CA­THE­RINE DE RUS­SIE ET GRÉ­GOIRE ORLOV

L'EAU ET LE FEU

Secrets d'Histoire - - SOMMAIRE - Par So­phie De­nis

Pe­tite prin­cesse al­le­mande de­ve­nue mère tsa­rine de toutes les Rus­sies, Ca­the­rine la Grande a gou­ver­né de main de maître ce pays qui n’était pas le sien. Cette conqué­rante était, cô­té coeur, au­tant ama­zone que mi­di­nette. Sa liai­son avec Gré­goire Orlov ré­vèle une femme fi­dèle, qui avait sur­tout be­soin d’être ai­mée.

Une sta­ture de co­losse, des yeux de ve­lours, un sou­rire d’ange. C’est ain­si que Gré­goire Orlov, frin­gant lieu­te­nant de l’ar­mée russe, ap­pa­raît pour la pre­mière fois aux yeux de la grande-du­chesse Ca­the­rine. Nous sommes en 1760, il a 25 ans, elle 30. Elle vient de se que­rel­ler – en­core une fois – avec son ma­ri, le grand-duc Pierre, et est ve­nue sé­cher ses larmes à la fe­nêtre de sa chambre. En contre­bas, le géant au sou­rire si doux la re­garde avec ado­ra­tion. Ce jour-là, Ca­the­rine sait une seule chose : elle veut cet homme dans son lit. Ce qu’elle ignore en­core, c’est qu’il va lui per­mettre de gra­vir les der­nières marches pour ac­cé­der au trône si convoi­té de la Grande Rus­sie.

Vierge après sept ans de ma­riage

Re­ve­nons en ar­rière. Ca­the­rine, de son vrai pré­nom So­phie, obs­cure pe­tite prin­cesse al­le­mande, a été ma­riée quinze ans au­pa­ra­vant à son cou­sin, Pierre de Hol­stein. Phy­sique in­grat et ca­rac­tère per­tur­bé, ce per­son­nage fa­lot est aus­si un mau­vais ma­ri, puisque sept ans après leur union, So­phie de­ve­nue Ca­the­rine est tou­jours vierge ! Il fau­dra l’in­ter­ven­tion d’un comte et of­fi­cier russe, Serge Sal­ty­kov, pour qu’elle de­vienne en­fin une femme. Ma­ri im­puis­sant, Pierre a quand même pour lui d’être l’hé­ri­tier de sa tante, l’im­pé­ra­trice de Rus­sie Éli­sa­beth Ire, fille de Pierre le Grand, il est donc pro­mis à un grand des­tin. En 1760, Éli­sa­beth, qui a brû­lé la vie par les deux bouts, est en­core de ce monde, mais en sur­sis, et le couple hé­ri­tier est en très mau­vais termes. Pierre a une maî­tresse de­puis quelques an­nées, en­core plus laide et dis­gra­cieuse que lui. Stu­pide et mar­quée par la vé­role, Éli­sa­beth Vo­ront­zov est une ex­cel­lente com­pagne pour les beu­ve­ries qu’il af­fec­tionne. Il lui est si at­ta­ché qu’il sou­haite en faire sa femme... dès qu’il se se­ra dé­bar­ras­sé de l’en­com­brante Ca­the­rine. La grande-du­chesse le sait et craint pour sa vie. Son sa­lut passe donc obli­ga­toi­re­ment par son ac­ces­sion au trône.

Amours ca­chées sur une île

L’im­pé­ra­trice Éli­sa­beth Ire meurt en jan­vier 1762. Dès lors, Pierre monte sur le trône sous le nom de Pierre III et Ca­the­rine at­tend son heure. Les dieux ne sont pas en­core avec elle,

mais elle se console dans les bras d’Orlov, qui la re­joint sou­vent en ca­chette dans une pe­tite mai­son sur une île de la Ne­va. Il manque certes d’in­tel­li­gence, mais pas de vi­gueur ni de cou­rage et elle est amou­reuse, au moins du bien qu’il lui pro­cure. La voi­là qui tombe en­ceinte, une ca­tas­trophe si son époux ar­ri­vait à l’ap­prendre, avec au bout la ré­pu­dia­tion ou pire ! Elle cache donc sa gros­sesse et ac­cepte sans pro­tes­ter le confi­ne­ment dans le­quel la tient Pierre III, loin de la Cour, loin des yeux in­dis­crets et des ra­gots. Mais le des­tin tra­vaille pour elle. Pierre III ac­cu­mule les er­reurs : à l’en­ter­re­ment de sa tante, il choque l’as­sis­tance par son at­ti­tude in­fan­tile, alors que Ca­the­rine montre à l’in­verse la plus grande pié­té ; fervent lu­thé­rien, il s’at­taque à l’Église or­tho­doxe, dont il pré­tend confis­quer les biens, avant de de­man­der aux popes de ra­ser leur barbe et de por­ter la re­din­gote des pas­teurs. Mais le plus grave reste son at­ti­tude face à la Prusse, avec la­quelle la Rus­sie d’Éli­sa­beth était en guerre.

Le coup d’État d’Éli­sa­beth

Alors même que la vic­toire était as­su­rée pour son pays, il fait ar­rê­ter les hos­ti­li­tés et signe la paix en ren­dant à la Prusse tous les ter­ri­toires conquis, parce qu’il est un fervent ad­mi­ra­teur de Fré­dé­ric II de Prusse. C’est un camouflet pour l’ar­mée et le pays tout en­tier. C’est alors que Gré­goire et ses quatre frères, tous mi­li­taires, entrent en scène. En juin 1762, pro­fi­tant du dé­part de Pierre III pour sa ré­si­dence d’été, ils en­rôlent deux ré­gi­ments aux cô­tés de Ca­the­rine et l’ac­com­pagnent jus­qu’à Saint-Pé­ters­bourg où elle est re­çue en sou­ve­raine par le Sé­nat et le cler­gé. Le 28 juin, le coup d’État est ac­té, Pierre III est ar­rê­té et contraint de si­gner son acte d’ab­di­ca­tion, Ca­the­rine peut en­fin suc­cé­der à l’im­pé­ra­trice Éli­sa­beth.

Pein­ture de Ca­the­rine II de Rus­sie dans sa robe de cou­ron­ne­ment, en 1762. De­ve­nue im­pé­ra­trice de Rus­sie après un coup d’État contre son ma­ri, Pierre III, fo­men­té avec son amant Gré­goire Orlov, elle ré­gne­ra jus­qu’à sa mort en 1796.

Vue de la salle du trône de Paul Ier (17541801) au pa­lais de Gat­chi­na. Au centre : por­trait de Pierre Ier le Grand, par Eduard Hau (1807-1888).

Re­pro­duc­tion de la pein­ture Comte Gré­goire Orlov, par Ste­fa­no To­rel­li (1712-1784). Ca­the­rine et Gré­goire ont un vé­ri­table coup de foudre l’un pour l’autre. Si leur re­la­tion dure de nom­breuses an­nées, ja­mais elle ne l’épou­se­ra.

Le pa­lais Ca­the­rine, près de SaintPé­ters­bourg.

Por­trait de Pierre III et Ca­the­rine avec leur fils Paul, par An­na Ro­si­na de Gasc, en 1756. Ce fils est pro­ba­ble­ment né des amours de Ca­the­rine et de Serge Sal­ty­kov, son pre­mier amant.

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