Le cas Édouard VIII

La romance de ce­lui qui reste pour l’His­toire le duc de Windsor avec l’Amé­ri­caine Wal­lis Simp­son est en­core dans toutes les têtes. Son ab­di­ca­tion fut un choc ter­rible pour les Bri­tan­niques. Le fait ne s’était ja­mais pro­duit en 1 000 ans. Ce fut aus­si un t

Secrets d'Histoire - - AU COEUR DE L’HISTOIRE - Par Béa­trice Dang­van

On prête au roi George V d’avoir, peu de temps avant de dis­pa­raître, pro­non­cé ces ter­ribles pa­roles : « Je prie Dieu que ja­mais mon fils aî­né ne se marie et n’ait des en­fants, et que rien ne s’op­pose à ce que Ber­tie, puis Li­li­bet montent sur le trône. » Il faut croire que la prière du roi mou­rant fut en­ten­due. Ber­tie, alias Al­bert, son se­cond fils lui suc­cé­da bien sous le nom de George VI, et la fille de ce der­nier, Li­li­bet, alias Éli­sa­beth II, règne en­core sur l’in­ébran­lable Al­bion. Avant ce­la, Édouard, le fils aî­né, au­ra pour­tant fait des siennes, et, mal­heu­reu­se­ment don­né rai­son à cette autre pré­dic­tion pa­ter­nelle : « Après ma mort, il ne fau­dra pas un an à ce gar­çon pour se perdre. »

Un dé­rou­tant prince de Galles Quand Édouard Al­bert naît en 1894,

la reine Vic­to­ria règne en­core. Tout le monde dans la fa­mille l’appelle Da­vid, de l’un de ses nom­breux pré­noms. Il va se ré­vé­ler être un en­fant étrange, pleur­ni­chard, et man­quant de confiance en lui. En gran­dis­sant, il reste im­ma­ture. Il est émotif, ca­pri­cieux. Cu­rieu­se­ment, il aime se mettre en dan­ger. Du­rant la Pre­mière Guerre mon­diale, il ob­tient à l’âge de 18 ans d’être en­voyé au plus près des com­bats. Il sert en France puis en Ita­lie. Il s’of­fusque lorsque le Se­cré­taire à la guerre Lord Kit­che­ner dé­cide de l’éloi­gner du front. « Mon frère fe­rait un bien meilleur roi que moi », lan­cet-il à ceux qui lui re­com­mandent la pru­dence. Dé­jà, il ne veut pas ré­gner. Aux fas­ti­dieuses obli­ga­tions que lui im­pose son titre de prince de Galles, il pré­fère de beau­coup les soi­rées mon­daines, les étés sur la Ri­vie­ra fran­çaise, ou épa­ter ses amis aux com­mandes d’un Vi­ckers Vias­tra, son avion per­son­nel qu’il a coû­teu­se­ment fait amé­na­ger pour de folles vi­rées. Il y a aus­si les femmes. Elles se suc­cèdent et les liai­sons prin­cières avec des la­dies ma­riées font scan­dale.

Wal­lis, la maî­tresse de trop En 1930, la maî­tresse d’Édouard est la vi­com­tesse Thel­ma Fur­ness, une Amé­ri­caine ma­riée à un lord et homme d’af­faires an­glais.

En jan­vier 1931, lors d’une chasse, elle lui pré­sente une amie très proche, Wal­lis. À 35 ans, cette autre amé­ri­caine est dé­jà di­vor­cée et re­ma­riée à un Amé­ri­cain d’ori­gine an­glaise, Er­nest Al­drich Simp­son. Wal­lis Simp­son à une ré­pu­ta­tion sul­fu­reuse. Elle a tout au long de sa vie mul­ti­plié les aven­tures, au­rait fré­quen­té cer­tains bor­dels de luxe en Chine. Le mal­heur est que le prince de Galles va sé­rieu­se­ment s’en­ti­cher de cette femme.

À par­tir de l’an­née 1934, Wal­lis Simp­son fait de fré­quents sé­jours à Fort Bel­ve­dere, la ré­si­dence pri­vée d’Édouard à la li­sière du parc du châ­teau de Windsor. Il de­vient évident pour tous qu’elle est sa maî­tresse. Et il se mur­mure que le prince de Galles veut l’épou­ser. Mais le 19 jan­vier 1936, peu avant mi­nuit, la dis­pa­ri­tion du roi George V fait de lui le 39e mo­narque du Royaume-Uni. De­ve­nu le roi Édouard VIII, il va de­voir choi­sir entre la cou­ronne et la femme qu’il aime.

La mo­nar­chie en crise Pour la fa­mille royale, Il est im­pen­sable qu’Édouard VIII épouse une femme di­vor­cée. Les An­glais ne le com­pren­draient pas.

Hor­mis Wins­ton Chur­chill, toute la classe po­li­tique an­glaise s’op­pose, elle aus­si, à ce ma­riage. La ques­tion est dé­bat­tue à la chambre des Com­munes. Stan­ley Bald­win, Pre­mier mi­nistre, s’ef­force de rai­son­ner le roi. Ne­ville Cham­ber­lain, le chan­ce­lier de l’Échi­quier (mi­nistre des Fi­nances) re­doute une crise consti­tu­tion­nelle qui pour­rait obli­ger le gou­ver­ne­ment à dé­mis­sion­ner. La mo­nar­chie est en dan­ger. Édouard VIII fi­nit par le com­prendre. Le jeu­di 10 dé­cembre 1936, son mes­sage de re­non­cia­tion au trône est lu aux Com­munes. Pas très grand, mince, les traits fins et le regard clair des Windsor, tou­jours bron­zé et d’une grande élé­gance, Édouard VIII a du charme. Le peuple aime dé­jà ce nou­veau roi de 42 ans dont il ne connaît en­core que très peu les frasques. Aus­si l’al­lo­cu­tion, en­re­gis­trée le 11 dé­cembre 1936, et qui est dif­fu­sée à la ra­dio crée une im­mense stu­peur : « J’ai es­ti­mé im­pos­sible de porter le

lourd far­deau de res­pon­sa­bi­li­tés et de rem­plir les de­voirs qui m’in­combent en tant que roi sans l’aide et le se­cours de la femme que j’aime. »

Un règne de 325 jours ! Deux jours plus tôt, le mo­narque avait si­gné son acte d’ab­di­ca­tion à Fort Bel­ve­dere:

« Moi, Édouard, le hui­tième roi de Grande-Bre­tagne, d’Ir­lande et des Do­mi­nions bri­tan­niques au­de­là des mers, empereur des Indes, dé­clare ici ma dé­ter­mi­na­tion ir­ré­vo­cable de re­non­cer au trône pour moi-même et mes des­cen­dants. » Avant même son cou­ron­ne­ment, Édouard VIII ve­nait de re­non­cer à sa charge de roi. Et il aban­don­nait son peuple pour une étran­gère di­vor­cée, au pas­sé dou­teux. La pu­ni­tion ne pou­vait qu’être sé­vère. L’ex-roi est prié de quit­ter le ter­ri­toire an­glais et de n’y ja­mais re­ve­nir. Son frère George VI qui lui suc­cède lui oc­troie un nou­veau nom, « duc de Windsor » (et une rente an­nuelle de 25 000 livres !). S’il épouse Wal­lis Simp­son, ce qu’il fe­ra le 3 juin 1937, cette der­nière ne se­ra ja­mais au­to­ri­sée à être ap­pe­lée « Son Al­tesse Royale ». L’amour prend un goût amer pour le couple re­je­té par tous. Dans l’im­mi­nence d’une guerre avec l’Al­le­magne hit­lé­rienne, cette amer­tume fait émer­ger d’autres dan­gers. Le duc et la du­chesse de Windsor ont des amis pro-na­zis. Comme un ter­rible pré­sage, le jour de l’en­ter­re­ment du roi George V, la croix de l’ordre de Malte po­sée sur le cer­cueil avait glis­sé sur le sol de l’ab­baye de West­mins­ter. « Que va-t-il ar­ri­ver main­te­nant ? », avait mur­mu­ré Édouard VIII. Ima­gi­nait-il dé­jà que, sur sa tête, la cou­ronne royale al­lait bien­tôt chan­ce­ler ?

Avant même son cou­ron­ne­ment, Édouard VIII ve­nait de re­non­cer à sa charge de roi. Et il aban­don­nait son peuple pour une étran­gère di­vor­cée, au pas­sé dou­teux.

Le fu­tur roi Édouard VIII a de­man­dé à al­ler sur le front fran­çais du­rant la Pre­mière Guerre mon­diale.

Ma­ry Evans / Si­pa

Édouard VIII et Wal­lis Simp­son se ma­rient au châ­teau de Can­dé (37). Ici la bi­blio­thèque.

Le duc et la du­chesse de Windsor, an­nées 1940.

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