Rock & Folk : 2020-06-25

La Vie En Rock Marc Zermati : 63 : 63

La Vie En Rock Marc Zermati

“Genesis ? Moi ? Ici ? Jamais !” MARC ZERMATI FOREVER PAR PHILIPPE MANOEUVRE IL N’AVAIT PAS BEAUCOUP DE TEMPS À PERDRE avec les connards, tous ceux qu’il surnommait les bourricots. Marc Zermati était venu pour le rock. Le vrai. Celui d’Iggy et de Lemmy, celui des guerriers de la route et des aventurier­s des décibels. Marc Z avait des idées uniques. Qu’aurions-nous fait sans lui ? Il faudrait retrouver et republier son Mes Disques à Moi : Zermati est le rocker français par excellence. Pied-Noir, il a rencontré le surréalism­e avant l’initiation Hendrix de 1967. Bob Dylan est son autre idole. Dès 1972, il ouvre l’Open Market. Le Colette des rockers undergroun­d. Disques garage en import, comics de Crumb, disques pirates des Rolling Stones sous le comptoir, et plus si affinités. Marc Z publie notoiremen­t des livrets pirates où l’on trouve les textes de Hendrix, Stones, Doors ce qui lui vaut un passage dans Pop 2... Alain Pacadis, Patrick Eudeline, moi-même... Nous encerclons l’Open Market, dont le vendeur s’appelle Yves Adrien. L’Open devient la Mecque rock undergroun­d. Les Frenchies ou Little Bob répètent à la cave. J’y rencontre Chrissie Hynde et Nick Kent. Une nuit, comme raconté dans mon livre “Rock”, Iggy Pop entre chez Marc par la fenêtre ! ma vue !!!” On a vu plus commerçant. Mais revenons à ce bonhomme qui nous a tant appris et tant donné... Ancien de la bande du Drugstore, Zermati était donc un dandy raffiné, total. Le Des Esseintes punk. Il aimait le rock, mais idolâtrait mocassins blancs, foulards de soie, boots Beatles et bagues têtes de mort. Je l’avais emmené voir Kim Fowley lors de sa première venue à Paris. Fowley s’était fâché tout rouge. Oui, Marc avait de prévenir le chanteur d’un repressage de son album Skydog... Ça, c’était le côté sombre de Marc. Mais rappelons que, le premier, Marc avait branché Paris sur ses réseaux de Londres (Larry Debay) et Amsterdam. Marc ferme l’Open Market en 1977. Il abandonne la rue à Harry Cover et entreprend d’organiser des concerts. A commencer par les Groovies à l’Olympia ! Puis Dr Feelgood, Ducks Deluxe, Eddie And The Hot Rods, Ramones/ Talking Heads, Cramps. Il publie des 45 tours de Motörhead (“White Line Fever”) et des Damned (“New Rose”). Le 21 août 1976, il organise avec Pierre Thiollay et Larry Debay le premier festival punk de Mont-de-Marsan. Les artistes anglais débarquent en bus, ils arrivent tous ensemble de Londres. Le récit du voyage avec Damned, Hot Rods, Sean Tyla et Gorillas dans le même bus pendant vingt heures est devenu un épisode de la légende du punk anglais. D’autant qu’à Londres, un clandestin est monté à bord du bus : Ian Curtis, futur chanteur de Joy Division... Le public ne vient pas, mais l’Histoire s’écrit, jubilatoir­e. Un mois plus tard, Malcolm McLaren organise son propre festival punk au Club 100... A Paris, le 28 mars 1977, c’est la Nuit Punk du Palais Des Glaces qui est la très grande réussite du Zermati promoteur : Stinky Toys, Police, Jam, Damned, Generation X... qui fera jamais mieux ? Mais le groupe qu’adule Marc, c’est Clash. Il le fait jouer au Bataclan et l’invite ensuite à dîner à la Coupole. Je suis là. Invité par Marc. Dès que j’arrive, Mick Jones, qui me trouve le cheveu bien long, cherche la bagarre. Marc intervient. Calme le bouillant Clash. Lui explique que j’ai écrit une mégabonne chronique du premier album... Mick Jones va devenir un pote et Marc le représenta­nt de Big Audio Dynamite. Il les amène à la Cigale pour un concert anniversai­re des Enfants Du Rock. Le chèque du groupe n’est pas prêt. Marc joue le bras de fer et exige le cachet avant que le groupe joue une note. Seul en scène, en direct, je suis au bord du gouffre quand la grande Catherine Ringer me sauve la vie ! Sautant sur scène, elle chante “La Jalousie” a capella pendant que Marc compte les billets, sous nos yeux, dans la coulisse. Crise de rire ! Tournant avec son acolyte Johnny Thunders, Zermati avait découvert le Japon avant tout le monde et en était devenu le spécialist­e. Relisez dans Rock&Folk numéro 441 (2004) le récit de nos aventures avec Zermati et les Stooges au pays du Soleil-Levant... Marc connaissai­t Tokyo comme sa poche. Tour manager renommé, il avait servi de mentor aux Dogs, puis à des artistes divers et variés, Daft Punk ou Sonic Youth, tant d’autres... Prosélyte, sans trêve ni relâche, il passait le mot et essayait de faire tourner en France The Michelle Gun Elephant, Guitar Wolf, 54 Nude Honeys. Tous ces rockers japonais idolâtraie­nt Marc et le couvraient de présents lors de ses passages à Tokyo. Il me racontait sa découverte de la cité des glaces d’Abashiri, où il s’était baladé avec Johnny Thunders, avant de prendre un avion pour Bangkok et claquer tout le fric de la tournée en femmes et en opiacés... Ses histoires de dope rempliraie­nt un livre. Connaissan­t le hachich depuis toujours (il était né à Alger) il avait tout essayé, LSD-25, speed, opiacés. Revenu de tout, il fumait uniquement du hachich depuis les années 90, et avait même arrêté ça aussi depuis deux ans. Sa santé déclinant, il se battait et prétendait retrouver des forces à la campagne, en Normandie. En 2001, il avait découvert qu’il avait une fille de 25 ans, née d’une folle nuit d’après concert seventies. Cette révélation tardive a été racontée par Virginie Despentes dans “Teen Spirit”. oublié Manu militari Marc qui héberge Nico. Défend avec opiniâtret­é les Flamin’ Groovies et Blue Öyster Cult. De passage avec les Variations, en 1974, Lester Bangs hallucine et décrète : “J’ai rencontré des Punques à Paris.” Zermati publie des disques précieux : “Grease” des Groovies, et surtout “Sky High”, une jam monumental­e entre Jimi Hendrix et Jim Morrison. Suit un pirate de Lou Reed à Amsterdam. Zermati trouve le titre : Lou saura s’en souvenir... Joli coup. Marc l’activiste est fier. Il fait avancer l’affaire. Mais surtout, Zermati va publier un album live d’Iggy And The Stooges, “Metallic KO” document destroy qui devient la bande son des années punk. Un samedi de 1976, j’arrive rue des Lombards. Marc (qui m’aime bien) me harponne et me brandit le premier 45 tours des Sex Pistols, “Anarchy In The UK”, pressage EMI, pochette noire. Un client s’approche et lui demande s’il aurait des disques de Genesis par hasard. C’est manu militari et à coups de pieds au cul que Marc sort le type de sa boutique. Ce coeur lâcheur Ici, je voudrais présenter quelque chose comme des excuses posthumes à Marc Z : pendant des années, mon pote s’est plaint d’un mal au coeur terrible. Il racontait ça. Il savait que ça n’allait pas. Or, les médecins ne trouvaient rien. Marc se plaignait. Comme beaucoup, j’avais fini par le croire hypocondri­aque. Il n’en était rien. Il a fini par en mourir, de ce coeur lâcheur, à l’aube, le matin du 13 juin. Selon mon téléphone, j’ai parlé à Marc pour la dernière fois le 6 juin, à 11 h 11. Il avait une voix d’outre-tombe. On a parlé du prochain Dylan, qu’il attendait, et convenu que ça serait sympa de se voir bientôt, autour de nos anniversai­res communs du 19 et 21 juin. Et puis l’appel du 13, et l’affreuse nouvelle. Merci Marc. Pour tout. La bise au parrain. “Rock And Roll Animal”. “Genesis ? Moi ? Ici ? Jamais ! Dégage, connard, hors de H JUILLET 2020 R&F 063

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