La Cor­nouaille

Avec pour ca­pi­tale his­to­rique Quimper, la Cor­nouaille oc­cupe la par­tie mé­ri­dio­nale du dé­par­te­ment du Fi­nis­tère, le sud-ouest des Côtes-d’Ar­mor et une pe­tite par­tie du Mor­bi­han. Fai­sant par­tie des sept évê­chés bre­tons de ja­dis, l’an­cien com­té ap­pa­raît comm

Secrets d'Histoire - - SOMMAIRE - Par Do­mi­nique Le Brun

Pour com­prendre ce que la Cor­nouaille re­pré­sente dans l’his­toire de la Bre­tagne, il faut re­mon­ter aux ve et vie siècles, lorsque des com­mu­nau­tés ve­nues d’Ir­lande, du pays de Galles et des Cor­nouailles an­glaises, dé­barquent sur la pé­nin­sule ar­mo­ri­caine. Fuyant les en­va­his­seurs angles et saxons, elles sont pour beau­coup d’entre elles em­me­nées par des moines, et im­portent ain­si le chris­tia­nisme dans une contrée qui, à la fin de l’oc­cu­pa­tion ro­maine, était re­de­ve­nue le do­maine des dieux gau­lois. Par­mi ces évan­gé­li­sa­teurs se trouvent sept saints que l’on consi­dé­re­ra par la suite comme les fon­da­teurs de la Bre­tagne chré­tienne, as­sem­blage de sept évê­chés, dont la Cor­nouaille de saint Co­ren­tin.

Penn-ar-Bed, le Bout-du-Monde

Consi­dé­rons main­te­nant la Cor­nouaille du point de vue du géo­graphe : il ap­pa­raît que lors­qu’on dé­signe le Fi­nis­tère par son ap­pel­la­tion bre­tonne (Penn-ar-Bed, le Bout-du-Monde), c’est à la pointe du Raz qu’on pense im­mé­dia­te­ment, ou bien à la croix que la pres­qu’île de Cro­zon pointe vers l’océan At­lan­tique. De plus, la Cor­nouaille

af­fiche plus clai­re­ment que nulle part ailleurs la sub­tile mais réelle dis­tinc­tion qui di­vise l’Ar­mo­rique en Ar­goat et en Ar­mor. L’Ar­goat (le bois, par ré­fé­rence à l’an­cienne fo­rêt gau­loise) dé­signe les pays de l’in­té­rieur, et l’Ar­mor (la mer, en bre­ton) les ré­gions tour­nées vers l’océan. Au­cune carte ne men­tionne les li­mites de l’un et de l’autre ; c’est plus une ques­tion d’am­biance, et en Cor­nouaille, les contrastes sont sai­sis­sants : dans ses li­mites nord et est, ne s’ap­puie-t-elle pas sur les deux chaînes que dressent les « mon­tagnes » ar­mo­ri­caines : les monts d’Ar­rée (384 m au Roc’h Tré­ve­zel) et la mon­tagne Noire (326 m au Roc’h Toul­laë­ron). Avec le Van­ne­tais, la Cor­nouaille re­pré­sente le plus éten­du des sept évê­chés.

Nais­sance d’un royaume

L’His­toire re­tient ce­pen­dant que l’uni­té bre­tonne est l’oeuvre du comte de Vannes, No­mi­noë (800-851). En ef­fet, dans les der­nières an­nées du viiie siècle, Char­le­magne in­clut la Bre­tagne dans l’em­pire, et en 826, Louis le Pieux nomme duc de Bre­tagne No­mi­noë. Pre­nant la tête d’un mou­ve­ment in­dé­pen­dan­tiste, ce­lui-ci dé­fait les troupes royales à Jen­gland en août 851. Son fils Eris­poë est re­con­nu comme roi de Bre­tagne par Charles II le Chauve, fils de Louis le Pieux. Si la mé­moire col­lec­tive bre­tonne n’ac­corde guère d’im­por­tance à cet évé­ne­ment, c’est sans doute parce que per­sonne ne sait où se trouve le fa­meux Jen­gland : était-ce sur les berges de la Vi­laine vers le Grand-Fou­ge­ray, ou bien sur la Sarthe à Ju­var­deil ?

Une forte per­son­na­li­té

En re­vanche, les Bre­tons connaissent bien l’his­toire de Grad­lon, roi de Cor­nouaille au vie siècle. Il n’est pas évident de dis­tin­guer ce qui re­lève de l’évé­ne­ment his­to­rique et de la lé­gende, mais c’est bien lui qui rem­place la ville d’Ys, sa ca­pi­tale, par la ci­té de Quimper qu’il crée de toutes pièces. Et dès lors, la Cor­nouaille prend sa di­men­sion éco­no­mique et ja­mais ne cesse d’af­fir­mer sa forte per­son­na­li­té. Un pre­mier épi­sode sai­sis­sant en est la ré­volte dite « du pa­pier tim­bré », contre Louis XIV en 1675 : vers Pont-L’Ab­bé, la ré­pres­sion san­glante est à la hau­teur de l’op­po­si­tion des Cor­nouaillais aux nou­velles taxes. Un se­cond ap­pa­raît avec les mou­ve­ments de grève en 1905, 1909, et 1924 dans les conser­ve­ries de Douar­ne­nez et de Con­car­neau, dé­mon­trant que ni le roi ni les in­dus­triels ne peuvent im­po­ser leurs règles au pe­tit peuple de Cor­nouaille.

Char­le­magne in­clut la Bre­tagne dans l’em­pire dans les der­nières an­nées du viiie siècle, et, en 826, Louis le Pieux nomme No­mi­noë duc de Bre­tagne.

La pointe de Saint-Her­not, près de Mor­gat, au sud-ouest de la pres­qu’île de Cro­zon. La plage de l’Île Vierge est un pe­tit pa­ra­dis sau­vage comme on en voit beau­coup le long des côtes de Cor­nouaille.

Eris­poë (fils de No­mi­noë), de­vient roi de Bre­tagne en 851, après la ba­taille de Jen­gland, et re­çoit les or­ne­ments de la royau­té des mains du roi de France, Charles II le Chauve (823877). Gra­vure de JeanMi­chel Mo­reau (1741-1814).

Des Bi­gou­dènes met­tant des sar­dines en boîte pour une conser­ve­rie de SaintGué­no­lé (Fi­nis­tère).

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