SLY STONE

De l’aveu même de Ro­bert Smith, c’est avec “Se­ven­teen Se­conds” que les Cure sont vrai­ment nés. L’al­bum qui est sor­ti il y a quatre dé­cen­nies a été le pre­mier d’une tri­lo­gie qui n’en fi­nit plus de fas­ci­ner. Après la­quelle, le groupe bri­tan­nique s’est ré­inv

Rock & Folk - - Sommaire 635 - Be­noît Sabatier

LORSQUE LES GROUPES DE ROCK CONNAISSEN­T UNE LONGUE CAR­RIÈRE, ils muent, changent de son, de per­son­nel, de look, de mu­sique, ne sont plus les mêmes. Il y a ain­si dif­fé­rents Rol­ling Stones, plu­sieurs Who, plu­sieurs Kinks... Et plu­sieurs Cure. Ils sont, avec U2, le der­nier groupe à avoir émer­gé en plein post­punk à être en­core en ac­ti­vi­té. U2 a évi­dem­ment ven­du dix fois plus de disques que le groupe de Ro­bert Smith, mais plus per­sonne n’écoute ces Ir­lan­dais au­jourd’hui, alors que cer­tains al­bums des Cure sont en­core vé­né­rés, soit par les fans de la pre­mière heure, soit par ceux qui les ont connus avec l’ex­plo­sion de “The Head On The Door” ou de “Di­sin­te­gra­tion”... C’est une époque que les moins de cin­quante ans au moins n’ont pas con­nue : celle où l’on pa­tien­tait un an — ce qui est rai­son­nable — pour dé­cou­vrir le nou­vel al­bum d’un groupe très mys­té­rieux, qui s’amé­lio­rait en per­ma­nence et qui pos­sé­dait un don très rare : les Cure, en grands sty­listes, ont to­ta­le­ment in­ven­té leur mu­sique à par­tir de leur deuxième disque. Si Joy Di­vi­sion, sur­tout “Unknown Plea­sures”, pou­vait évo­quer ici et là les Stooges ou le krau­trock, le groupe de Ro­bert Smith, dès “Se­ven­teen Se­conds”, ne rap­pe­lait rien de connu. Rien du tout. C’est un ex­ploit qui n’est pas don­né à tout le monde...

Il y a donc eu plu­sieurs Cure : ceux du pre­mier al­bum, ceux des trois sui­vants, et ceux de la suite, quels que soient le line-up. En 1979, cer­tains ont ache­té “Th­ree Ima­gi­na­ry Boys”. Un gen­til pe­tit disque son­nant comme du Buzz­cocks sage, avec une po­chette ar­ty (un lam­pa­daire, un fri­go et un as­pi­ra­teur, po­chette im­po­sée par le la­bel, que Smith a tou­jours trou­vée ri­di­cule), quelques réus­sites pop (“Boys Don’t Cry”), et dé­jà quelques ma­chins si­nistres (“10:15 Sa­tur­day Night”, “The Sub­way Song”). Mais une re­prise abs­conse du “Foxy La­dy” de Ji­mi Hen­drix et quelques titres très faibles (“Mea­thook”, “So What?”, “It’s Not You”) em­pê­chaient de ran­ger l’al­bum dans la ca­té­go­rie des grandes réus­sites de 1979, an­née riche en chefs-d’oeuvre (“A Dif­ferent Kind Of Tension” de Buzz­cocks, “Unknown Plea­sures” de Joy Di­vi­sion, “Me­tal Box” de PiL, “The Ra­ven” des Stran­glers, “Se­cond­hand Day­light” de Ma­ga­zine, “Lon­don Cal­ling” des Clash, “Set­ting Sons” des Jam, le pre­mier Spe­cials, etc.). Les Cure ne jouaient tout sim­ple­ment pas dans la même ca­té­go­rie, même si “Th­ree Ima­gi­na­ry Boys”, grâce à une cer­taine sin­gu­la­ri­té, comp­tait plu­sieurs fans. Le groupe n’était pas gé­nial, mais sans au­cun doute à sur­veiller de près. Et puis, un an plus tard, le 22 avril 1980, sor­tait “Se­ven­teen Se­conds”. Ce n’est rien de dire que la si­dé­ra­tion fut bru­tale. Dès l’ins­tru­men­tal ou­vrant la face A, “A Re­flexion”, avec son pia­no comme du Sa­tie déses­pé­ré, ses quelques accords de gui­tare et ses étranges bruits de gé­mis­se­ments, tout le monde com­prit qu’il ne s’agis­sait pas du même groupe. Et d’ailleurs, c’était le cas. Mi­chael Demp­sey, bas­siste du pre­mier al­bum, avait quit­té le na­vire pour com­plé­ter les As­so­ciates. Si­mon Gal­lup et son pote Mat­thieu Hart­ley avaient re­joint le groupe, res­pec­ti­ve­ment à la basse et au cla­vier. Le son entre “Th­ree Ima­gi­na­ry Boys” et “Se­ven­teen Se­conds” est tel­le­ment dif­fé­rent que c’en est hal­lu­ci­nant. De mémoire, on n’a ja­mais vu pa­reil chan­ge­ment entre un pre­mier al­bum et son suc­ces­seur. C’est un peu comme si après “In The Ciy”, les Jam s’étaient mis à Tan­ge­rine Dream. La bat­te­rie, mé­tro­no­mique, est com­pres­sée à mort, les cla­viers sont ex­ces­si­ve­ment dis­crets — on est loin des grosses nappes de “Di­sin­te­gra­tion”—, le son de gui­tare est cris­tal­lin, sans la moindre dis­tor­sion (l’am­pli de Smith, un Ro­land Jazz Cho­rus, avait été choi­si pour ça), et le chan­teur montre pour la pre­mière fois ses qualités d’ins­tru­men­tiste : so­los en accords (“A Fo­rest”), ar­pèges dé­li­cats, lé­gères dis­so­nances (“At Night”), in­fluences fla­men­co (sur “Se­crets”, il cite même une ligne du “An­dy Wa­rhol” de Bo­wie). En­fin, les com­po­si­tions y sont gran­dioses. On connaît la dé­cla­ra­tion cé­lèbre de Smith, af­fir­mant avoir vou­lu faire de “Se­ven­teen Se­conds” un mé­lange entre “Five Leaves Left” de Nick Drake et “Low” de Da­vid Bo­wie. Ce­la ne saute pas aux oreilles, mais on com­prend l’idée : “Se­ven­teen Se­conds” est un al­bum oua­té, co­ton­neux, flou comme sa po­chette, que les ado­les­cents de l’époque écou­taient re­li­gieu­se­ment al­lon­gés sur leur lit en fixant le pla­fond, à bas vo­lume. Car, comme l’avait jus­te­ment écrit un jour­na­liste (Bayon, de mémoire), c’est l’un des rares disques de rock qui dé­voile ses splen­deurs même à un ni­veau so­nore in­si­gni­fiant. C’est un al­bum pour les so­li­taires, qu’on n’a cer­tai­ne­ment pas en­vie d’écou­ter en groupe ou en fond so­nore. C’est un al­bum pour ne rien faire, si­non écou­ter et rê­vas­ser. Smith avait com­po­sé quelques-uns des mor­ceaux alors que les Cure étaient en tour­née avec les Ban­shees — il as­su­rait non seule­ment la pre­mière par­tie, mais re­pre­nait sa gui­tare pour ac­com­pa­gner le groupe de Sioux­sie du­rant son set. Qu’il ait eu une idée aus­si pré­cise de ce qu’il sou­hai­tait est as­sez ex­cep­tion­nel. Qu’il y soit aus­si bien par­ve­nu (avec l’aide du grand Mike Hedges à la pro­duc­tion, le seul à com­prendre ce que le lea­der avait en tête alors que Ch­ris Par­ry, du la­bel Fic­tion, avait des suées en écou­tant la mu­sique) l’est tout au­tant. Cet al­bum at­mo­sphé­rique et mi­ni­ma­liste — l’écoute at­ten­tive de chaque titre fas­cine par le dé­nue­ment ex­trême mis en place — a été en­re­gis­tré et mixé en onze jours. C’est dire si le groupe sa­vait où il sou­hai­tait al­ler. Ch­ris Par­ry a fi­na­le­ment pu se dé­tendre : l’al­bum s’est pla­cé à la ving­tième place des charts et “A Fo­rest” est de­ve­nu le pre­mier tube du groupe, qui a en­fin pu pas­ser à Top Of The Pops pour le jouer de­vant la moi­tié de l’An­gle­terre. A vrai dire, avec “Se­ven­teen Se­conds”, le groupe ve­nait de naître, “Th­ree Ima­gi­na­ry Boys” était ou­blié et le culte com­men­çait à se ré­pandre. MTV n’exis­tait pas, les rares photos du groupe, Best et Rock&Folk ayant lar­ge­ment ra­té le coche, fai­saient rê­ver : c’était avant les looks gro­tesques de “The Head On The Door” (men­tion spé­ciale à Si­mon Gal­lup, qui à l’époque a lar­ge­ment cre­vé le pla­fond du ri­di­cule ab­so­lu). Ro­bert Smith ne res­sem­blait pas en­core à une vieille sor­cière qui se se­rait ma­quillée en pleine crise de Par­kin­son : sa fente au men­ton, ses sour­cils asy­mé­triques, ses yeux étonnants lui don­naient un air de chat du Che­shire ef­flan­qué (des an­nées plus tard, avec les Ban­shees, il par­ti­ci­pe­ra à un show té­lé très dé­ran­geant ins­pi­ré de “Alice Au Pays Des Mer­veilles”). Il res­sem­blait, avec des dé­cen­nies d’avance, à un jeune Ben Af­fleck, avec l’air in­tel­li­gent. L’ab­sence d’image du groupe dé­ve­lop­pait l’ap­pé­tit, les fan­tasmes, et gé­né­rait l’en­vie.

Ca­thé­drale de dé­pres­sion

Elle fut com­blée presque jour pour jour, pile un an après, le 14 avril 1981. Et le ré­sul­tat fut au-de­là de tous les es­poirs des fans : cette fois-ci, les Cure al­laient en­core plus loin dans le spleen. Ils sem­blaient lit­té­ra­le­ment

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R&F

L’un des rares disques de rock qui dé­voile ses splen­deurs même à un ni­veau so­nore in­si­gni­fiant

JUILLET 2020

des­cendre dans la tombe. Tou­jours pro­duit par Mike Hedges, “Faith” a été plus com­pli­qué à as­sem­bler. En­re­gis­tré dans dif­fé­rents stu­dios pen­dant plu­sieurs mois, l’al­bum était moins pré­cis dans l’esprit de Smith que ne l’avait été son pré­dé­ces­seur avant même sa concep­tion. Le chan­teur ex­plique vo­lon­tiers que sans Hedges, qui avait une fois de plus tout com­pris, il n’y se­rait ja­mais par­ve­nu. Il ex­plique aus­si vo­lon­tiers qu’un re­cours ré­cent à ce qu’il nomme pu­di­que­ment les “sel­fish drugs” (pour être clair, l’hé­roïne) ont contri­bué à des chan­sons plus in­tros­pec­tives et des tem­pos plus lents (à l’ex­cep­tion de deux titres, qui sont d’ailleurs les moins bons du disque). Avec l’ou­ver­ture, “The Ho­ly Hour”, l’am­biance reste as­sez proche de celle de “Se­ven­teen Se­conds”, mais en plus dé­so­lée en­core, la voix de Smith, qui semble avoir connu une grosse dé­pres­sion à l’époque, est plus déses­pé­rée qu’au­pa­ra­vant, d’au­tant qu’elle est dou­blée. “Pri­ma­ry” res­semble à du Joy Di­vi­sion pas très ins­pi­ré (sur scène, Smith le dé­diait à Ian Cur­tis, qui s’est don­né la mort un mois après la sor­tie de “Faith”). Le disque prend son vé­ri­table en­vol après le si­nistre et ré­pé­ti­tif “Other Voices”. Dès “All Cats Are Grey”, c’est une fan­tai­sie splee­né­tique. Smith y cite le fa­bu­leux cycle néo­go­thique de Mer­vyn Peake (1911-1968), au­quel il fe­ra à nou­veau al­lu­sion dans “The Drow­ning Man”, (“Gor­men­ghast”, re­pu­blié en France en un vo­lume il y a deux ans chez Om­ni­bus avec une pré­face de Mi­chael Moor­cock ; un dé­lire gran­diose, aus­si re­com­man­dable que l’oeuvre de Lo­ve­craft) et, en­fin, la majesté de l’al­bum se met en place. Dé­ploie­ments de toms comme du Ste­phen Mor­ris au ra­len­ti, syn­thés très dis­crets, ja­mais pom­piers, et mé­lan­co­lie res­treinte, ma­jes­tueuse, jus­qu’aux der­nières notes de pia­no du mor­ceau. Les fes­ti­vi­tés se pour­suivent avec “The Fu­ne­ral Par­ty”, qui sonne comme du “Di­sin­te­gra­tion” en mieux. Cette fois, le syn­thé ARP So­li­na — ce­lui de “Love Will Tear Us Ap­part”, connu pour sa très étrange imi­ta­tion de cordes — est uti­li­sé en nappes, et la voix du chan­teur flotte dans l’écho, en ape­san­teur. Le mor­ceau au­rait été ins­pi­ré par le ré­cent dé­cès des grands-pa­rents de Smith. Après vient le très mé­diocre “Doubt” (comme une contre­par­tie évi­dente au titre de l’al­bum) qui brise pé­ni­ble­ment l’uni­té du disque, et suivent les deux im­pec­cables “The Drow­ning Man” et “Faith”, en­fon­çant le clou im­pec­ca­ble­ment (l’édi­tion De­luxe de 2005 ajoute le long et très per­tur­bant mor­ceau “Car­nage Vi­sors”, bande-son du film pro­je­té aux concerts de la tour­née sui­vant la pa­ru­tion de l’al­bum, les Cure ayant dé­ci­dé de se pas­ser de pre­mière par­tie). Ecou­ter ça en 1981, c’était quelque chose. Cette ca­thé­drale de dé­pres­sion s’est pla­cée di­rec­te­ment à la qua­tor­zième place des charts. Ch­ris Par­ry, ef­fon­dré lors­qu’il en­ten­dit l’al­bum fi­ni, en ar­ri­va à se dire qu’il de­vait lais­ser son drôle de client fi­na­le­ment faire ce qu’il vou­lait, puisque plus ce­la lui sem­blait hor­rible, plus ce­la se ven­dait. Il n’était pas au bout de ses peines...

Billet pour l’en­fer

Tou­jours ré­glés comme des hor­loges suisses, les Cure sor­tirent moins d’un an après, le 3 mai 1982, l’équi­valent mu­si­cal d’un ta­bleau de Jé­rôme Bosch : l’en­fer sur un disque. Cette fois-ci, l’acide, la coke et l’al­cool avaient pris le pas et Smith avait dé­ci­dé de sor­tir “le disque le plus ex­trême ja­mais en­re­gis­tré”. Ses amis Sioux­sie et Se­ve­rin, qui leur ren­daient vi­site du­rant l’en­re­gis­tre­ment ont dé­crit un chaos ex­trême, Smith dor­mant sous une tente en­tou­rée de ca­nettes de bières entre deux mau­vais trips. “Por­no­gra­phy” : après la mé­lan­co­lie de “Se­ven­teen Se­conds” et la neu­ras­thé­nie de “Faith”, voi­ci le bruit et la fu­reur, l’as­saut et la co­lère. La po­chette rouge et floue, sur la­quelle, pour la pre­mière fois, les trois membres du groupe ap­pa­raissent, semble sor­tir tout droit d’un cau­che­mar. La pre­mière phrase de l’al­bum ré­sume le pro­pos : “It doesn’t mat­ter if we all die”. En­suite, jus­qu’au der­nier mor­ceau fou fu­rieux (“Por­no­gra­phy”, l’un des trucs les plus ter­ri­fiants ja­mais en­re­gis­trés avec cer­tains titres de Ni­co), c’est le pan­dé­mo­nium. Un mael­ström psy­cho­pathe et va­cillant, Smith ayant souvent en­re­gis­tré ses par­ties vo­cales en plein trip ou ivre mort au pe­tit ma­tin après une nuit d’ex­cès. La to­na­li­té pla­nante de “Faith” cède la place à un en­fer de gui­tares et de bat­te­ries mar­tiales, le chan­teur ne chu­chote plus, ne gé­mit plus, il est en pleine rage. Mal­gré tout ce­la, et c’est la grande force de “Por­no­gra­phy”, les Cure conti­nuent à trou­ver de vraies mé­lo­dies, qu’on peut étran­ge­ment fre­don­ner. L’al­bum est truf­fé de chan­sons ex­tra­or­di­naires, “One Hun­dred Years”, l’ex­plo­sion ini­tiale, “The Fi­gu­re­head”, cli­max ex­tra­or­di­naire de l’al­bum, “A Strange Day”, “Sia­mese Twins” ou le très psy­ché­dé­lique (nous y re­vien­drons) “A Short Term Ef­fect”. C’est un disque sans ap­pel, sans retour, qui a pro­fon­dé­ment mar­qué beau­coup de gens pour le meilleur et pour le pire, y com­pris des ploucs amé­ri­cains comme Ma­ry­lin Man­son ou Trent Rez­nor qui dé­cou­vraient, alors, un billet pour l’en­fer un peu plus ori­gi­nal que le me­tal. En écou­tant ce­la, Par­ry est au bord du sui­cide mais, même avec un single qui fonce droit dans le mur (com­ment sé­duire les radios avec “The Han­ging Gar­den” ?), l’al­bum se trouve un large pu­blic. Que faire après un vi­rage aus­si jus­qu’au-bou­tiste ? Ex­plo­ser. Une tour­née sau­vage a sui­vi, Smith se bar­bouillant les yeux de rouge à lèvres qui, mê­lé à sa sueur, don­nait l’im­pres­sion qu’il sai­gnait des or­bites, le groupe s’est bat­tu sur scène, Gal­lup est par­ti. Smith a en­re­gis­tré avec Tol­hurst quelques singles “vo­lon­tai­re­ment dé­biles” (“Let’s Go To Bed”, “The Walk”, “The Lo­ve­cats”, qui à son grand désar­roi, grâce à l’ar­ri­vée de la vi­déo, se sont très bien ven­dus, lar­ge­ment mieux que “Char­lotte So­me­times”, trop mé­lo­dra­ma­tique et in­vo­lon­tai­re­ment pa­ro­dique, pour le­quel il avait pré­vu un grand ave­nir), con­çu un al­bum avec son pote Se­ve­rin, “The Glove”, char­mante cu­rio­si­té dé­glin­guée as­sez psy­ché­dé­lique alors que tous les deux pre­naient beau­coup d’acide, puis un disque schi­zo­phrène qua­si­ment so­lo, dé­tra­qué et tout aus­si psy­ché (“The Top”, 1984) sur le­quel il joue de tous les en­re­gis­tre­ments sauf la bat­te­rie. C’est à moi­tié ra­té (“The Ca­ter­pillar”, où il devient la ca­ri­ca­ture qu’il res­te­ra pen­dant de longues an­nées, l’af­freux “The Emp­ty World”, le niais “Bird Mad Girl”, l’in­si­gni­fiant “Dres­sing Up”, le tout ar­ro­sé de pre­sets de syn­thés pro­pre­ment ignobles), à moi­tié su­perbe (“Shake Dog Shake”, “Give Me It”, “Ba­na­na­fi­sh­bones”, “Wai­ling Wall”, “The Top”) comme une tran­si­tion écla­tée entre “Por­no­gra­phy” et “The Head On The Door”. C’est là aus­si qu’il se met pour la pre­mière fois à chan­ter d’une voix af­fec­tée, fa­çon “Je suis Ro­bert, le gars un peu fou­fou et ex­cen­trique”, ce qui devient ra­pi­de­ment pé­nible (voir “Pig­gy In The Mir­ror”).

Ça ou l’asile

En­tre­temps, Smith a tour­né à nou­veau avec les Ban­shees : il est ma­gique sur le live “Noc­turne” lors­qu’il re­prend les par­ties de gui­tares in­ouïes et qua­si in­jouables de Steve McGeoch des deux al­bums gran­dioses “Ju­ju” et “A Kiss In The Dream­house”, et pas mal non plus sur “Hyae­na”, en par­ti­cu­lier sur “Dazzle” et les cin­glés “Bring Me The Head Of The Prea­cher Man” et “Blow The House Down”. Puis il a mon­té un nou­veau groupe très élar­gi bé­né­fi­ciant du retour de Gal­lup, tou­jours nom­mé The Cure, et s’est mis, avec suc­cès, à faire de la très bonne pop avant de conqué­rir le monde en­tier et de jouer dans des stades avec un gros son, ce qui a sur­pris ceux qui ont vu les Cure fa­mé­liques en trio à l’Olym­pia pour la tour­née “Por­no­gra­phy”. Ce pe­tit groupe se­cret, mi­ni­ma­liste et sans image, ne leur ap­par­te­nait désormais plus. Et la mu­sique ne se­rait ja­mais la même. C’est une autre his­toire, mais on par­donne Ro­bert Smith : c’était ça ou l’asile psy­chia­trique...

L’équi­valent mu­si­cal d’un ta­bleau de Jé­rôme Bosch : l’en­fer sur un disque

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