Un pa­chy­derme sur des sti­let­tos de vair

Rock & Folk - - Edito -

Evo­quer Cure pro­voque tou­jours un peu l’hystérie. Ou le rire. Ou les deux. C’est se­lon de quel cô­té l’on se si­tue car Cure ne di­vise pas seule­ment ceux qui s’en moquent. Cure di­vise aus­si, et peut-être da­van­tage, au sein même de ses sup­por­ters. Comme Laurent Wau­quiez, si l’on peut dire. D’un cô­té, ceux pour qui tout com­mence avec la Tri­ni­té

lam­pa­daire/ Fri­gi­daire/ as­pi­ra­teur, la face sombre, in­tros­pec­tive. A la ci­ta­tion ca­mu­sienne, à “l’ob­jec­ti­vi­té étrange” de Kaf­ka, à la froi­deur, aux fo­rêts ha­bi­tées... et, de l’autre, ceux qui dé­cou­vrirent Cure plus tard, en bas­tringue dé­glin­gué de­ve­nu mon­dial. Le suc­cès, les clips, les stades. La réus­site pla­né­taire. Ces deux camps ne sont que peu com­pa­tibles alors qu’ils ap­pré­cient le même groupe. Le même groupe ? Non. Le même homme, plu­tôt. Ro­bert Smith. Pré­nom et nom d’une désar­mante ba­na­li­té. Le pa­tro­nyme le plus ré­pan­du en An­gle­terre et aux Etats-Unis. Comme si un tel hé­ros, en fran­çais, s’ap­pe­lait Jean Mar­tin. Pas vrai­ment le blase d’une rock star, certes, mais ce­lui d’un hé­ros. Lit­té­raire sans doute pour ce­lui qui fut le seul dans l’his­toire de ce jour­nal à ne vou­loir pas évo­quer ses disques à lui mais plu­tôt les livres qui mar­quèrent sa vie (R&F 432, août 2003). Au-de­là de sa mu­sique, Cure fas­cine tant il di­vise, donc, on l’a com­pris. Le ma­quillage, les frusques in­formes et les che­veux. Les che­veux sur­tout. Seul le hair me­tal avait et al­lait faire pire. L’in­fluence Sioux­sie. Dé­jà ma­quillé mais en­core va­gue­ment punk sur la pho­to de Claude Gas­sian en couverture, avant la dé­rive Bon­nie Ty­ler/ Ti­na Tur­ner, mais en noir bleu­té, des an­nées d’après. Et la dé­for­ma­tion du chan­teur de­ve­nu pa­chy­derme mais conti­nuant de dan­ser sur des sti­let­tos de vair. Cure fête ses 40 ans d’exis­tence. Qua­rante an­nées faites, comme nos vies, d’ins­tants, d’ins­pi­ra­tions. D’er­reurs et de drames. Et donc, ce n’est pas illo­gique, d’ad­mi­ra­teurs pro­fon­dé­ment dif­fé­rents, sé­pa­rés par leurs propres vies, mais réu­nis, il faut le re­con­naître, par l’exi­gence ar­tis­tique per­ma­nente — on ne parle pas là de coif­fure, hein — de Mr Smith. Ro­bert Smith. Pré­nom et nom d’une désar­mante ba­na­li­té.

VINCENT TANNIERES

PS : se­lon le site qui­toque.fr, 91 % des fran­çais cui­sinent en chan­son et 62 % ont l’im­pres­sion de mieux cui­si­ner grâce à la mu­sique. 22 % de femmes écoutent de la va­rié­té et 20 % d’hommes, du rock, sans pré­ci­ser quel rock. Ni quel plat. Bel été. En che­mise ha­waïenne ?

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