Sainte-Foy-Tarentaise

À LA SOURCE DES GRANDS BON­HEURS

Ski Magazine - - Sommaire - Texte & pho­tos Philippe Royer

Une perle freeride

S’il fal­lait in­verser tous les paramètres de la quan­tité, de l’op­u­lence et de la sur­con­som­ma­tion. S’il fal­lait pren­dre con­science de la beauté du geste dans un cadre unique. Sans mot dire, presque par un heureux con­cours de cir­con­stances, Sainte-Foy saurait répon­dre à nos

nou­veaux désirs. Reste à re­mercier la na­ture pour cette généreuse géo­gra­phie ou se mê­lent

bonnes al­ti­tudes et sub­tiles ex­po­si­tions.

LLorsque vous ar­rivez à Sainte-Foy pour skier, il faut ou­blier tout ce que vous avez connu. Retrou­vez un re­gard d’en­fant, tel le Petit Prince désireux d’un dessin de mou­ton. Lais­sez-vous mon­ter aux som­mets des 4 uniques télésièges et en­chaînez quelques courbes sur les larges pistes, comme s’il fal­lait que vous vous échauffiez mal­gré votre caisse d’en­fer. Point trop n’en faut. Vite partez le nez au vent vers des hors-pistes de prox­im­ité : tous ces grands es­paces débon­naires qui af­flu­ent en­tre deux pistes. Avec une ma­jeure ex­po­si­tion nord-ouest et ouest tout n’est que volupté ici haut. Et votre en­vie d’éva­sion vous portera vite vers d’autres it­inéraires plus loin­tains, en vous jouant des crêtes. La lec­ture du ter­rain est as­sez sim­ple. L’isole­ment sera subi. Le ré­gal sera as­suré. Vien­dront aussi les journées de tem­pêtes et de graves chutes de neige. Bien des skieurs seront cha­grinés au réveil en voy­ant les flo­cons à l’hor­i­zon­tale et une vis­i­bil­ité quasi nulle. Mais les con­nais­seurs seront aux anges. Ils savent que les plus belles journées sont de cet acabit. Ils savent qu’ils peu­vent lâcher la bête dans l’épaisse forêt de Sainte-Foy. Ils savent que l’em­prise du vent à ses lim­ites en mi­lieu boisé. Voluptueuse et épaisse la neige per­me­t­tra les plus purs ex­cès. Le temps d’un éclair vous apercevrez vague­ment les san­gliers Pu­gin, Gav­ag­gio, Bernès, Guyot, Jac­ques et autres Coirier par­tir droit dans la pente. Les premiers vi­rages sont prévus pour plus tard. Comme l’écrit Cé­dric Pu­gin avec un sens très com­batif : « Sainte-Foy de­vient un monde sans pitié où il faut savoir s’im­poser ou su­bir ». Lorsque la neige s’amon­celle ainsi on peut par­ler de défer­lante d’au­then­tiques bipèdes à la lim­ite du raisonnable, at­ten­tion à vos ar­rières, mais at­ten­tion surtout de­vant ! Tout est ré­sumé en ces quelques lignes. Quelles que soient les cir­con­stances ex­ténu­antes, la toute pe­tite sta­tion de Sainte-Foy est « moul­ti­cartes », mais sans les ef­fets spé­ci­aux du Cin­quième Élé­ment : ici tout est na­turel, l’homme s’adapte, com­pose et, en cadeau, ac­cu­mule des mon­ceaux de sou­venirs an­odins qui font toute la gran­deur d’une vie à l’état pur. Sainte-Foy est à la source des grands bon­heurs, ceux qui n’ont pas de prix.

VOLUPTUEUSE ET ÉPAISSE, LA NEIGE PER­ME­T­TRA LES PLUS PURS EX­CÈS.

Cé­dric Pu­gin chez lui dans les ar­bres qui avan­cent

très très vite (!!).

Pour en­trer au plus vite dans le vif du su­jet le pre­mier des hors-pistes peut-être, pour le plaisir des yeux : le Monal. Rien d’ex­posé. Il faut dès le col de l’Aigu­ille (2 620 m) plonger sur la gauche, dans l’im­mense val­lon du Clou, en con­ser­vant pas mal de vitesse. Rapi­de­ment vous sur­plombez cet ex­cep­tion­nel hameau, désert l’hiver. Pas un fil élec­trique, pas un dé­tail par­a­site, c’est l’un des plus beaux paysages des Alpes en hiver, avec en toile de fond la mas­sive pyra­mide du mont Pourri. De là, deux ver­sions. Soit vous en­chaînez vers les Pigettes pour ad­mirer l’autre suc­ces­sion de hameaux isolés, soit vous piquez à droite par l’Échail­lon. Dans le pre­mier cas il faut prévoir un véhicule aux Pigettes ou pren­dre un taxi (en­v­i­ron 25 à 30 eu­ros). En pas­sant par l’Échail­lon il faut un peu pousser sur les bâ­tons. Le skieur moins as­suré trou­vera dans cet it­inéraire une neige prop­ice à un ap­pren­tis­sage serein.

Et la Fogli­etta fut…

Évide­ment la pointe de la Fogli­etta est le som­met ma­jeur de ce do­maine. Tout le long de cette crête de nom­breux it­inéraires se dévoilent en faces sud et sud-est puis en faces nord-ouest et nord, de quoi jon­gler avec l’en­neige­ment et les vari­a­tions de tem­péra­ture au fil des mois. Sur cette longue crête, le Petit Col s’at­teint en 10 min­utes de marche. Quelques pier­res au dé­part mais tou­jours un beau tapis épais sous des ex­crois­sances rocheuses sou­vent pétri­fiées. Vingt courbes plus tard vous êtes sur les pistes du do­maine. Tou­jours en gravis­sant cette crête panoramique avec le mont Blanc ver­sant ital­ien au loin­tain, le couloir de la Croix est un it­inéraire légère­ment plus tech­nique que l’on aborde après 20 ou 30 min­utes de mon­tée. Après une large pente sur la droite, on file rapi­de­ment dans un petit cor­ri­dor où la neige peut varier de part des coulées an­térieures. Là en­core on re­joint à vue le do­maine. Tous ces it­inéraires qui mè­nent aux pistes béné­fi­cient de lignes de catex (dé­clenche­ment d’avalanches à dis­tance), d’où une cer­taine sécu­rité, qu’on ne pourra qu’ac­croître en s’at­tachant les con­seils d’un des ac­com­pa­g­na­teurs du Bureau des Guides. De la Croix on peut par­tir côté soleil, face est, dans une longue traver­sée pour re­join­dre le loin­tain col d’Ar­gen­tière,

ICI TOUT EST NA­TUREL, L’HOMME S’ADAPTE, COM­POSE ET, EN CADEAU, AC­CU­MULE DES MON­CEAUX DE SOU­VENIRS.

de là on file vers le val­lon de Mer­cuel. Soit un it­inéraire en peaux de phoque qui de­mande au to­tal 1h 30 à 2 h de mon­tée, du som­met des re­mon­tées au col d’Ar­gen­tière (2 875 m). GHM, Éric Charamel adore ce secteur car : « Il faut se mé­fier des pentes est qui peu­vent vite chauf­fer au prin­temps. Je com­pose par­fois avec d’autres vari­antes pour at­tein­dre ce col. Dans tous les cas c’est une ex­cel­lente sor­tie où par deux fois on al­terne mon­tées et de­scentes, d’où une néces­saire util­i­sa­tion op­ti­male du matériel. » Bien sûr c’est la face nord de la Fogli­etta qui at­tire toutes les con­voitises. Suiv­ant le niveau de forme et l’âge, il faut de 30 min­utes à une heure de mon­tée. Cer­tains l’en­ta­ment skis sur l’épaule – une trace est quasi per­ma­nente –, d’autres choi­sis­sent la ver­sion freerando et met­tent les peaux. Tout dépend du matos à vos pieds. Au som­met (2 930 m), vous dé­cou­vrez une large face nord non sécurisée avec plusieurs vari­antes. Toutes fi­lent par le val­lon de Mer­cuel et le hameau de la Ma­sure. Comme vous le voyez, la com­mune de Sainte-Foy est pétrie de hameaux, tous plus beaux les uns que les

BIEN SÛR C’EST LA FACE NORD DE LA FOGLI­ETTA QUI AT­TIRE TOUTES LES CON­VOITISES.

autres. La vox pop­ulis parle d’une cen­taine. Par bon en­neige­ment vous pou­vez glisser jusqu’au chef-lieu, par une longue traver­sée sous la route un peu ac­ro­ba­tique. Comme tout est prévu dans cette char­mante sta­tion, des ro­ta­tions gra­tu­ites de navettes (ar­rêt de­vant l’hôtel­restau­rant Le Monal) vous ramè­nent au pied des re­mon­tées. Ce hors-piste ma­jeur at­tire tous les pro­fes­sion­nels de la ré­gion car il est syn­onyme de neige de cinéma (la face ne reçoit qu’un timide soleil en mars) et le dénivelé im­posant est de 1 700 mètres… Pour les fouineurs, les bons lecteurs de carte, ceux qui ai­ment franchir les pe­tits murets, qui adorent se fau­filer en­tre les ar­cosses, la de­scente vers le chef-lieu en pas­sant par le Planay du dessus et du dessous of­fre un par­fum d’aven­ture et d’im­prévus. En­core un hors-piste réal­isé full burnes avec un Cé­dric Pu­gin qui se moque des ob­sta­cles comme un homme poli­tique peu con­scien­cieux. Vous l’avez com­pris, Cé­dric est l’homme du lieu et de la dé­cen­nie. Il a pris la relève de Ni­co­las Borel, freerideur sans le savoir, qui en­chaî­nait avec le même tal­ent, ski, télé­mark, snow­board, monoski et l’im­prob­a­ble squall.

D’autres lieux à ex­plorer

L’autre grand secteur, moins ludique d’ap­parence, plus tortueux est la Pierre d’Ar­bine. Déjà, la trace de mon­tée est loin d’être présente. Il vous faut en­core et tou­jours un Cé­dric Pu­gin pour déblayer le ter­rain. Met­tez-lui les deux paires de skis sur les épaules, deux sacs à dos et vous au­rez en­core du mal à le suivre. Il n’est pas là pour acheter du ter­rain. Du som­met, il vous fera dé­cou­vrir les combes et étroitesses qui plon­gent soit vers l’Échail­lon soit vers Plan Bois. Au pas­sage il vous faussera com­pag­nie quelques sec­on­des par at­ti­rance pour les bar­res rocheuses. Vous pou­vez en­chaîner les ro­ta­tions il trou­vera tou­jours une nou­velle vari­ante. Sous la Pierre d’Ar­bine, la piste noire Crys­tal Dark, ja­mais damée, est la par­faite en­tité pour se faire les cuisses avec une pente toni­tru­ante et une neige plus élas­tique que bé­ton vue l’ex­po­si­tion nord. Seul hic : vous êtes ex­posé aux re­gards de tous, il fau­dra donc vous ap­pli­quer ou es­suyer les quoli­bets. Dès que l’on parle de pistes, le pro­pos est rassem­bleur. Beau­coup d’Anglais tra­versent la France rien que pour la quié­tude du do­maine. Pour rien au monde ils n’iraient dans les gran­des sta­tions.

« Ici on peut laisser les en­fants en to­tale lib­erté, cha­cun fait sa vie » dis­ent-ils. Il faut aussi avouer que le rap­port qual­ité-prix dé­passe toutes les es­pérances. Avec un for­fait journée à 29 eu­ros, vous êtes pra­tique­ment à moitié prix des tarifs de l’Es­pace killy ou de Paradiski. L’autre vo­let de cette sta­tion est la con­vivi­al­ité comme par ex­em­ple les repas sur de gran­des ta­bles com­munes au restau­rant des Brevettes. Là vous pou­vez par­ler même à des in­con­nus… N’ou­vrez pas la carte du menu, prenez les yeux fer­més le duo de tartines ou l’assi­ette mon­tag­narde. Ex­cel­lentes com­po­si­tions goû­teuses qui sor­tent d’une mi­nus­cule cui­sine. Le chef et son équipe ont vrai­ment du tal­ent pour pro­poser une qual­ité con­stante toute la sai­son. Ainsi ce lieu s’est at­taché la fidél­ité d’une énorme clien­tèle. Et ne de­man­dez pas un steak-frites, une amie lo­cale nous prévient « tu pour­rais pren­dre un pain ! » En l’es­pace de 20 ans, Sainte-Foy est de­v­enue la co­queluche de la Tarentaise, de tous les pros de la glisse, des pho­tographes et de la grande presse (il doit y avoir une pe­tite presse ?), les VSD, Fi­garo Mag­a­zine… Il est vrai que la di­men­sion hu­maine du site plaît. Il est vrai aussi que l’ar­chi­tec­ture sé­duit, que l’ac­cueil est débon­naire… Il y a aussi des piliers dans une sta­tion, des per­son­nes dis­crètes et ef­fi­caces qui trans­met­tent patiem­ment un mes­sage. La di­rec­trice de l’of­fice de tourisme, Anne, fait peut-être par­tie de cette réus­site. Elle a su porter une at­ten­tion par­ti­c­ulière à l’im­age de la sta­tion. De quoi faire pâlir la con­cur­rence qui par­fois aimerait pour leur pro­mo­tion voler en Con­corde avec des in­vestisse­ments low cost. Pour con­clure, comme le di­s­ait Jean-Paul II : « N’ayez pas peur ! » . N’ayez pas peur de ces qua­tre télésièges. Le bon­heur vien­dra de votre désir de dé­cou­verte. Ici on ne se laisse pas porter par les élé­ments. On va au-de­vant de la na­ture. Le plus in­so­lite des do­maines de la Tarentaise est ici haut.

Wil­liam Co­chet dans l’im­men­sité de la face sud de Fog­gli­et­taz, tôt le matin.

Adrien Coirier au som­met de la nord de Fogli­etta, un des musts de la Tarentaise.

Wil­liam Co­chet avec au fond le vil­lage de Vil­laroger sur l’autre ver­sant de la val­lée. Luighi Rotier au som­met du do­maine ski­able avec le mont Pourri en toile de fond. À droite : Duo souri­ant au-dessus de la sta­tion.

Luighi Rotier au Petit Col dans une am­biance de rêve.

Grosse gerbe de Luighi Rotier, quelques dix­ièmes de sec­onde en

sus­pen­sion.

La mon­tée à la Fogli­etta le matin.

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