Genève et ses en­vi­rons

UNE AVEN­TURE EN­TRE JURA ET SALÈVE

Ski Magazine - - Sommaire - par Wil­liam Co­chet

Wil­liam Co­chet et Julien Con­tans sur la plage du bain des Paquis re­gar­dant La Dole au loin avant un bon sauna.

Elles sont nom­breuses ces sta­tions pas si loin, ou­bliées ou snobées, à deux pas d’une ville trop pe­u­plée. Le team des Bioskieurs ex­plore ici son pré

carré, aux en­vi­rons de Genève, avec des sta­tions mod­estes et splen­dides, es­sen­tielles au mo­ment de penser plus lo­cal. Des coins de par­adis où il n’est pas néces­saire d’aller chercher une neige plus blanche ailleurs car le bon­heur de skier ne se

mesure pas en bi­lan car­bone.

Depuis le temps que nous la re­gar­dons cette grosse boule trô­nant sur la chaîne du Jura ! Ça n’est pas faute d’être passé à côté mais l’oc­ca­sion d’aller voir ce qui se passe là-haut en hiver ne s’était ja­mais présen­tée. Et puis, la cu­riosité est de­v­enue trop grande, le be­soin de nou­veaux es­paces aussi, alors en cette belle journée de jan­vier, il était temps de franchir le pas pour dé­cou­vrir La Dôle ! Ça tombait bien car j’avais pro­posé à des col­lègues de passer le week-end dans ma yourte en terre genevoise, de quoi pro­curer en­core plus de dé­payse­ment à deux pas de la mai­son. Et côté dé­payse­ment, le Jura n’en manque pas, le panorama sur­plombe un paysage de carte postale. À l’im­age des brochures pleines de promesses qui pe­u­plent nos es­prits, la forêt s’étend à perte de vue au nord et un petit chalet en­neigé au mi­lieu d’un al­page com­plète ce tableau de calme et de volupté. Depuis la crête, on sur­plombe le lac Léman qui trône magistralement en contrebas. Plein sud, les Alpes don­nent le dernier coup de crayon avec le mont­Blanc plein cen­tre comme une cerise sur ce gâteau qu’il nous faut dévorer sans plus at­ten­dre. C’est dans ce dé­cor que nous nous met­tons à skier après avoir tout de même touché du doigt la fameuse boule de la Dôle, ac­ces­soire­ment sta­tion météo et pré­texte de notre journée. La pre­mière ligne à ne pas man­quer quand il vient de neiger est celle sous le télésiège des Dappes. Comme un peu partout nous di­rez-vous ? Mais ici cela prend da­van­tage d’im­por­tance car l’en­droit pro­pose une pente supérieure à la moyenne du do­maine qui, franche­ment, de prime abord n’est pas typé grand ski. Julien Con­stans, col­lègue des Arcs in­vité pour l’oc­ca­sion, ne s’y est pas trompé et en­chaîne les pe­tits sauts de cabri sur les côtés de ce canyon formé par l’homme, traces que les lo­caux s’em­presseront de suivre plus tard avec des for­tunes di­verses. Le ter­rain de jeu freeride s’es­souf­fle as­sez vite sur cette par­tie du do­maine et les émo­tions du matin dues au paysage lais­sent place à une frus­tra­tion mo­men­tanée. C’est vrai qu’il ne faut pas ou­blier que nous sommes dans le Jura et que ce mas­sif est bien plus connu pour les balades en chiens de traîneau que pour ses ex­plo­rations en pente raide. Mais at­ten­dons un peu car c’est bien en scru­tant cette mon­tagne depuis Genève que l’en­vie de venir ici s’est forgée. Et c’est aussi depuis le lac Léman que j'ai ob­servé la face Sud et me suis in­ter­rogé sur les pos­si­bil­ités de la skier. Là sera peut-être la re­vanche des idées reçues ! Tou­jours depuis le som­met du télésiège prin­ci­pal, nous nous avançons donc un peu plus loin pour voir ce qui se passe sur ce fameux ver­sant qui, vu d’en face, sem­blait être com­posé de falaises où il serait dif­fi­cile de se frayer un chemin. En ef­fet, les bar­res rocheuses sont bien là, sur la gauche, mais un pan sur notre droite sem­ble tout à fait prat­i­ca­ble, jusqu’à un grand plateau, trois cents mètres plus bas. Le re­tour pourra se faire en longeant les falaises et en re­mon­tant à pied quinze min­utes jusqu’au col de Porte où se

DEPUIS LA CRÊTE, ON SUR­PLOMBE LE LAC LÉMAN QUI TRÔNE MAGISTRALEMENT EN CONTREBAS.

trouve le chalet du ski club. Un petit téléphérique est en place de ce côté pour rav­i­tailler le chalet de la Dôle sur le plateau mais il n’est pas ac­ces­si­ble au pub­lic, dom­mage ! Néan­moins, c’est tout ra­gail­lardis que nous nous lançons dans ces pentes ori­en­tées Est qui promet­tent une neige de qual­ité. Nous voilà servis ! La ving­taine de courbes ar­rachées à la poudreuse en­tre les sap­ins es­pacés et dans les goulets sont à réveiller l’in­stinct de tous les skieurs qui n’os­ent pas se

Wil­liam Co­chet trace sa ligne dans les couloirs de la face cachée de La Dole, du 100 % hors do­maine avec vue im­pren­able sur le lac Léman,

ou la mer de nu­age !

ren­dre ici. Oser ces quelques vi­rages au mi­lieu d’un tel panorama, à l’écart des sta­tions, ça n’a pas de prix. Du court mais de l’in­tense, du pentu tou­jours et la douce sen­sa­tion de skier facile quand le ter­rain de jeu sent bon les vidéos. L’eu­phorie crée par­fois des rac­cour­cis rapi­des mais Julien reste néan­moins blanchi de la tête aux pieds en sor­tant de ce sous-bois avant la re­mon­tée à pied. Un dernier run syn­onyme de fin de journée et en­core une fois la preuve est faite que le plaisir de skier ne se mesure pas au taux de pop­u­lar­ité d’une sta­tion mais au petit coin de par­adis que l’on peut dé­goter. Nous reprenons le chemin du re­tour après une halte ur­baine… Il y a quelque chose d’agréable à se balader en ville après une bonne journée de ski surtout que Genève est une ville à taille hu­maine. Certes les ma­g­a­sins de mon­tres et autres ob­jets lux­ueux pul­lu­lent, mais la prom­e­nade au bord du lac est un délice à ne pas man­quer, même en hiver sous le stra­tus, et en­core plus ici car nous avions ajouté dans nos sacs à dos le short de plage, à la pelle et la sonde. Desti­na­tion le bain des Paquis pour un in­stant re­lax­ation en­tre un plon­geon dans l’eau glacée du lac et une sieste dans les vapeurs du sauna. Suivra un pas­sage chez un des fab­uleux Libanais de la gare, une fois nos es­tom­acs ha­rassés par la faim avant un dernier verre dans un des nom­breux spots al­ter­nat­ifs de la cité qui se cachent der­rière les façades des ban­ques. Le « ski ur­bain » a cet avan­tage de pou­voir prof­iter d’un après-ski des plus var­iés à l’im­age de Genève la cos­mopo­lite où se croisent toutes sortes de classes so­ciales et d’iden­tités cul­turelles, le tout dans une am­biance très « suisse », cool quoi. Un charme que l’on peut tout aussi bien adorer que détester : pour nous, ce sera du posi­tif avant la journée de ski du lende­main. Il y a par­fois des choses as­sez agaçantes lorsque l’on passe de la Suisse à la France. D’un côté de la fron­tière, les trans­ports en com­mun sont lé­gion, de l’autre, plus rien. Im­pos­si­ble ce matin de pou­voir se ren­dre en bus dans la Val­lée Verte sans que ça se trans­forme en par­cours du com­bat­tant. Certes, le réseau suisse n’est pas donné, mais il serait sûre­ment pos­si­ble de trou­ver un juste mi­lieu afin de re­join­dre nos sta­tions de ski de prox­im­ité plus sim­ple­ment qu’en prenant la bag­nole ! Cham­béry l’a déjà fait avec Margériaz, pourquoi pas l’ag­gloméra­tion

LA VING­TAINE DE COURBES AR­RACHÉES À LA POUDREUSE SONT À RÉVEILLER L’IN­STINCT DE TOUT SKIEUR.

de Genève et d’An­nemasse ? Bref, on prend la biomo­bile gaz na­turel pour re­join­dre Les Brasses, sta­tion qui se trouve à seule­ment trente min­utes du pé­riphérique pour un des records de la sta­tion la plus proche d’un bassin de pop­u­la­tion. Mais la fréquen­ta­tion, même un di­manche, reste très faible, car La Clusaz est plus prisée

même s’il faut au moins con­duire deux fois plus longtemps. Les ab­sents ont tou­jours tort car les journées se suiv­ent et se ressem­blent dans le Genevois. La na­ture pos­sède ici quelque chose de subjuguant : la veille, la to­tale ver­sion Jura, au­jourd’hui la prox­im­ité de la chaîne du Mont-Blanc qui se dé­coupe au-dessus du brouil­lard. Pays de monts en fait ! La pointe des Brasses joue des coudes avec ses 1 500 mètres d’al­ti­tude et tente de se faire une place dans le paysage, faute de s’en être déjà fait une dans la glisse. Chaque an­née a lieu ici le fameux derby du même nom, porte-dra­peau d’une sta­tion qui vit pour du ski XXL même si le do­maine ski­able est plutôt re­streint. Alors on s’amuse à se pren­dre pour des lo­caux comme Olivier Meynet, mul­ti­ple vain­queur du Derby de la Meije, en traçant droit dans la forêt. Il n’est pas néces­saire d’éditer un road book des it­inéraires freeride mais juste d’ou­vrir les yeux et de laisser par­ler son imag­i­na­tion. Depuis le haut du do­maine, toutes les crêtes per­me­t­tent de jouer avec les lips tail­lées par le vent et d’aller slalomer pour notre plus grande joie en­tre les ar­bustes un peu plus bas. Certes, il ne faut pas s’at­ten­dre à du mille mètres de dénivelé mais Les Brasses préfèrent la qual­ité à la quan­tité. On trouve en­core ici un esprit pi­o­nnier qui sub­siste grâce à la sta­tion vil­lage ; voir débar­quer Régis Roland pour­suivi par les ac­teurs d’Apoc­a­lypse Snow en monoski ne nous éton­nerait pas… Mais nous sommes bien en 2013 et avant la fin du week-end, Ludo veut nous emmener au Salève pour le coucher de soleil. La fin de l’his­toire se ré­sume peut-être au som­met de cette falaise, à plus de mille mètres, qui domine Genève. Lieu : la Croisette. L’en­droit est splen­dide avec une vue à 360°. Autre­fois, une mi­cro­sta­tion de ski vi­vait ici et les ves­tiges de l’unique téléski sont en­core en at­tente de fi­nance­ments. Pourquoi allez voir plus loin ? L’en­droit est magique à l’im­age de ces deux jours en Genevois et pour­tant ces sta­tions se por­tent de plus en plus mal, étouf­fées faute de clients plus réguliers. On pour­rait pré­tex­ter le manque de neige poudreuse à cette al­ti­tude mais le ski fa­mil­ial en a-t-il vrai­ment be­soin ? Pour notre part, nous sommes en­core de­man­deurs de ce genre de sta­tion et en plus de leurs atouts panoramiques, elles per­me­t­tent de skier lo­cal, avec tous les avan­tages que cela im­plique.

LA NA­TURE POS­SÈDE ICI QUELQUE CHOSE DE SUBJUGUANT : LA VEILLE, LA TO­TALE VER­SION JURA, AU­JOURD’HUI LA PROX­IM­ITÉ DE LA CHAÎNE DU MONT-BLANC.

Coucher de soleil sur le Salève et la sta­tion fan­tôme de La Croisette. Genève,

700 mètres plus bas.

Pas be­soin d’aller trop loin pour faire du très beau ski au­tour de Genève, 30 min suff­isent à Wil­liam Co­chet pour tailler la courbe aux Brasses.

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