LES PIERES ONT LA PAR OLE A CHAR­LIEU

Saint-Jacques Magazine - - Entre Cluny Et Le Puy-en-velay -

Char­lieu pro­fite en­core des ef­fets po­si­tifs d’une très an­cienne concur­rence entre voi­sins de terre ou de foi. Si­tuée à un car­re­four stra­té­gique entre Forez, Beaujolais, Bour­gogne et Bour­bon­nais, la ci­té a été for­ti­fiée par Phi­lippe Au­guste en 1180. Elle s’est en­suite trou­vée sur la grande voie qui re­liait Lyon à Pa­ris, ce qui a lar­ge­ment contri­bué à aug­men­ter son ac­ti­vi­té com­mer­ciale : les mar­chands de Cham­pagne ou d’Ita­lie croi­saient là les pè­le­rins de Saint-Jacques. Reste au­jourd’hui un im­por­tant pa­tri­moine ro­man ou go­thique lais­sé en par­ti­cu­lier par les Bé­né­dic­tins puis les Fran­cis­cains. L’ab­baye bé­né­dic­tine pour com­men­cer. Cette mer­veille de l’art ro­man a été fon­dée vers 875 par des moines ve­nus de Tou­raine. Elle a en­suite été rat­ta­chée à Clu­ny vers 930, puis ré­duite en prieu­ré avant 1040. Mal­gré les aléas du temps, l’en­semble mo­nas­tique est tou­jours do­té de qua­li­tés ar­chi­tec­tu­rales uniques. Les mai­sons mé­dié­vales et la tour Phi­lippe Au­guste, don­jon dé­fen­sif de l’ab­baye, font de Char­lieu un site unique.

Bé­né­dic­tins contre Fran­cis­cains

Des fouilles ont per­mis de dé­cou­vrir les fon­da­tions de trois églises construites sur le même em­pla­ce­ment entre les IXe et XIe siècles. De cette der­nière ne sub­sistent que la der­nière tra­vée, la fa­çade et le nar­thex (porche) ajou­té au dé­but du XIIe. Son grand por­tail, dont la dé­co­ra­tion s’ins­pire du Livre de l’Apocalypse, est un chef d’oeuvre de l’art ro­man. On y voit, taillés dans la pierre avec une grande fi­nesse, les apôtres, le Ch­rist et les sym­boles des évan­gé­listes, les vieillards mu­si­ciens. Le cloître ac­tuel, de la fin du XVe, s’ouvre sur la salle ca­pi­tu­laire par une co­lon­nade ro­mane dans un état de conser­va­tion tout à fait ex­cep­tion­nel. De là, on ac­cède à la cha­pelle du prieur. Deux mu­sées (la­pi­daire et d’art re­li­gieux) ont éga­le­ment été amé­na­gés dans le par­loir et une an­cienne cave. Char­lieu a pro­fi­té de la longue op­po­si­tion entre les prin­ci­paux ordres re­li­gieux du Moyen Age. Car au­tant de ri­chesses et à tra­vers elle de pou­voir pour les Bé­né­dic­tins, ne pou­vait lais­ser les Fran­cis­cains sans ré­ac­tion. Vers 1280, après de nom­breux dé­mê­lés, ces der­niers s’ins­tallent, à leur tour et à bonne dis­tance. Un couvent est éri­gé à la li­mite de la ville, sur la pa­roisse de Saint-Ni­zier-sous-Char­lieu. Dé­truit vers 1360, pen­dant la Guerre de Cent Ans, le Couvent des Cor­de­liers fut re­cons­truit à la fin du XIVe siècle. Oc­cu­pé par des Frères mi­neurs conven­tuels, il fut fer­mé en 1792. Sub­siste au­jourd’hui le cloître go­thique, haut lieu de quié­tude et de contem­pla­tion. Il dis­pose d’une dé­co­ra­tion très soi­gnée. Sa ga­le­rie nord en par­ti­cu­lier s’orne de cha­pi­teaux fi­gu­ra­tifs re­pré­sen­tant avec hu­mour les vices (ser­pent à tête hu­maine pour l’hy­po­cri­sie, le vo­leur…) et les ver­tus (sa­gesse avec la chouette, pu­re­té avec l’her­mine…). Ce cloître est pas­sé tout près du pire : ven­du en 1910 à un an­ti­quaire pa­ri­sien, il était des­ti­né à être dé­mon­té avant de par­tir or­ner le court de ten­nis d’un mil­liar­daire amé­ri­cain… mais il fut clas­sé d’ur­gence. L’église at­te­nante est re­mar­quable par sa char­pente ap­pa­rente en chêne da­tant de la fin du XVIIe et ses pein­tures mu­rales des XIVe, XVe et XVIe siècles. L’an­cienne bi­blio­thèque com­plète cet en­semble ar­chi­tec­tu­ral, im­pré­gné de la sim­pli­ci­té de l’ordre fran­cis­cain.

Au­tour de l’ab­baye bé­né­dic­tine de Char­lieu.

Ren­sei­gne­ments à l’Of­fice de tou­risme du Pays de Char­lieu au 04.77.60.12.42.

Dans le cloître de Saint-Ni­zier-sous-Char­lieu.

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