nante discographie, un al­bum passe à la trappe : l’unique disque en­re­gis­tré sous un autre nom, Hawk­lords. L’évic­tion de Lem­my, en 1975, pousse Hawk­wind à muter, d’au­tant plus qu’en­suite c’est Nik Tur­ner, co­fon­da­teur du groupe, res­pon­sable de “Brains­torm” et “Mas­ter Of The Uni­verse”, qui s’en va. Ef­fet boule de neige, deux autres membres de la tri­bu, Ru­dolph et Po­well, prennent éga­le­ment leurs cliques et leurs claques. Les sur­vi­vants en­re­gistrent le septième Hawk­wind en 1977, “Quark, Stran­ge­ness And Charm” et, contre toute at­tente, les mi­ra­cu­lés y ré­vèlent un re­gain d’ins­pi­ra­tion. En pleine sur­chauffe, le groupe com­pose les mor­ceaux qui ser­vi­ront à l’al­bum “PXR5” et part jouer aux Etats-Unis. Grosse tuile : Si­mon House, pré­sent de­puis 1973, re­çoit un coup de fil de Bo­wie, qui lui pro­pose un job sur sa tour­née Iso­lar II. Au­cun di­lemme : House quitte le na­vire. Consé­quence : les concerts amé­ri­cains de Hawk­wind stressent to­ta­le­ment Brock et Cal­vert — ce der­nier, avec des troubles bi­po­laires plus en­cou­ra­gés que soi­gnés, pète les plombs. A San Fran­cis­co, Brock vend sa gui­tare à un fan, ré­so­lu à dis­soudre le groupe. Ren­tré en An­gle­terre, il se met au vert avec Cal­vert dans le De­von, les deux ex­cen­triques flâ­nant dans leur vil­lage ha­billés en of­fi­ciers de la Pre­mière Guerre mon­diale. Brock se ra­chète fi­na­le­ment une gui­tare, joue avec des mu­si­ciens lo­caux, et dé­cide d’en em­bau­cher quelques-uns dans un groupe qu’il va re­mon­ter avec Cal­vert : Hawk­lords. En chan­geant de nom, ils se dé­bar­rassent de la ma­chi­ne­rie Hawk­wind qui leur pe­sait trop, les six dan­seurs, les deux bus de tour­née, les his­toires d’en­ga­ge­ments et ma­na­ge­ment, pre­nant les de­vants face à d’an­ciens membres ten­tés d’en­voyer leurs avo­cats... Brock et Cal­vert en­re­gistrent dans le stu­dio mo­bile de Ron­nie Lane avec des mu­si­ciens payés à la séance. Leur but : pour­suivre plus loin leur mu­ta­tion. En clair : nous sommes en 1978, le punk a to­ta­le­ment rin­gar­di­sé les vieux poi­lus fu­meurs de bé­do, Hawk­lords va s’éloi­gner du cô­té hip­pie qui col­lait à la peau de Hawk­wind. Les ga­mins, du reste, ne dé­testent pas obli­ga­toi­re­ment leurs an­ciens mor­ceaux, cer­tains re­con­nais­sant leur mo­der­ni­té vi­sion­naire. Alors, Hawk­lords vise ce­la : pas­ser pour les par­rains din­gos de la new wave, des tu­teurs freaks, Ul­tra­vox sous LSD, Ma­ga­zine cos­mique, XTC en bo­hé­miens science-fic­tion. “25 Years On”, ce n’est pas Hawk­wind avec mèches, mas­ca­ra et cos­tard à épau­lettes, mais dans un uni­vers pa­ral­lèle. Le psy­ché et space rock sont in­jec­tés à doses rai­son­nables. Si le per­cu­tant (et fantastique) single s’in­ti­tule “PSI Power”, c’est au­tant Power qui donne le ton que PSI (té­lé­ki­né­sie, té­lé­pa­thie). La face B, “Death Trap”, est un mor­ceau car­ré­ment punk — agres­sif, court et tran­chant. En aban­don­nant ses pen­chants pro­to­me­tal, le groupe ne perd pas sa puis­sance : moins lourd, plus ra­pide. Sou­vent di­rects, les mor­ceaux res­tent in­so­lites, ba­roques. Bo­wie leur ayant pi­qué un mu­si­cien, nor­mal que Hawk­lords chope au chan­teur de “He­roes” quelques idées (pas seule­ment pour “The Only Ones”). Du même ordre, “The Age Of The Mi­cro Man” au­rait pu être com­po­sé avec Brian Eno, alors que “25 Years” sonne comme du Roxy Mu­sic mixé avec La Düs­sel­dorf (ou le Can de “I Want More”). Il y a donc dans “25 Years On” de la new wave, du glam, du punk, du rock novö et ar­ty, des ins­tru­ments va­riés (du Ya­ma­ha CS80 à pro­fu­sion sur “Free Fall”, mais aus­si du did­ge­ri­doo, un wobble board aus­tra­lien, de la guim­barde et une trom­pette), le tout au ser­vice de l’es­sen­tiel : des mor­ceaux de haut vol. Seul pro­blème : le pu­blic y perd sa bous­sole — un al­bum trop ex­tra­va­gant ou da­té pour le rayon new wave, trop pop et car­ré pour les adu­la­teurs du groupe pé­riode Tur­ner-Lem­my. Brock re­prend alors le nom Hawk­wind, il y au­ra en­core d’in­ces­sants chan­ge­ments de per­son­nel, pro­jets so­los, départs, morts, re­tours, d’autres al­bums fas­ci­nants (“Church Of” en 1982), mais un seul “25 Years On” : du grand Hawk­wind, le meilleur Hawk­lords.

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