L'en­lè­ve­ment du fils Lind­bergh

En 1927, la pre­mière tra­ver­sée de l'At­lan­tique en avion a fait de Charles Lind­bergh le hé­ros adu­lé de l'Amé­rique. C'est pour­quoi, cinq ans plus tard, l'en­lè­ve­ment et la mort de son fils Charles ju­nior, âgé de 20 mois, sou­lèvent une vague d'émo­tion à trave

Secrets d'Histoire - - SOMMAIRE - Par Do­mi­nique Le Brun

1er mars 1932 au soir.

Dans la ré­si­dence des Lind­bergh à Ho­pe­well (New Jer­sey), Betty Gow, la nurse, aver­tit que Charles Jr a dis­pa­ru. Dans sa chambre, on trouve un mes­sage ré­cla­mant une ran­çon de 50 000 dol­lars et, près de la mai­son, les restes d’une échelle. La po­lice du New Jer­sey mène l’en­quête et l’Amé­rique est bou­le­ver­sée. In­quiet de voir l’en­quête pié­ti­ner, Lind­bergh s’en­toure de « conseillers », per­sua­dés que l’en­lè­ve­ment a été or­ga­ni­sé par des membres du crime or­ga­ni­sé. Al Ca­pone, alors in­car­cé­ré, pro­pose aus­si son aide pour re­trou­ver Lit­tle Lin­dy, comme la presse sur­nomme l’en­fant.

16 mars 1932.

Un pa­quet conte­nant le py­ja­ma de Lit­tle Lin­dy est li­vré à une fi­gure con­nue du Bronx : John F. Con­don, alias « Jaf­sie », qui s’est pro­po­sé comme in­ter­mé­diaire avec les ra­vis­seurs.

1er avril 1932.

Le contact est éta­bli pour le ver­se­ment d’une ran­çon. Celle-ci se com­pose prin­ci­pa­le­ment de billets de 10 dol­lars par­ti­cu­liers : des Gold Cer­ti­fi­cates qui peuvent être conver­tis en or dans une banque. En échange de la ran­çon, Jaf­sie re­çoit un mes­sage pré­ci­sant que l’en­fant se trouve à bord d'un ba­teau mouillé dans une baie voi­sine. Mais ce ba­teau n’existe pas.

12 mai 1932.

Le corps de l’en­fant est dé­cou­vert dans un bois à quelques ki­lo­mètres de la mai­son des Lind­bergh. L’ex­per­tise mé­di­cale montre qu’il est mort d’un choc violent à la tête. La po­lice en conclut qu’il est tom­bé lorsque le ra­vis­seur des­cen­dait l’échelle. De plus, les en­quê­teurs sont convain­cus que l’en­lè­ve­ment n’a été pos­sible qu’avec une com­pli­ci­té dans la mai­son. On in­ter­roge le per­son­nel ; Vio­let Sharp, la femme de chambre de­vient sus­pecte. Elle se sui­cide le 10 juin 1932. Dans le même temps, des Gold Cer­ti­fi­cates ré­ap­pa­raissent, met­tant la po­lice sur la trace d’un cer­tain Geiss­ler.

Août 1932.

L’étau se res­serre au­tour de Geiss­ler, mais il se sui­cide avant que la po­lice ne l’in­ter­roge.

18 sep­tembre 1934.

Un pom­piste note l’im­ma­tri­cu­la­tion d’une voi­ture dont le pro­prié­taire paie avec un Gold Cer­ti­fi­cate. La po­lice re­monte jus­qu’à un me­nui­sier, im­mi­gré al­le­mand : Bruno Haupt­mann. On re­trouve chez lui d’autres billets pro­ve­nant de la ran­çon. Il af­firme que cette somme lui a été confiée par son an­cien as­so­cié, re­tour­né en Al­le­magne… et dé­cé­dé de­puis.

2 jan­vier 1935.

Ou­ver­ture du pro­cès de Bruno Haupt­mann pour kid­nap­ping et meurtre. Outre la pos­ses­sion des billets de banque, tout l’ac­cuse : les ex­perts af­firment que l’au­teur de la de­mande de ran­çon est d’ori­gine al­le­mande et des té­moins l’ont vu à Ho­pe­well. En outre, Haupt­mann a été condam­né pour vol en Al­le­magne. La presse s’émeut de ce qui ap­pa­raît comme un pro­cès tru­qué : pour­quoi l’avo­cat de la dé­fense est-il si passif ? Les té­moins ne sont pas fiables ; des pièces à convic­tion sont fausses… Qu’im­porte. Bruno Haupt­mann est condam­né à la chaise élec­trique.

3 avril 1936.

Bruno Haupt­mann est exé­cu­té. La pa­ro­die de jus­tice laisse nombre de jour­na­listes per­plexes. Une piste a été évo­quée par cer­tains, et ce, avant l’ar­res­ta­tion du sus­pect : un ac­ci­dent do­mes­tique qui au­rait été ca­mou­flé en crime.

Charles Lind­bergh et sa femme, Anne Mor­row Lind­bergh, en 1929 après leur ma­riage. Anne est écri­vaine et de­vien­dra aus­si une pion­nière de l'avia­tion.

Charles Lind­bergh Jr en 1931. Son en­lè­ve­ment a été qua­li­fié de « crime du siècle » aux États-Unis.

Al­le­mand, mu­ni de faux pa­piers et mal dé­fen­du, Bruno Haupt­mann a-t-il été vic­time d'une er­reur ju­di­ciaire ?

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