PE­TER ZAREMBA

A force de sillon­ner la France avec les Fle­sh­tones, le chan­teur du groupe ga­rage amé­ri­cain a fi­ni par as­sou­vir son fan­tasme : en­re­gis­trer un 45 tours dans la langue de Ron­nie Bird.

Rock & Folk - - Sommaire - Fré­dé­ric Quen­nec

Pe­ter Zaremba, des my­thiques Fle­sh­tones, est aus­si le Comte Psy­ché­dé­lique. Il sort au­jourd’hui sur le la­bel Foo Man­chu deux titres chan­tés en fran­çais dans la plus pure tra­di­tion yéyé. Ce disque est comme un bon cru d’ici, for­cé­ment rare (500 exem­plaires). Ecou­ter du yéyé

ROCK&FOLK : Comment avez-vous dé­cou­vert le yéyé ? Pe­ter Zaremba : Quand j’étais ga­min, on en­ten­dait un peu de yéyé fran­çais — dans les films, à la ra­dio. J’ai­mais bien ça, mais les gens di­saient que les Fran­çais ne sa­vaient pas jouer de rock’n’roll... C’est la fa­meuse phrase de Len­non (dont l’au­then­ti­ci­té est in­cer­taine) : “Le rock fran­çais... c’est un peu comme le vin an­glais”. Mais avant les Beatles, on di­sait aus­si que les An­glais et le rock ça fai­sait deux. La pre­mière fois que j’ai vrai­ment en­ten­du du yéyé, c’était lors de cette nuit mé­mo­rable au Pa­lace à Pa­ris, à nos dé­buts. On est sor­tis dans Pa­ris, et on nous a fait écou­ter tous ces trucs su­per, pas seule­ment du yéyé — Fran­çoise Har­dy, Michel Pol­na­reff, Ni­no Fer­rer (in­con­tour­nable), Ron­nie Bird, les Chaus­settes Noires et Jacques Du­tronc, évi­dem­ment. Je n’ar­rê­tais pas de de­man­der : “C’est qui,

ça ? C’est quoi, ça ?” J’étais conquis !

R&F : Il y a eu le mi­ni-al­bum “Al­lo Brook­lyn, Ici Mont­martre”, avec To­ny Truant. D’autres es­sais au­pa­ra­vant en Fran­çais avec les Fle­sh­tones ?

Pe­ter Zaremba : Une seule fois, avec “Time Will Tell” de Pol­na­reff (qui avait fait ap­pel à Keith Reid, pa­ro­lier de Pro­col Ha­rum). On a in­ver­sé le pro­cé­dé, on a tra­duit les pa­roles en fran­çais. Ça don­nait “Les Temps Di­ra” ! Si­non, j’ado­re­rais ré­en­re­gis­trer “D’ac­cord To­ny D’ac­cord” avec Florent Bar­bier, bat­teur d’un grand groupe de rock’n’roll fran­çais, The Roa­drun­ners. R&F : D’où est ve­nue l’idée de sor­tir un 45 tours en fran­çais sous votre propre nom ? Pe­ter Zaremba : Les Fle­sh­tones n’étaient pas trop oc­cu­pés l’an der­nier, j’avais du temps à tuer. J’ai en­re­gis­tré au stu­dio de Florent Bar­bier. Vu que les Fle­sh­tones en­re­gistrent sou­vent en es­pa­gnol, avec Florent on s’est dit qu’on pour­rait es­sayer de faire un truc en fran­çais. Ce n’est pas du tout évident pour des an­glo­phones, mais Florent est qua­si­ment bi­lingue et il a pro­mis d’être mon coach. On a en­re­gis­tré trois chan­sons, c’était par­fait pour un 45 tours. Le la­bel des Fle­sh­tones n’était pas chaud pour sor­tir un 45 tours so­lo. Sur le conseil de Keith Streng, j’ai contac­té Fran­cis Puy­de­bois, qui avait sor­ti un al­bum de son ami De­niz Tek. Il est ve­nu voir les Fle­sh­tones à Bor­deaux, on s’est par­lé, affaire conclue ! R&F : Votre adap­ta­tion en fran­çais d’un titre d’Ar­thur Alexan­der est très réussie (“Ne Vois-Tu Pas?”). Pour­quoi pas une re­prise d’un titre fran­çais ? Pe­ter Zaremba : On vou­lait créer quelque chose de nou­veau, plu­tôt que de re­prendre un clas­sique fran­çais. Si on avait choi­si cette fa­ci­li­té, ça au­rait souf­fert de la com­pa­rai­son avec l’ori­gi­nal, et j’au­rais eu une foule de fans de yéyé fu­rieux à mes trousses ! Ce­ci étant dit, il y a un ou deux clas­siques fran­çais que j’ai­me­rais re­prendre, sans faire une pâle co­pie. Il y a fort à pa­rier que le Comte Psy­ché­dé­lique se­ra de re­tour bien­tôt avec un nou­veau 45 tours.

Vaste ques­tion

R&F : Vos chan­teurs et groupes fran­çais fa­vo­ris ?

Pe­ter Zaremba : Il y a beau­coup de disques fran­çais que j’adore. Je pour­rais ci­ter The Nor­vins. On avait un lien par­ti­cu­lier avec les Dogs. J’ai pro­duit un al­bum avec Los Mes­ca­le­ros, ces frères Ca­sas sont gé­niaux. J’ajoute sans hé­si­ter The Play­boys, une ins­pi­ra­tion de­puis leurs dé­buts, et Fran­çois est la seule per­sonne à m’avoir vrai­ment im­pres­sion­né sur scène. Les Grys-Grys sont su­per éga­le­ment, il y a quelques mer­veilleux titres des Rita Mitsouko, Charles Tre­net, bien sûr, et Du­tronc, tou­jours. Vaste ques­tion !

R&F : Un ar­tiste ou un groupe fran­çais avec qui vous ai­me­riez par­ta­ger la scène ?

Pe­ter Zaremba : Pour John­ny, c’est un peu trop tard... Du­tronc, bien sûr, mais sans doute pas simple à réa­li­ser. Fran­çoise Har­dy, peu­têtre... Il y a beau­coup de nou­veaux groupes que j’adore, mais je n’ai pas en­vie d’en ci­ter un et lais­ser les autres de cô­té !

R&F : Un dé­faut et une qua­li­té chez les Fran­çais ?

Pe­ter Zaremba : On a ten­dance à pen­ser que les Fran­çais sont des ma­niaques avec leur langue, mais non, c’est juste qu’elle doit être cor­rec­te­ment par­lée, si­non c’est du cha­ra­bia ! On tourne en France de­puis 1982. Ça amuse beau­coup JeanLuc, notre agent fran­çais : il donne en­core un siècle aux Fle­sh­tones pour par­ler fran­çais !

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