Ober­tauern, une Autrichi­enne qui a du charme

ELDORADO POUDREUX

Ski Magazine - - Sommaire - par Martin Soderqvist

Ober­tauern, si­tuée à prox­im­ité du parc na­tional de Hohe Tauern dans la ré­gion de Salzbourg en

Autriche, est célèbre pour son en­neige­ment généreux. Alors que son al­ti­tude est plus modeste que la plu­part de ses con­cur­rentes en Europe, la sta­tion dé­tient un record de chutes de neige dans les Alpes. Une rai­son néces­saire et suff­isante pour aller y faire un tour avec des fats, d’au­tant que les paysages lo­caux nous of­frent un ex­o­tisme à bon

compte, et une ex­péri­ence de ski in­édite.

Nous avons en­tendu le nom d’Ober­tauern pour la pre­mière fois lors d’une soirée dans un bar, il y a plus de dix ans. Les Alpes du nord con­nais­saient alors une sai­son hiver­nale sèche et l’am­biance était mo­rose. Comme des drogués en manque de leur shoot quo­ti­dien, tous les skieurs acharnés s’étaient tournés vers la bois­son pour com­penser le manque de poudreuse. Un snow­boardeur autrichien qui avait déjà bien bu, a pour­tant su lire le dés­espoir dans nos yeux et com­mença à nous racon­ter l’his­toire d’un eldorado pour skieurs. Un en­droit, nommé Ober­tauern, où la neige était plus pro­fonde et les filles plus belles, quelque chose dans le genre. Bien sûr nous n’avons pas cru un mot de ses his­toires et avons chassé l’im­por­tun avant de nous re­p­longer plus pro­fondé­ment dans nos bouteilles de bière. Si nous avions prêté un peu plus d’at­ten­tion à ses paroles, nous nous se­ri­ons évités tout une sai­son de souf­france et au­ri­ons économisé beau­coup d'argent, dépensé en de vaines beu­ver­ies.

LORSQUE LES VENTS DU SUD SOUFFLENT SUR LES STA­TIONS PROCHES, LA NEIGE TOMBE SOU­VENT À GROS FLO­CONS DANS CE PETIT ELDORADO PRÉSERVÉ...

Tra­di­tion et moder­nité

Ober­tauern at­tire les skieurs depuis le début des an­nées 20. À cette époque, les voyageurs ar­rivaient à pied depuis la gare de Rad­stadt et leur équipement les suiv­ait à dos de che­val. La pre­mière re­mon­tée mé­canique date de 1948, et avant cela les pistes étaient damées par les skieurs eu­xmêmes qui de­vaient pour cela de­scen­dre la pente en es­caliers. En échange d’une heure de pré­pa­ra­tion de la piste, on avait droit à un for­fait gra­tuit pour trois jours, le salaire de la sueur… Pour la pe­tite his­toire, les Bea­tles sont passés par ici en 1965

Grosses mon­tagnes, petit skieur : Si­mon Bran­delind perdu dans la na­ture.

pour le tournage du clip de « Help ». C’était un hiver par­ti­c­ulière­ment sec et Ober­tauern était l’un des seuls en­droits suff­isam­ment en­neigé pour skier. Le fait que les qua­tre garçons dans le vent soient venus jusqu’ici pour chercher de la neige n’a pas man­qué de par­ticiper au mythe d’Ober­tauern, peu im­porte qu’ils aient ja­mais su tenir sur leurs skis. Ober­tauern en lui-même est un vil­lage ré­cent qui n’ex­iste réelle­ment que depuis 1929, date à laque­lle la route pour franchir le col de Tauern a été achevée. Mais l’ac­cueil des « touristes » dans la val­lée est beau­coup plus an­cien, puisqu’en 1517, il ex­is­tait déjà deux auberges pour loger et nour­rir ceux qui fran­chis­saient le col à pied. À cette époque, les risques étaient nom­breux et ceux qui mour­raient en fran­chissant les mon­tagnes étaient en­ter­rés dans un lieu ap­pelé « le cimetière des sans noms », en­droit sym­pa­thique s’il en est. Les deux auberges his­toriques ex­is­tent tou­jours mais sont dé­sor­mais en­tourées par de nom­breux hô­tels sur­plom­bant la rue prin­ci­pale. Le vil­lage ayant été bâti à l’autrichi­enne, tout con­tre le front de neige, il suf­fit de franchir la porte de son hô­tel et de chausser ses skis pour glisser jusqu'’aux re­mon­tées mé­caniques.

Un relief varié et joueur

Le do­maine d’Ober­tauern n’est pas le plus ex­ci­tant des Alpes et les dénivelés sont mod­estes. Il pos­sède pour­tant quelque chose d’unique. Lorsque les vents du sud soufflent sur les sta­tions de Sant An­ton et de Gastein, trans­for­mant la poudre en une soupe in­ski­able, la neige tombe sou­vent à gros flo­cons dans ce petit eldorado préservé. C’est sa po­si­tion par­ti­c­ulière­ment fa­vor­able au coeur des Alpes qui fait que la val­lée reçoit les pré­cip­i­ta­tions neigeuses en prove­nance des qua­tre points car­dinaux. Il n’est d'ailleurs pas rare d’ob­server des murs de plus d'un mètre de neige dès la mi-novem­bre dans les rues. Le Gam­sleit­en­spitze (2 330 m) est le plus

POUR LA PE­TITE HIS­TOIRE, LES BEA­TLES SONT PASSÉS PAR OBER­TAUERN EN 1965 POUR LE TOURNAGE DE LEUR CLIP « HELP » !

haut som­met desservi par les re­mon­tées mé­caniques de la sta­tion. Il of­fre un choix de de­scentes as­sez raides, avec égale­ment un ver­sant sud qui pro­pose des re­liefs plus débon­naires. Depuis le Gam­sleit­en­spitze, on peut facile­ment suivre la crête et grimper jusqu’au Kleine Kes­sel­spitze (2 360 m). De là, on peut revenir vers la sta­tion ou re­join­dre la route de Tauern plus bas. Cette de­scente est l’une des plus belles d’Ober­tauern et dans les combes raides du haut, la neige reste fraîche longtemps après la dernière chute.

L’em­pire de la fraîche

Lorsque la vis­i­bil­ité est mau­vaise, on trouve aussi dans la sta­tion un ex­cel­lent ski de forêt de part et d’autre des re­mon­tées mé­caniques. On peut choisir en­tre le côté nord et ses pentes plus raides qui se trou­vent sous le télésiège de Zehn­erkar et le côté sud qui of­fre de jo­lis runs en­tre les ar­bres s’il a neigé suff­isam­ment pour re­cou­vrir les an­ci­ennes traces gelées. On y trouve quelques pe­tites bar­res et de belles lignes de pil­lows, avec des de­scentes as­sez cour­tes, mais les in­stal­la­tions mé­caniques rapi­des per­me­t­tent d’en­chaîner les runs. Le Seekareck (2 217 m) est un autre som­met lo­cal qui of­fre d’ex­cel­lents it­inéraires hors-piste. Après une courte as­cen­sion au-dessus du télésiège, on peut choisir en­tre une de­scente à l’est qui con­duit di­recte­ment à la sta­tion et les larges pentes sud de l’en­vers. Mieux vaut choisir cet it­inéraire le matin si on veut prof­iter de la fraîche et éviter la neige fon­due regelée : nous avons choisi cet it­inéraire par une belle fin d’après-midi

LE PLUS HAUT SOM­MET EST DESSERVI PAR LES RE­MON­TÉES ET OF­FRE DE BELLES PENTES...

d’hiver, la lu­mière dorée sem­blait tout droit sor­tie d’un conte de fées, mal­heureuse­ment le regel avait fait son ef­fet ren­dant la neige pour le moins désagréable. Par chance, nous avons trouvé un couloir in­téres­sant pour sauver notre de­scente.

L’em­pire de la « bière » fraîche

Après une bonne journée de ski, peu im­porte la météo ou le jour de la se­maine, il y a tou­jours un en­droit où trou­ver de la bière fraîche à portée de spat­ule dans les sta­tions autrichi­ennes. Et celle-ci ne fait pas ex­cep­tion à la rè­gle, il y a prob­a­ble­ment plus de restau­rants et de bars sur le do­maine ski­able qu’il n’y a de pistes ! De la musique folk­lorique ré­sonne dans la mon­tagne tous les après­midi, at­ti­rant les skieurs dans des bars où coule un flot de bière in­in­ter­rompu. Plutôt que de boire pour ou­blier un hiver sans neige, on peut ici venir boire pour fêter une journée de poudreuse. La neige est pro­fonde et les bières sont par­ti­c­ulière­ment bon marché, que de­man­der de plus ? Peut-être un en­droit agréable où dormir me répon­drez-vous. Pas be­soin d’aller bien loin dans le vil­lage. Les hô­tels répon­dent à des stan­dards élevés et pos­sè­dent pour la plu­part au moins 4 étoiles. On trouve des of­fres com­bi­nant hô­tel et for­faits à des prix très raisonnables en com­para­i­son de nos sta­tions na­tionales, ce n’est pas pour rien que l’Autriche fait peur et qu’elle ar­rive en belle troisième place des journées-skieur, pas bien loin de la France et des USA. L’un des meilleurs hô­tels est le Römer­hof, qui a tout d’un palace sauf le prix : ne soyez pas in­timidés par sa splen­deur, on peut y loger pour 900 eu­ros la se­maine, for­faits de ski et demi-pen­sion in­clus ! En­fin si vous cherchez un bon en­droit pour faire la fête, on vous con­seille le « World of Edel­weiss Alm hut ». Leur slo­gan : « le péché n’ex­iste pas », tout un pro­gramme. Les ta­bles sont (heureuse­ment) suff­isam­ment solides pour qu’on puisse danser dessus en chaus­sures de ski une sai­son en­tière.

Si­mon Bran­delind s’éclate dans la poudreuse près du tun­nel au­toroutier du Tauern.

Li­nus Archibald sautille dans les re­liefs joueurs d’Ober­tauern.

Li­nus Archibald pose un vi­rage poudreux à quelques mètres des re­mon­tées. un. Li­nus et Si­mon sur le coté nord de la val­lée d'Ober­tauern, à la recherche du prochain.

Rester un peu sur la cime du Seekar Spitze à la fer­me­ture des re­mon­tées,

un bon­heur sim­ple.

Ac­tion : Li­nus Archibald en pleine ses­sion de surf sur les vagues de poudre

autrichi­ennes.

Cer­taines per­son­nes pensent que l’après-ski autrichien est par­fois en­core meilleur que

le ski...

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