Vic­to­ria, l’aïeule vé­né­rée

Si elle n’est pas une Windsor, Vic­to­ria consti­tue un élé­ment fon­da­teur de la dy­nas­tie à naître. Par son éton­nante li­gnée, mais aus­si par le rayon­ne­ment de son royaume de­ve­nu sous son règne Em­pire et pre­mière puis­sance mon­diale. Ce n’est pas pour rien que

Secrets d'Histoire - - AU COEUR DE L’HISTOIRE - Par Béa­trice Dang­van

Jeanne Grey, Marie 1re, Éli­sa­beth 1re, Marie II, Anne Stuart… Au mi­lieu des grandes fi­gures de la mo­nar­chie an­glaise, la reine Vic­to­ria oc­cupe une place à part. Son règne marque la der­nière tran­si­tion vers une mo­nar­chie consti­tu­tion­nelle, et l’en­trée dans la mo­der­ni­té du royaume. Sa per­son­na­li­té et la lon­gé­vi­té de son règne, 63 ans et 7 mois (seule Éli­sa­beth II a bat­tu ce re­cord), ont an­cré dans le coeur des Bri­tan­niques l’at­ta­che­ment à une mo­nar­chie chan­ce­lante lorsque Vic­to­ria ar­rive au pou­voir.

Reine à 18 ans Vic­to­ria est la pe­tite-fille du roi George III. À sa nais­sance, en 1819, elle n’oc­cupe que la cin­quième po­si­tion dans l’ordre de suc­ces­sion.

Avant elle, il y a les trois fils du roi et bien sûr son père, le duc de Kent. Mais, pour Vic­to­ria, le des­tin est en marche. Son père meurt pré­ma­tu­ré­ment et ses trois oncles vont dis­pa­raître ra­pi­de­ment, deux ayant ré­gné briè­ve­ment, le prince de Galles sous le nom de George IV, et le duc de Cla­rence sous le nom de Guillaume IV. Vic­to­ria vient de

Vic­to­ria a été bien pré­pa­rée à son rôle de reine par son oncle Léo­pold, le roi des Belges.

fê­ter ses 18 ans lors­qu’à l’aube du 20 juin 1837 le grand cham­bel­lan lord Co­nyn­gham vient lui an­non­cer qu’elle est dé­sor­mais reine d’An­gle­terre, d’Écosse et d’Ir­lande. La maî­trise dont elle fait preuve étonne tout le monde, à com­men­cer par lord Mel­bourne, le Pre­mier mi­nistre, à qui, sans hé­si­ter, elle re­nou­velle sa confiance.

La fin des Ha­novre Vic­to­ria a été bien pré­pa­rée à son rôle de reine par le frère de sa mère, Vic­to­ria de Saxe-Co­bourgSaal­feld.

De­puis six an­nées, l’oncle Léo­pold est le pre­mier roi des Belges. Il a tou­jours am­bi­tion­né que sa nièce ac­cède un jour au trône du Royaume-Uni. Il a veillé sur son édu­ca­tion et l’a nour­rie de conseils avi­sés de­puis son en­fance. Comme la mère de Vic­to­ria, c’est un Al­le­mand, Por­trait de la reine Vic­to­ria en robe de soi­rée avec l’in­signe de l’ordre de la Jar­re­tière sur le bras gauche. un Saxe-Co­bourg, dy­nas­tie qui règne de­puis des lustres sur le du­ché de Saxe. Am­bi­tieux et fin po­li­tique, il ca­resse le rêve de faire épou­ser à sa nièce le fils de son frère Er­nest, son cou­sin Al­bert de Saxe-Co­bourg. Il y par­vient et, par la des­cen­dance née de cette union qui fut un vé­ri­table ma­riage d’amour, fait ac­cé­der au trône an­glais les Saxe-Co­bourg et Go­tha. Vic­to­ria est la der­nière des Ha­novre, dy­nas­tie ré­gnant sur l’An­gle­terre de­puis 1714. À son ac­ces­sion au trône, le royaume perd le trône de Ha­novre, au­quel seul un hé­ri­tier mas­cu­lin pou­vait ac­cé­der.

Vers un par­le­men­ta­risme… ab­so­lu Le règne de Vic­to­ria qui a tra­ver­sé une bonne par­tie du xixe a connu d’im­por­tantes mu­ta­tions.

À com­men­cer par la pre­mière révolution in­dus­trielle qui a bou­le­ver­sé son pays, y fai­sant no­tam­ment émer­ger un monde ou­vrier ex­ploi­té, mi­sé­reux, mais qui bien­tôt s’or­ga­nise. Les pre­miers « Trade Unions » ac­quièrent un droit de grève. Le suf­frage uni­ver­sel est ac­cor­dé aux hommes en 1884. Au Par­le­ment aus­si, les choses bougent. La révolution in­dus­trielle et so­ciale se double d’une révolution po­li­tique qui vient en­core af­fai­blir les pou­voirs de la royau­té, dé­jà écor­nés lors des règnes pré­cé­dents. Vic­to­ria est ain­si la pre­mière sou­ve­raine à ne pas dé­ci­der du choix de son Pre­mier mi­nistre. En 1841, Ro­bert Peel im­pose qu’il soit do­ré­na­vant is­su de la ma­jo­ri­té au Par­le­ment. En 1832, le « Re­form Act » avait dé­jà abou­ti à un ren­for­ce­ment de l’in­fluence de la chambre des Com­munes. Au­jourd’hui en­core, à quelques mo­di­fi­ca­tions près, le rôle du Par­le­ment est le même que ce­lui dé­fi­ni sous Vic­to­ria. Reste ce pa­ra­doxe. Ja­mais avant elle, la royau­té n’avait au­tant été res­pec­tée. À sa mort, le 22 jan­vier 1901 sur l’île de Wight à Os­borne House, elle était plus po­pu­laire que ja­mais.

Vic­to­ria, le prince Al­bert et cinq de leurs en­fants. Pein­ture de Franz Xa­ver Win­te­rhal­ter.

La chambre de la reine Vic­to­ria à Ken­sing­ton Pa­lace.

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