GUIDE TEX­TILE 2013/2014

Ski Magazine - - Sommaire - Dossier réal­isé par Guil­laume Nahry Pho­tos Mathieu Ros - Mod­èles Francine, Déb­o­rah et De­nis

La nou­velle mode des pistes en 39 tenues, rassem­blées et com­men­tées

par Guil­laume Nahry.

À chaque nou­velle sai­son ses nou­velles ten­dances ». C’est par cette phrase coup-de-po­ing que nous ou­vri­ons, l’an passé, notre tra­di­tion­nel dossier tex­tile. Or, il sem­blerait que les de­sign­ers/con­cep­teurs des dif­férentes mar­ques aient dé­cidé de nous faire men­tir. On ob­serve, en ef­fet, une cer­taine con­ti­nu­ité en­tre les col­lec­tions 2012/2013, et 2013/2014, à un ou deux dé­tails près.

LES TEN­DANCES DE LA SAI­SON

Si l’an­née dernière mar­quait l’avène­ment des Zips avec des glis­sières venant mar­quer les vestes et pan­talons telles les ci­ca­tri­ces sur le front de la créa­ture du sin­istre Doc­teur Frankenstein, on as­siste cette an­née à celui des poches à souf­flet à grande ca­pac­ité, prin­ci­pale­ment sur les tenues dévelop­pées pour le freeride. Au-delà d’un ap­port es­thé­tique in­dé­ni­able, peut-être peut-on y voir un com­plé­ment aux sacs « airbag » de plus en plus util­isés dans cette dis­ci­pline, et dont le vol­ume dédié aux pe­tits ob­jets (lo­tions so­laires, mul­ti­tool…) se révèle moins généreux que sur des sacs clas­siques. Elles per­me­t­tent égale­ment de s’af­franchir de son sac à dos pour les journées sta­tions. Et la bouteille de rouge ? Non, elle ne ren­tr­era pas dans vos poches, si gran­des soient-elles. Oui, vous avez des com­pagnons qui au­ront, eux, un sac à dos. Côté util­i­sa­tion, c’est la poly­va­lence qui prime. Hormis pour des ensem­bles de niche comme les com­bi­naisons One-Piece ou les pièces type « col­lant-pipette », les fiches tech­niques ont ten­dance à con­verger, la grande ma­jorité des vêtements con­venant à une util­i­sa­tion sur toute la sai­son, des jours les plus froids de février aux ses­sions print­anières (en jouant sur le fameux sys­tème trois couches), et par toute pro­fondeur de neige ; un min­i­mum est néan­moins req­uis pour les am­a­teurs de poudreuse : jupe pare-neige jume­lable, man­chons, bretelles ou en­core guêtres. L’acte d’achat de­vient donc ainsi plus mo­tivé par des raisons af­fec­tives par rap­port à telle ou telle mar­que, ainsi que par des con­sid­éra­tions es­thé­tiques. Et le prix ? Quand on aime, on ne compte pas. On saluera pour finir l’al­lége­ment et l’affine­ment de la plu­part des pièces tex­tiles ski. Merci qui ? Merci les mem­branes, véri­ta­bles clés de voûte du sys­tème trois couches. L’iso­la­tion est égale­ment bien mieux pen­sée, chaque par­tie du corps étant, selon le con­cept de body-map­ping, traitée dif­férem­ment : les bras, par ex­em­ple, ne né­ces­si­tent pas le même ap­port ther­mique que le corps. Mais que les am­a­teurs de bonnes grosses doudounes soient ras­surés, leur fin n’est pas en­core an­non­cée…

LES MEM­BRANES A VOTRE SER­VICE

« Mon­sieur, vous allez adorer cette veste en tissu Revo­lu­tionex 3 couches, avec ça plus rien ne pourra vous ar­river ». 3 couches ? Kézako ? Pour mieux com­pren­dre ce que ce vi­cieux de vendeur cherche à vous re­four­guer, sachez que l’ex­pres­sion « 3 couches » désigne (aussi) une con­struc­tion lam­inée (col­lée) et com­posée de trois fines couches. La pre­mière en tex­tile hy­drophile dont la mis­sion sera de con­tribuer au trans­fert de la vapeur d’eau générée par le corps vers l’ex­térieur. Vient en­suite la mem­brane qui laisse passer les molécules de vapeur d’eau précédem­ment citées mais bloque les gouttes d’eau venant de l’ex­térieur, grâce à tout un réseau de mi­cro­p­ores. Et nous finirons sur la troisième couche tex­tile dont la fonc­tion de déper­lance per­met d’évac­uer l’eau en sur­face du tissu, con­di­tion obli­ga­toire à la bonne évac­u­a­tion de l’hu­mid­ité in­terne. La mem­brane con­stitue donc le noyau dur de tout vête­ment im­per-res­pi­rant. La plu­part du temps conçue à par­tir de Téflon ex­pansé, le fameux TPFE, son rôle est l’iso­la­tion du corps de toute hu­mid­ité : celle ex­térieure (neige, pluie) et celle in­terne, c’est-à-dire la vapeur d’eau ré­sul­tant de la su­da­tion générée par l’ef­fort physique. On parle dans le pre­mier cas d'im­per­méa­bil­ité qui se mesure en schmer­bers ou mil­limètres en plaçant le tissu sous une colonne d’eau et en mesurant la hau­teur à par­tir de laque­lle l’eau pénètre le tissu. Plus la colonne d’eau est haute, plus la valeur obtenue est im­por­tante, plus la veste sera donc im­per­méable. On es­time néan­moins un vête­ment im­per­méable à par­tir de 2 000 mm, même si les ac­tiv­ités de mon­tagne présen­tent des con­traintes sup­plé­men­taires (al­ti­tude, im­pact du vent lié à la vitesse de dé­place­ment) im­pli­quant le choix d’une valeur supérieure pour avoir la cer­ti­tude d'être main­tenu au sec. Il est cepen­dant peu utile de dépasser les 10 000 mm : vous ne pour­rez ja­mais être plus sec que sec. Néan­moins, les cou­tures et les fer­me­tures zip­pées peu­vent dimin­uer les per­for­mances d’une mem­brane en ter­mes d’im­per­méa­bil­ité. Mais la plu­part des fab­ri­cants équipent dé­sor­mais leurs pro­duits de cou­tures soudées ou ther­mo­col­lées sous ban­des pro­tec­tri­ces, ainsi que des Zips étanches, par­fois même placés sous et sur ra­bat. Dans le cas de l’hu­mid­ité in­térieure, on parle de res­pirabil­ité, celle-ci se mesurant en g/m²/24 heures, ou en RET (Re­sis­tance Evap­o­ra­tive Ther­mique). À dé­faut d'une bonne res­pirabil­ité, cette vapeur se con­den­sant sur les fi­bres tex­tiles com­posant votre vête­ment pre­mière couche se trans­formera rapi­de­ment en hu­mid­ité, générant ainsi un re­froidisse­ment des plus désagréables, an­nu­lant tout le béné­fice de l'im­per­méa­bil­ité précédem­ment évo­quée.

IL Y A PLUS QUE LE DUO RESPIRABILITE / IMPERMEABILITE

Si l’Améri­cain WL Gore fut le pre­mier, dans les an­nées 1970, à met­tre en év­i­dence et ex­ploiter les pro­priétés du PTFE sus­men­tion­nées, de nom­breux ac­teurs améri­cains, asi­a­tiques et européens cherchent dé­sor­mais à cro­quer la plus grosse part de l’al­léchant gâteau que représente le marché des mem­branes tex­tiles. Dans un tel univers con­cur­ren­tiel, l’in­no­va­tion per­ma­nente est obli­ga­toire. À l’im­per­méa­bil­ité et à la respi-

ra­bil­ité des nou­velles fonc­tions est venue s’ajouter il y a quelques an­nées, l’iso­la­tion con­tre le froid, avec de nou­velles généra­tions de lam­inés in­té­grant dif­férentes so­lu­tions ther­miques comme la fi­bre po­laire : ainsi naquirent Gore-Tex Soft­shell et Po­lar

® tec Pow­er­shield . Et quitte à maîtriser

® ® dif­férentes tech­nolo­gies, pourquoi ne pas les pro­poser si­mul­tané­ment sur un même vête­ment ? D’au­tant que l’on con­state que toutes les par­ties du corps ne né­ces­si­tent pas le même de­gré de pro­tec­tion ther­mique ou de res­pirabil­ité. Une car­togra­phie du corps est donc mise en place (c’est le con­cept de « body map­ping »), dif­férentes so­lu­tions étant em­ployées en fonc­tion des spé­ci­ficités de chaque zone : du chaud dans le bas du dos, de l’ex­trême­ment res­pi­rant sous les bras. Ré­sul­tat, plus de con­fort, et un al­lége­ment du pro­duit. L’émer­gence de nou­velles mem­branes en polyuréthane vient égale­ment changer la donne, élar­gis­sant le champ des pos­si­bles, grâce à une struc­ture molécu­laire dif­férente de celle du TPFE. On as­siste donc à de réelles prouesses tech­niques. Par ex­em­ple des mem­branes s’adap­tant, comme la fi­bre de laine Méri­nos, à l’en­vi­ron­nement am­biant, se di­la­tant avec la chaleur pour laisser s’échap­per la vapeur d’eau ré­sul­tant de la su­da­tion, et se resser­rant avec le froid, garan­tis­sant ainsi une meilleure iso­la­tion ther­mique. Le gain en con­fort est alors in­dé­ni­able. Et on frôle par­fois la sci­ence-fic­tion, l’ex­em­ple le plus connu étant la mem­brane « Bio­ce­ramic » em­ployée sur l’en­sem­ble de la gamme Pic­ture. Sa prin­ci­pale fonc­tion, ren­voyer l’én­ergie émise par le corps (in­frarouge loin­tain), créant ainsi un flux fermé. Les béné­fices sont mul­ti­ples : ren­fort mus­cu­laire et meilleure tonic­ité grâce aux IRL (In­fra Rouge Loin­tain émis par le soleil), récupéra­tion et resti­tution d’une part de la perte d’én­ergie qui s’échappe du corps sous forme de chaleur pen­dant l’ef­fort, aug­men­ta­tion de la tem­péra­ture du corps, meilleure ther­morégu­la­tion (su­da­tion et pertes én­ergé­tiques lim­itées), ali­men­ta­tion en oxygène (équili­bre et en­durance à l’ef­fort), aug­men­ta­tion de la puis­sance mus­cu­laire. Mais la res­pirabil­ité reste une des préoc­cu­pa­tions ma­jeures du grand pub­lic et donc des fab­ri­cants.

UN PEU PLUS LOIN DANS LA RESPIRABILITEÉ

L’évac­u­a­tion de l’hu­mid­ité cor­porelle a longtemps été ren­due pos­si­ble par les ca­pac­ités de dif­fu­sion du tex­tile, basée sur un dif­féren­tiel de pres­sion né­gatif. Afin que les molécules de vapeur se met­tent en mou­ve­ment et soient évac­uées vers l’ex­térieur, l’in­térieur du vête­ment doit suff­isam­ment être chargé en chaleur et hu­mid­ité, im­pli­quant donc que le skieur soit déjà détrempé et as­su­jetti à la sen­sa­tion de froid avant même que le pro­ces­sus ne s’en­clenche. Cer­taines nou­velles généra­tions de mem­branes s’ap­puient dé­sor­mais sur le principe de con­vec­tion. Celui-ci re­pose sur la ca­pac­ité du tissu à laisser con­stam­ment fil­trer l’air vers l’in­térieur et l’ex­térieur, pour que celui-ci capte et évacue la vapeur d’eau. Le ré­sul­tat coule de source : un main­tien au sec im­mé­diat. Cette in­no­va­tion ne doit cepen­dant pas être util­isée au détri­ment des pro­priétés hy­dropho­biques des mem­branes. Pour cela, cer­tains fab­ri­cants – les Améri­cains Moun­tain Hard­wear et Columbia avec leurs mem­branes re­spec­tives Dry Q et

® OutDry – optent pour des fi­bres nanosco

® piques savam­ment tis­sées. L’autre in­no­va­tion pro­posée vient du côté de Po­lartec avec la tech­nolo­gie NeoShell , une mem­brane

® mi­cro­p­oreuse, conçue en polyuréthane. Forte de son suc­cès ren­con­tré en 2009 avec sa tech­nolo­gie Soft­shell Power Shield Pro

® qui per­me­t­taient de blo­quer 99 % du vent, lais­sant passer le 1 % restant pour évac­uer l’hu­mid­ité cor­porelle vers l’ex­térieur, la mar­que améri­caine en­fonce le clou avec son tissu Po­lartec NeoShell . Conçue et fabri

® quée selon un procédé ex­clusif, la mem­brane NeoShell en polyuréthane est

® mi­cro­p­oreuse (0,13 mi­cron de di­amètre con­tre 0,45 habituelle­ment chez les con­cur­rents) et to­tale­ment hy­drophobe. Elle com­bine ainsi la res­pirabil­ité, la ven­ti­la­tion d’une soft­shell avec l’im­per­méa­bil­ité d’une pro­tec­tion ex­térieure « hard­shell ». Cette dou­ble pro­tec­tion con­tre les in­tem­péries et con­tre l’hu­mid­ité in­terne per­met, grâce à une cir­cu­la­tion d’air dy­namique, une amélio­ra­tion non nég­lige­able de la tem­péra­ture am­biante à l’in­térieur du vête­ment. Autre in­térêt de l’util­i­sa­tion d’un film polyuréthane, l’ex­ten­si­bil­ité et la dura­bil­ité de ce dernier, ainsi que son poids ex­trême­ment faible. Con­séquence, une très grande lib­erté de mou­ve­ment, loin d’être nég­lige­able pour les ac­tiv­ités alpines. La réponse Gore ne s’est pas fait at­ten­dre, avec la sor­tie de la mem­brane Gore-Tex

® Ac­tive Shell. Ces lam­inés as­so­cient une mem­brane Gore-Tex très légère et très fine

® à des tex­tiles ex­trême­ment fins et per­for­mants. La dou­blure est, elle, di­recte­ment in­té­grée à la mem­brane selon une tech­nolo­gie de lam­i­nage pro­pre à la mar­que. Et c’est juste­ment grâce à cette tech­nique d’in­té­gra­tion de dou­blure à la mem­brane que le gain en res­pirabil­ité va se faire, puisqu’elle est dé­sor­mais es­timée à un RET in­férieur à 3. De plus, le gain de poids est con­séquent sur les coupes à ten­dance proche du corps, un sa­vant mélange pour re­specter au max­i­mum le mou­ve­ment.

« les fab­ri­cants ri­valisent d’in­géniosité dans un but com­mun, celui de vous ren­dre la vie plus sim­ple: guêtres et ourlets ajusta­bles (Scott), main­tien du bas de jambe relevé pour la marche (Salewa)»

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