POUDREUSE OU GLACE, LA QUAL­ITÉ EN QUES­TION

Ski Magazine - - En­quête -

Si elle per­met d’as­surer une sous­couche suff­isante et ainsi de sécuriser une sai­son, la neige de cul­ture n’a pas la même qual­ité que la neige qui tombe du ciel. Bien sûr, comme l’ex­plique Christophe Medan, le prési­dent de l’As­so­ci­a­tion na­tionale des pro­fes­sion­nels de la neige de cul­ture, «on peut avoir dif­férentes qual­ités de neige de cul­ture, de très douce à très com­pacte. On peut in­fluer sur cette qual­ité en jouant sur les vol­umes d’air et d’eau» . Cepen­dant, «on ne re­crée pas la no­tion de poudreuse, car la struc­ture n’est pas la même. La neige na­turelle est con­sti­tuée de cristaux, alors que la neige de cul­ture est un as­sem­blage de pe­tites billes de glace» , re­con­naît Jean-Yves Rémy, le prési­dent du groupe La­belle­mon­tagne. «La clé, c’est le temps de con­géla­tion. Pour de la neige de cul­ture, suiv­ant le type d’en­neigeur util­isé et le vent, ça peut varier de dix à vingt sec­on­des, con­tre plusieurs min­utes pour de la neige na­turelle» , pré­cise Christophe Medan. Un seul en­neigeur per­met au­jourd’hui de pro­duire dif­férentes qual­ités de neige : «Chez Snow­star, on a par ex­em­ple des en­neigeurs de type perche avec des tailles de buses dif­férentes, pour en­voyer plus ou moins d’eau. On ar­rive ainsi à huit seuils de pro­duc­tion dif­férents» , in­dique Vin­cent Douil­let, le di­recteur général de la mar­que ital­i­enne, au­jourd’hui détenue par le groupe français MND (Mon­tagne & neige développe­ment). La qual­ité de la neige de cul­ture est numérotée de 0 à 10, où 0 désigne la meilleure qual­ité (neige très sèche) et 10 la moins bonne (très hu­mide). «En général, on fait de la neige de qual­ité 10 – proche du glaçon – en pré­sai­son, afin de con­stituer une bonne sous-couche. Puis en cours de sai­son, on va faire de la neige de qual­ité 4 ou 5, qu’on peut plus facile­ment re­tra­vailler avec les dameuses. On pro­duit de la neige de qual­ité 0 et 1 sur des zones spé­ci­fiques et plus ré­duites, pour le con­fort des clients, ou pour le be­soin d’un évène­ment spé­ci­fique» , ré­sume Christophe Medan. Si la neige de cul­ture n’est pas for­cé­ment très ap­pré­ciée des skieurs « loisirs », elle est en re­vanche idéale pour la com­péti­tion, à la fois pour des raisons de sécu­rité (éviter qu’un coureur ne se bloque dans un bour­relet de neige fraîche) et d’équité sportive. «Par ex­em­ple, pour le Critérium de la Première Neige, nous pro­duisons de la neige de qual­ité 9 ou 10. Dans cette neige de cul­ture coupe du monde, il fau­dra at­ten­dre le pas­sage de 25 à 30 coureurs pour voir se for­mer un sil­lon de 5 cen­timètres de pro­fondeur sur la piste. Avec de la neige na­turelle, le pas­sage d’un seul coureur suf­fit pour for­mer un tel sil­lon » , com­pare Pierre Mat­tis, nivocul­teur à Val-d’Isère. Glob­ale­ment, la neige de cul­ture est plus com­pacte que la neige na­turelle, avec une den­sité qui varie en­tre 400 et 500 kg par m3, con­tre 50 à 100 kg par m3 pour de la neige na­turelle. Au­tant dire qu’un en­neigeur ne va pas pro­duire de la poudreuse qui vole. «Une neige de cul­ture fraîche peut toute­fois être ex­cel­lente à skier, mais elle con­serve moins longtemps une bonne qual­ité que la neige na­turelle. En re­vanche, elle ré­siste mieux à l’abra­sion pro­duite par les pas­sages des skieurs, ainsi qu’à la fonte des neiges» , pré­cise Vin­cent Douil­let. En ré­sumé, plus la neige de cul­ture est hu­mide, plus elle est com­pacte, mais moins elle sera agréable à skier pour le skieur loisir. L’idéal, du point de vue de ce dernier, est donc de pro­duire une neige avec plus d’air et moins d’eau, donc plus sèche. «Mais il y a aussi une no­tion économique à pren­dre en compte, parce que ce qui coûte cher, dans la fab­ri­ca­tion de la neige de cul­ture, c’est l’air», af­firme Jean-Yves Rémy. Les ex­ploitants de do­maines ski­ables doivent donc jon­gler en­tre plusieurs fac­teurs par­fois con­tra­dic­toires : volonté de sécuriser la sai­son par une bonne sous-couche (neige hu­mide), rentabil­ité économique (neige hu­mide) et con­fort du client lambda (neige sèche)…

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