Les Karellis

FREERIDE EN MAU­RI­ENNE

Ski Magazine - - Sommaire - Texte Mick­aël Bim­boes - Pho­tos Stéphane Délecluse

Freeride en Mau­ri­enne

« C’est pas énorme, ça paye pas de mine, mais la journée finie, ça fait plaisir de voir sourire tous les vis­ages. » Cette phrase au­rait été une con­clu­sion par­faite pour cette ses­sion qui s’an­nonçait comme la promesse de dé­cou­vrir un petit do­maine avec des amis qui skient trop peu sou­vent en­sem­ble. Au lieu de cela, on a eu droit à un bon gavage de neige et d’es­paces vierges, qui a été le pre­mier d’une belle série. C’est donc aux Karellis que les trois com­pères se retrou­vèrent un matin du mois de février.

Mick­ael, habitué de la sta­tion, nous at­tend dans son camp­ing-car avec lequel il sta­tionne sur le grand park­ing ski/journée, comme de nom­breux autres. Une fois la pe­tite troupe rassem­blée, un thé chaud avalé sur la « dînette » avec vue panoramique, An­tho et Steph suiv­ent le guide pour aller récupérer les for­faits. Un petit télésiège deux places gra­tuit sur­v­ole quelques bâ­ti­ments pour re­join­dre le fo­rum, où sont re­groupées toutes les ac­tiv­ités de la sta­tion : cinéma, supérette, lo­ca­tion, etc. Ac­crochés à flanc de mon­tagne et sur­plom­bant Saint-Jean-de- Mau­ri­enne, Les Karellis sont par­faite­ment dissimulés dans un paysage forestier et préservé. An­tho, freerideur orig­i­naire de Val Fréjus, fait part de son éton­nement quant à la route de mon­tée in­ter­minable et les 17 lacets qui s’en­chaî­nent en ry­thme avec la couche de neige qui s’épais­sit avec l’al­ti­tude. Mal­gré les bonnes con­di­tions d’en­neige­ment chez lui en HauteMau­ri­enne, le vent a eu rai­son de la poudreuse et il est con­tent de dé­cou­vrir la dizaine de cen­timètres de neige fraîche dé­posée sur le park­ing dans la nuit. Sans se presser, les skis sont chaussés et les rideurs em­bar­quent sur l’un des deux télésièges débrayables qui per­me­t­tent de s’élever vers les hau­teurs. Les va­cances de février ne sont plus très loin mais le do­maine n’est parsemé que de quelques touristes qui rap­pel­lent que l’on est ici dans une sta­tion fa­mil­iale avec une pe­tite ca­pac­ité d’héberge­ment. Mick­aël dé­cide de nous emmener tout de suite sur un long téléski qui monte le long d’une crête jusqu’à 2 500 m et of­fre un bon moyen de dé­cou­vrir les pos­si­bil­ités au cen­tre du do­maine.

Un ter­rain de jeu qui donne le sourire

La vue du haut de la tête d’Al­biez est as­sez im­pres­sion­nante et met tout de suite Steph, le pho­tographe, en alerte. Depuis cette longue ligne de crête qui part du som­met du do­maine et de­scend presque jusqu’à Saint-Jean-de-Mau­ri­enne, on domine les pe­tites sta­tions d’Al­biez

LES KARELLIS SONT PAR­FAITE­MENT DISSIMULÉS DANS UN PAYSAGE FORESTIER ET PRÉSERVÉ.

et Al­biez-le-Vieux qui font tourner leurs re­mon­tées mé­caniques en contrebas. La val­lée de l’Ar­van, avec les Sy­belles, s’étend de­vant nous et les deux vis­i­teurs de­man­dent d’em­blée s’il est pos­si­ble de rider cette face que l’on devine sous nos pieds, ou cette autre plus ori­en­tée nord qui de­scend depuis la pointe Emi. Mal­heureuse­ment, ces de­scentes s’an­ticipent car il n’y a que deux choix pour revenir sur la sta­tion : les peaux de phoque ou un long tra­jet de plus d’une heure en voiture, en­core faut-il en avoir laissé une au­par­a­vant à Al­biez. Mais Mick­aël ras­sure les im­pa­tients, il y a de quoi faire aux alen­tours du do­maine sans avoir be­soin de déchausser, à com­mencer par un clas­sique, à côté des re­mon­tées mé­caniques. C’est ainsi que, quelques mètres sous le som­met, ap­pa­raît une lèvre par­faite­ment vierge for­mée par le vent, avec une vue sur le mont Blanc et un ciel bleu azur. Pas de temps à per­dre, les clichés et les ro­ta­tions sur ce téléski s’en­chaî­nent. Pen­dant plus d’une heure, nos traces se font plus nom­breuses et l’im­pres­sion d’être les seuls à prof­iter de l’aubaine grandit à l’ap­proche de midi. Les va­canciers, étant en ma­jeure par­tie logés en vil­lages-va­cances, sont par­tis se restau­rer et le do­maine ap­par­tient main­tenant aux freerideurs qui vont pou­voir aller dé­poser leurs traces sur les couloirs du crêt de Tal­ière. Les runs sont courts, mais la neige de qual­ité et la lu­mière ras­ante ren­dent l’en­droit in­téres­sant. L’ac­cès et le repérage des lignes sont très faciles grâce au long, très long télésiège de Chau­danne qui amène au som­met de la sta­tion. Les mon­tées d’à peine moins d’un quart d’heure lais­sent le temps aux skieurs d’en­vis­ager toutes sortes de lignes sur toute la par­tie gauche du télésiège. Avec des pe­tits couloirs dif­fi­ciles d’ac­cès sur le bas de la crête, des es­paces pen­tus parsemés de rochers au mi­lieu et une belle face sur le haut en­tourée de falaises d’une cin­quan­taine de mètres. Ce ter­rain de jeu est par­fait pour les en­traîne­ments du lo­cal avant ses com­péti­tions, et ces lignes nous oc­cu­per­ont jusqu’au re­tour de la foule. Étant rel­a­tive­ment en­gagé et proche du do­maine ski­able, le dé­part de coulée de neige est à pro­scrire sous peine d’en­sevelir un vis­i­teur im­pru­dent ayant traversé en

hors-piste sous les bar­res rocheuses depuis la piste rouge du chamois. Mal­gré cela, la sta­tion ne dé­plore qu’une seule vic­time d’avalanche depuis son ou­ver­ture en 1975. Pour l’his­toire, c’était « le » cuisinier de la sta­tion qui s’était fait em­porter dans une grosse avalanche sur un it­inéraire hors-piste réputé dan­gereux car le sol est com­posé es­sen­tielle­ment de gran­des dalles d’ar­doise où la sta­bil­ité de la neige est très mau­vaise quelle que soit la sai­son. C’est d’ailleurs at­tablé dans un petit restau­rant, La Gamelle, dans le vil­lage d’Al­banne qu’on nous a raconté cette his­toire. Nous sommes ar­rivés dans ce vil­lage hors du temps après avoir fait le clas­sique hors-piste des Val­lons, it­inéraire facile ori­enté sud-est, à l’ex­trême gauche du do­maine. Il per­met en outre de voir les pos­si­bil­ités d’une grande face plein nord en­tre la Grande Chi­ble (2 932 m) et le Pain de su­cre. Une belle ligne de crête rem­plie de couloirs fait de strates sédi­men­taires qui nous rap­pel­lent que le col de l’Iseran et la fron­tière avec les Alpes du Sud n’est qu’à quelques kilo­mètres. L’ac­cès à ces couloirs n’est pas très long, aux alen­tours d’une heure de marche, mais d’autres coins plus ac­ces­si­bles sont en­core à dé­cou­vrir et la journée n’est pas finie. Une fois le plat du jour ter­miné, c’est l’heure de quit­ter ce vil­lage où les chalets ont gardé l’esprit et le style du siè­cle dernier et même peut-être du précé­dent…

Une glisse calme et magique

Nous chaus­sons les skis pour repar­tir vers les ver­sants nord du do­maine et, grâce à un téléski sans âge, nous reprenons un peu d’al­ti­tude afin de re­join­dre la sta­tion. La journée est déjà bien avancée et les nu­ages qui ar­rivent font naître de beaux con­trastes alors que nous re­mon­tons sur la tête d’Al­biez. Nous nous diri­geons en­suite vers une grande combe hors-piste à droite du do­maine, ap­pelée Mes­so­lars. Celle-ci est ac­ces­si­ble depuis la piste noire des En­fers que nous délais­sons sans re­gret, mais que les am­a­teurs de champ de bosses ap­précieront… C’est après une longue traver­sée au-dessus du do­maine

LA VUE DU HAUT DE LA TÊTE D’AL­BIEZ EST AS­SEZ IM­PRES­SION­NANTE ET MET TOUT DE SUITE, STEPH, LE PHO­TOGRAPHE, EN ALERTE.

que nous ar­rivons dans les premiers goulets de l’it­inéraire. An­tho ronge son frein depuis le début de la journée et l’en­vie d’en­voyer quelques back­flips et autres grosses bar­res de­vant l’ob­jec­tif le dé­mange. Mais la vis­i­bil­ité change vite et il compte ren­trer en­tier… Cet it­inéraire est préservé et d’un calme sur­prenant. Plus au­cun bruit ne vient

Après une pe­tite mon­tée d’une dizaine de min­utes le bon­heur d’une neige vierge et légère. Rideur Mick­aël Bim­boes

per­turber la glisse des skieurs. L’es­pace est libre sur les deux cents premiers mètres de dénivelé, puis il con­tinue en­tre quelques mélèzes clairsemés. Puis vi­en­nent des par­ties pentues, boisées, de pe­tites vires rocheuses, de longs goulets en dévers, des lignes qui sem­blent im­pos­si­bles et des cor­niches, c’est une zone joueuse et peu tracée. La vue sur la Croix des Têtes juste en face, som­met dif­fi­cile prisé des meilleurs alpin­istes, est sai­sis­sante. La ressem­blance avec un chien as­sis est im­pres­sion­nante, comme le con­traste avec les autres mas­sifs qui l’en­tourent. Le fond de la val­lée ne laisse pas in­dif­fèrent lui non plus lorsque, ar­rivé sur le sen­tier qui ramène à la sta­tion, le gron­de­ment des usines d’alu­minium et des camions de l’au­toroute rompt le calme apaisant de la na­ture. Après une dernière ro­ta­tion sur cet it­inéraire magique, qui prend la lu­mière jusqu’en fin de journée, Steph plutôt con­tent du ré­sul­tat, nous as­sure qu’il re­vien­dra en Mau­ri­enne. Ici au moins ce n’est pas la course aux traces et c’est un plaisir de pren­dre le temps pour cap­turer l’in­stant. Le débrief de la journée s’est fait, comme d’habi­tude, au­tour d’une bière. En ef­fet le car­ac­tère as­so­ci­atif de la sta­tion em­pêche tout développe­ment de nou­veaux bâ­ti­ments d’héberge­ment ou de com­merce, et per­met de con­server une bonne ac­ces­si­bil­ité avec un for­fait journée à 25,80 € et un demi à 21 € !

ICI AU MOINS CE N’EST PAS LA COURSE AUX TRACES ET C’EST UN PLAISIR DE PREN­DRE LE TEMPS POUR CAPTER L’IN­STANT.

C’est sur ces bonnes nou­velles que nous nous sé­parons après une ul­time piste qui ser­pente en­tre les vil­lages va­cances et nous amène à deux pas du park­ing. Les jambes sont lour­des pour tout le monde, mais le dénivelé avalé n’y est pas pour rien. On est bien con­tents de ne pas avoir eu à marcher au­jourd’hui, et le plaisir partagé dans ce petit coin de Mau­ri­enne promet de belles journées à venir.

Mick­aël seul au monde sous les crêtes de Porte Brune avec une lu­mière étrange de fin de journée.

Le bord de piste de la Rama, même en fin de mat­inée of­fre en­core une baig­nade fraîche et sans traces. Rideur Mick­aël Bim­boes. Un petit pipe na­turel sur un hors-piste de la sta­tion. Rideur An­thony Slaven­burg

Les che­vaux sont en­fin lâchés. Rider An­thony Slaven­burg

Con­tem­pla­tion du paysage avant de se lancer dans son run bien poudreux. Rideur Mick­aël Bim­boes

Quand les re­tours d’est ar­rivent jusqu’aux Karellis, la sur­prise est au ren­dez-vous surtout lorsque, comme ce jour-là, c’était sec partout ailleurs…

Rideur Mick­aël Bim­boes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.