ENQUÊTE : HÉLISKI

Ski Magazine - - Sommaire - Par Martin Léger

Sport de riches feignasses ou de purs hé­don­istes ? L’héliski di­vise

au­tant qu’il rassem­ble.

Quel am­a­teur de ski hors-piste n’a pas rêvé un jour de faire de l’héliski ? Des pentes vierges rien que pour vous, un cadre sau­vage à l’écart des re­mon­tées mé­caniques, le vol en héli­cop­tère qui con­stitue en soi une ex­péri­ence mé­morable. Cette pra­tique in­ter­dite en France mais pas chez nos voisins a tout pour sé­duire. Vous êtes ten­tés, mais vous vous de­man­dez où pra­ti­quer, le niveau de ski req­uis ou en­core le prix ? Élé­ments de réponse.

Quand on évoque l’héliski, on imag­ine tout de suite des skieurs évolu­ant sur des « spines » ( arêtes ef­filées) et autres pentes ex­trêmes de l’Alaska, où la neige sem­ble « coller aux murs ». Cette représen­ta­tion est pour­tant as­sez loin de la réal­ité. « La plu­part du temps, l’héliski, ce n’est pas du ski tech­nique. On évolue as­sez rarement dans des pentes raides ou des couloirs très en­gagés. Ce sont plutôt des champs de poudreuse as­sez larges et faciles » , as­sure Julie Gaidet, co-fon­da­trice et co-gérante de Tarentaise Tours*, une struc­ture spé­cial­isée dans le « grand ski ». Olivier Houil­lot, guide de haute mon­tagne qui en­cadre des séjours héliski en Turquie, abonde dans le même sens : « L’héliski est même plus facile pour dé­cou­vrir la poudreuse que si on fait du hor­spiste clas­sique en sta­tion. On dis­pose d’un ter­ri­toire im­mense, qui per­met de choisir les pentes les plus adap­tées au niveau de ski des gens. En Turquie, sur une se­maine, vingt à trente per­son­nes vont avoir un ter­ri­toire grand comme la Mau­ri­enne et la Tarentaise réu­nies pour tracer dans le vierge. Il y a aussi le fac­teur sécu­rité à pren­dre en compte. On est sou­vent loin de tout, et donc des hôpi­taux. Du coup, on évite d’aller dans des faces trop en­gagées. Il est fi­nale­ment as­sez rare que les pentes qu’on skie soient plus raides qu’une piste rouge. » Lau­rent Cot­taz, le man­ager de l’as­so­ci­a­tion Melt­ingSpot qui pro­pose des séjours héliskis à travers le monde (voir en­cadré page 21), nu­ance légère­ment ce pro­pos : « On de­mande beau­coup de con­cen­tra­tion aux rideurs, on pré­conise de ne pas skier à 100 %, on les re­spon­s­abilise. C’est pour cela qu’une bonne tech­nique en poudreuse est préférable, ainsi qu’une bonne con­di­tion physique pour prof­iter de son voy­age dans d’ex­cel­lentes con­di­tions. » Poudreuse oui, raide pas for­cé­ment. D’une desti­na­tion à l’autre, un séjour héliski sera très dif­férent. « Le Nord Chili, le Canada, la Turquie, la Suisse ou l’Italie ont un relief de type alpin. On va trou­ver aussi bien de la forêt que des gran­des combes ou des couloirs plus étroits, avec des de­scentes qui vont sou­vent os­ciller en­tre 800 et 1 500 mètres de dénivelé. En Alaska, les dénivelés seront moin­dres, mais c’est le tem­ple du raide. La neige est telle­ment sèche et froide qu’elle colle aux murs et qu’elle te per­met de skier à peu près tous types de pentes, jusqu’à 5055 de­grés. On a aussi ce que j’ap­pelle les grands mas­sifs – Ouzbék­istan, Kirghizis­tan, Inde, Hi­malaya, etc. – c’est-à-dire de gran­des mon­tagnes avec des énormes vallées glaciaires. C’est vrai­ment du ski au plan­ing, où tu peux te lâcher et avec de très gros dénivelés. En Ouzbék­istan, j’ai déjà fait 2 700 m de dénivelé sur une seule de­scente, et jusqu’à 18 900 mètres en cu­mulé sur une journée » , dé­taille Lau­rent Cot­taz. L'at­ti­rance pour la poudreuse à perte de vue est générale­ment la mo­ti­va­tion pre­mière des héliskieurs. « Avec l’héliski, on cherche à passer une journée mé­morable dans des paysages uniques. Le hors-piste s’étant au­jourd’hui large­ment ba­nal­isé, l’héliski

Avec l’héliski, on cherche à passer une journée mé­morable dans des paysages uniques.

per­met de vivre ces mo­ments d’ex­cep­tion, que tout le monde ne peut pas con­naître » , es­time Julie Gaidet. L’héliski est en ef­fet ex­cep­tion­nel grâce aux hori­zons presque in­fi­nis qu’il per­met d’ar­pen­ter. « Notre so­ciété pos­sède une con­ces­sion ex­clu­sive de 9 500 km². À titre de com­para­i­son, une

« La plu­part du temps, l’héliski, ce n’est pas du ski tech­nique (...) mais plutôt des champs de poudreuse as­sez larges et faciles. » JulieGaidet deTarentaiseTours.

sta­tion comme Vail s’étend sur 22 km², Whistler sur 32 et les 3 Vallées sur 350 km². Nous avons ainsi près de 850 de­scentes pos­si­bles, de 900 m de dénivelé en moyenne. Bref, quelles que soient les con­di­tions, on est cer­tains de trou­ver des runs de qual­ité » , af­firme Alexis Lalanne, l’agent français qui vend les séjours de la so­ciété cana­di­enne Last Fron­tier Heliski­ing (voir en­cadré page suiv­ante). Des en­droits qui de­vi­en­nent ac­ces­si­bles. Quelque part, l’héliskieur et le skieur de « freeride rando » pour­suiv­ent le même but : dénicher des pentes sauvages avec de la poudreuse vierge. « Mais en ski de ran­don­née, il y a tou­jours le risque de se retrou­ver à de­scen­dre dans une neige pour­rie. Et comme il n’y a sou­vent qu’une de­scente dans la journée, pour moi la journée est ratée. Au moins, avec l’héliski, si on fait une de­scente pas ter­ri­ble, on va pou­voir rapi­de­ment changer de spot et trou­ver de meilleures con­di­tions » , ex­plique Pa­trick, un in­génieur télé­com de 53 ans, qui compte près d’une dizaine de séjours héliski à son ac­tif depuis 1998. Il pour­suit : « Bien sûr, il y a sans doute deux tiers des héliskieurs qui sont un peu flem­mards et voient l’héli­cop­tère comme un tire-fesses. Ce n’est pas mon cas. Je fais aussi du ski de ran­don­née, et l’ef­fort ne me fait pas peur. Cela dit, je fais de la rando pour la de­scente, pas pour la mon­tée ou pour le côté per­for­mance physique comme cer­tains. Mais l’héliski per­met d’aller skier des zones vierges qu’on ne pour­rait at­tein­dre qu’après plusieurs jours de ski de rando. » Christophe, pro­prié­taire d’un ma­g­a­sin de snow­board à An­necy, et égale­ment habitué des séjours héliski, va dans le même sens : « L’in­térêt de l’héliski, c’est d’abord l’op­por­tu­nité de rider dans des en­droits où on ne poserait pas une spat­ule sans l’héli­cop­tère. L’héliski est dif­férent du hors-piste de sta­tion de par son im­men­sité. C’est gé­nial de ne voir que des pentes vierges, sans per­sonne, à plus de 100 km à la ronde. C’est d’abord ça, et en au­cune façon l’ab­sence d’ef­fort qui m’at­tire. On peut très bien être héliskieur et skieur de ran­don­née. J’em­porte tou­jours mes peaux de phoque lors d’un séjour héliski, en prévi­sion des jours où on ne pourra pas voler. Et il ar­rive même que les meilleurs sou­venirs du séjour soient au fi­nal ceux de pe­tites ran­dos qui n’étaient pas prévues au dé­part. »

L’héliski est ex­cep­tion­nel grâce aux hori­zons presque in­fi­nis qu’il per­met d’ar­pen­ter.

Flem­mards s’ab­stenir ! Si l’héliski ne re­quiert pas une con­di­tion physique digne d’un ath­lète de haut niveau, mieux vaut toute­fois être en forme. « On fa­tigue parce qu’on monte très vite en al­ti­tude avec l’héli­cop­tère. On passe aussi beau­coup du chaud – dans l’héli­cop­tère – au froid quand on débar­que, ça pompe de l’én­ergie. L’héliski de­mande égale­ment une grande con­cen­tra­tion, no­tam­ment parce qu’il y a des procé­dures de sécu­rité as­sez strictes à re­specter. Au mo­ment de chausser, on est un peu dans une am­biance d’alpin­isme, de haute mon­tagne. Et lorsqu’on de­scend, il n’y a certes pas be­soin d’être très fort tech­nique­ment, mais il faut rester très at­ten­tif parce que la chute peut être dra­ma­tique. Ce petit risque ra­joute du plaisir » , té­moigne Christophe. Pa­trick, lui, parle de « sen­sa­tions am­pli­fiées par rap­port au hors-piste de sta­tion. L’héliski, c’est vrai­ment un tout : la pré­pa­ra­tion où il faut bien véri­fier son matériel, la crainte qu’on peut ressen­tir avant le run, la ten­sion et la con­cen­tra­tion qui mon­tent jusqu’au dé­clenche­ment du pre­mier vi­rage. Du coup, ar­rivé en bas, il y a un véri­ta­ble relâche­ment men­tal » . Le bon choix. Pour réus­sir votre séjour héliski, un cer­tain nom­bre de paramètres sont à pren­dre en compte. « Il faut déjà savoir le type de relief qu’on a en­vie de skier, ce qui va in­flu­encer le choix de la desti­na­tion. Il faut aussi pren­dre en compte le nom­bre de jours où on est disponible pour utiliser les heures de vol ou le dénivelé qu’on a achetés, énumère Lau­rent Cot­taz, de l’as­so­ci­a­tion Melt­ing Spot. Parce que la météo peut être très capricieuse, comme en Alaska où, il y a deux ans, nous avions eu 22 ou 23 jours de chutes de neige con­séc­u­tives, donc sans pos­si­bil­ité de voler. Il faut aussi bien re­garder où se trouve la base héliski – le lo­ge­ment – par rap­port aux spots sur lesquels on va skier. Ça peut varier beau­coup d’un pays à l’autre. Du coup, si on achète 4 heures de vol en Alaska, 4 heures en Turquie ou 8 heures en Ouzbék­istan, on va au fi­nal faire le même dénivelé. D’ailleurs, de nom­breuses com­pag­nies d’héliski vont te ven­dre du dénivelé, en te garan­tis­sant que tu le feras dans la se­maine. L’in­con­vénient, dans ce dernier cas, c’est qu’on va te pousser à faire ce dénivelé coûte que coûte, quelles que soient les con­di­tions de neige. La com­pag­nie d’héliski a in­térêt à t’emmener sur des runs avec un max­i­mum de dénivelé d’une traite, parce que ça leur coûte moins cher en temps de vol. Or par­fois sur un run de 1 500 m de dénivelé, les 500 mètres in­férieurs peu­vent être mau­vais à skier, et il serait plus in­téres­sant pour le client d’avoir une reprise à mipente ou de faire des runs plus courts, mais plus nom­breux et plus hauts en al­ti­tude », es­time Lau­rent Cot­taz, de l’as­so­ci­a­tion Melt­ingSpot. Une fois que vous au­rez répondu à toutes ces ques­tions, il ne vous restera plus qu’à prof­iter de la poudreuse à perte de vue…

PHOTO DE COU­VER­TURE : PRE­MIER JOUR DE SHOOT­ING À ENGELBERG, LI­NUS ARCHIBALD DANS LA NEIGE TRÈS FROIDE ET LÉGÈRE. © OS­CAR ENANDER

P. 18

© Tris­tan Shu/Pure Ski Com­pany

© Dave Sil­ver/Last Fron­tier Heliski

© Dave Sil­ver/Last Fron­tier Heliski

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