La pas­sion de la po­li­tique

Secrets d'Histoire - - Au Coeur D'une Vie -

Dé­pu­té à 26 ans, mi­nistre à 34 ans, Pre­mier mi­nistre à 65 ans, Chur­chill ne quitte le pou­voir qu’en 1955 à l’âge de 80 ans. Mais il fré­quen­te­ra les bancs du Par­le­ment jus­qu’à la veille de sa mort. La po­li­tique, c’est l’his­toire de sa vie.

Du plus loin qu’il s’en sou­vienne, Wins­ton Chur­chill a tou­jours vou­lu me­ner une car­rière par­le­men­taire, à l’ins­tar de son père, de son grand-père et des aïeux qui les ont pré­cé­dés. De­puis l’ado­les­cence, il rêve de les imi­ter. En réa­li­té, il va les sur­pas­ser.

Un verbe ra­va­geur

Pour réus­sir en po­li­tique, Chur­chill pos­sède une qua­li­té es­sen­tielle : c’est un ora­teur-né. En dé­pit d’un zé­zaie­ment qu’il masque le plus pos­sible, il a un style puis­sant et un sens de la formule qui font mouche. Lui qui tra­vaille lon­gue­ment ses dis­cours s’en ex­plique : « Il me fal­lait es­sayer de pré­voir la si­tua­tion et d’avoir en ré­serve un cer­tain nombre de va­riantes

pour faire face à toute éven­tua­li­té. J’ar­ri­vai donc avec un car­quois rem­pli de flèches de tailles et de mo­dèles va­riés, dont j’es­pé­rais que cer­taines au moins at­tein­draient leur cible. » Il ap­prend ses textes par coeur pour en tra­vailler les ef­fets. Il est in­tel­li­gent, sou­vent vi­sion­naire, mais sa fa­çon d’en­vi­sa­ger la po­li­tique et les par­tis dé­tonne. Élu pour la pre­mière fois à Old­ham en 1900, il se fait re­mar­quer en cri­ti­quant vi­ve­ment la po­li­tique me­née par son Par­ti conser­va­teur au pou­voir. Ain­si, à pro­pos de la guerre des Boers, il est par­ti­san d’une paix ho­no­rable et se rap­proche des li­bé­raux. « Si j’étais un Boer, j’es­père bien que je me trou­ve­rai sur les champs de ba­taille », ose-t-il cla­mer dans un dis­cours. Le 31 mai 1904, il com­met l’im­pen­sable : il tra­verse l’al­lée qui sé­pare les conser­va­teurs des bancs de l’op­po­si­tion et s’as­soit avec les li­bé­raux, à cô­té de Lloyd George. Il n’hé­si­te­ra pas à faire le che­min in­verse en 1925…

Deux guerres à sa me­sure

En 1911, le Pre­mier mi­nistre Her­bert As­quith nomme Chur­chill Pre­mier Lord de l’Ami­rau­té. Les choses sé­rieuses com­mencent pour le Lion am­bi­tieux. Il a voya­gé en Al­le­magne, il a des in­tui­tions re­mar­quables. Pour contrer la po­li­tique d’ar­me­ment me­née par Guillaume II, il mo­der­nise la Royal Na­vy et ga­ran­tit ses ap­pro­vi­sion­ne­ments en pé­trole. Il s’ac­tive au dé­ve­lop­pe­ment d’une avia­tion na­vale, et, comme de Gaulle, a la convic­tion que l’ar­mée doit se do­ter de chars d’as­saut. La guerre qui s’ouvre trois an­nées plus tard lui donne rai­son, mais si ses an­ti­ci­pa­tions étaient bonnes, le si­nistre échec des Dar­da­nelles lui coûte son poste de Pre­mier Lord de l’Ami­rau­té. Il ne le re­trou­ve­ra qu’en 1939. Il est alors l’un des seuls à sen­tir le dan­ger de la mon­tée du na­zisme en Al­le­magne et s’op­pose vi­ve­ment à la po­li­tique de paix à tout prix de Ne­ville Cham­ber­lain. Il ap­pa­raît bien­tôt comme le seul re­cours. En mai 1940, il de­vient Pre­mier mi­nistre. Son éner­gie, ses for­mules tran­chantes – « Je n’ai à of­frir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur », ou « ne­ver sur­ren­der » (ne ja­mais ca­pi­tu­ler) – gal­va­nisent l’ar­mée et la po­pu­la­tion. Son ex­pé­rience de la guerre fait le reste. Il mène son pays à la vic­toire et de­vient de ce jour et à ja­mais un mythe face à l’his­toire. Sa dis­pa­ri­tion des suites d’un AVC le 24 jan­vier (comme son père) 1965 à l’âge de 90 ans émeut le monde en­tier. La jeune reine Élisabeth II lui ac­corde des fu­né­railles na­tio­nales dans la ca­thé­drale SaintPaul de Londres. Un hon­neur ja­mais ac­cor­dé au­pa­ra­vant à une per­son­na­li­té n’ap­par­te­nant pas à la fa­mille royale.

Wins­ton Chur­chill, mi­nistre des Fi­nances, sa femme Clé­men­tine Ogil­vy Ho­zier et leurs en­fants Sa­rah et Ran­dolph se rendent à la chambre des Com­munes le 4 avril 1929.

À sa mort en 1965, à l’âge de 90 ans, Élisabeth II ac­corde à Chur­chill des fu­né­railles na­tio­nales dans la ca­thé­drale Saint-Paul de Londres, évé­ne­ment in­édit pour une per­son­na­li­té ne fai­sant pas par­tie de la fa­mille royale. Le dé­sastre des Dar­da­nelles, en 1915, contraint Chur­chill à dé­mis­sion­ner de son poste de Pre­mier Lord de l’Ami­rau­té. Huile sur toile d’Al­ma Claude Burl­ton.

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