Grand ski en Italie (Macug­nana)

De l’autre côté du mont Rose

Ski Magazine - - Sommaire - par Bruno Gar­ban et Xavier Fer­rand

Bruno Gar­ban en pleine tem­pête de poudre et de vent dans les lignes forestières de Monte Moro.

Non, le ski en Italie n’a dé­cidé­ment rien à en­vier à son pen­dant français, surtout si on parle de pe­tits coins bien typ­iques où le freeride est roi. Macug­nana est l’un de ceux-là, perdu en haut d’une val­lée au pied du mont Rose. Un vil­lage telle­ment vieux qu’on l’au­rait presque ou­blié. Notre in­trépide équipe de choc y est

pour­tant al­lée au prin­temps dernier, voici leur récit de voy­age.

À l’heure où j’écris ces lignes, je me remé­more avec nos­tal­gie cette sai­son passée… Une sai­son folle, le genre d’hiver où les frères Ripolin ont bien blanchi le spot des Alpes. L’en­neige­ment est bon un peu partout, une sai­son où fi­nale­ment tout est là au bout de la pointe du rocker spat­ule. Donc nul be­soin de se faire une grande tirée à l’autre bout du monde, mais en­core fal­laitil trou­ver un spot orig­i­nal. On est en avril, et bien sûr, tou­jours une seule idée en tête, rider là où c’est bon. Et donc pour se payer une bonne tranche de poudre à cette péri­ode, il faut se la jouer fine, d’au­tant plus qu’on est sur un créneau re­streint. On savait qu’il se pas­sait un truc du côté du nord de l’Italie mais où, com­bien, quand et com­ment ?

STA­TION À L’AN­CI­ENNE

L’Italie est un pays qui n’a rien à en­vier à la France à plus d’un point de vue, y com­pris et surtout quand il s’agit de ski. Là-bas, il n’y a ja­mais vrai­ment de quoi se ris­quer sur du bizarre. Le cof­fre de la bag­nole est plein de matos. Après quelques pal­abres on dé­cide de filer en di­rec­tion du nord-ouest de la botte, non pas vers les Dolomites mais vers l’en­vers du mont Rose, dans le pas loin de la fron­tière italo-suisse au travers du Pié­mont, au fin fond de la val­lée d’An­za­sca : à Macug­nana. Pourquoi en­core un fond de val­lée ? J’avais en­tendu du côté de la Grave que Macug­nana valait le dé­place­ment. On m’avait décrit un spot sau­vage, une sorte d’en­droit par­ti­c­ulier, là où la route se termine face au mont Rose. Cette val­lée de l’An­za­sca est striée d’une seule route qui ser­pente en­tre les mon­tagnes, où se suc­cè­dent des pe­tits vil­lages posés là dans les en­trailles d’un mas­sif im­pres­sion­nant. Cette val­lée, tel un Far West de je-ne-sais-quoi, a été mar­quée par l’his­toire sécu­laire de la quête de l’or. La dernière mine n’a d’ailleurs fermé que dans les an­nées 60. On imag­ine facile­ment à cette époque une par­tie des mineurs aller danser le twist et l’autre par­tir à la recherche de l’or blanc. Le vil­lage de Macug­nana n’est pas la dernière sta­tion à la mode con­stru­ite de toutes pièces à la norme BBC, mais sim­ple­ment un bled qui ex­iste depuis au moins avant le 13e siè­cle après Jean-Claude. On y trouve des chalets typ­iques au bois rongé par le temps, des vieilles pier­res et des maisons sans âge, tout ça au pied du mont Rose.

DES AIRS D’HI­MALAYA

Le mont Rose est om­niprésent à Macug­nana, c’est le deux­ième plus haut som­met des Alpes et d’Europe oc­ci­den­tale, et ici il domine tout. Un mon­u­ment qui culmine à 4 634 mètres d’al­ti­tude, le mas­tard s’im­pose for­cé­ment dès l’ar­rivée à Macug­nana. La vi­sion de sa face nord-est fait rêver, une paroi aux grandeurs hi­malayennes, une face striée de lignes po­ten­tielles de grande am­pleur dont le couloir Marinelli. Bref, du bru­tal un tan­tinet ma­jestueux, du mag­né­tique, de l’in­con­tourn­able un peu comme La Meije vis-à-vis de La Grave. Allez, as­sez d’élu­cubra­tions his­toric­o­cul­turelles, Macug­nana est aussi et surtout un spot de ski et c’est ce qui nous a fait venir traîner nos lat­tes dans ce coin perdu. Ar­rivés en même temps que la chute de neige on pi­o­nce la tête pleine d’es­poirs de poudre. L’espoir de grosse ses­sion a été rapi­de­ment bal­ayé par un énorme coup de vent… Alors je décrirais ici sim­ple­ment quelques runs qui nous ont per­mis de tirer notre épin­gle du jeu ; si tant est que ce jeu soit ho­mo­logué ! Aller rider à Macug­nana, ce sont deux op­tions pos­si­bles pour deux spots com­plète­ment dif­férents, Monte Moro et Belvedere. Monte Moro c’est le spot le plus vaste,

LE MONT ROSE EST OM­NIPRÉSENT À MACUG­NANA, C’EST LE DEUX­IÈME PLUS HAUT SOM­MET DES ALPES ET D’EUROPE OC­CI­DEN­TALE.

ac­ces­si­ble avec la télé­cab­ine du Monte Moro qui porte son nom. La ty­roli­enne qui dessert l’en­droit est restée dans son jus depuis sa con­struc­tion en deux tronçons suc­ces­sifs éd­i­fiés re­spec­tive­ment en 1959 et 1962. D’abord une cab­ine d’une con­te­nance d’une ving­taine de per­son­nes max­i­mum, en ver­sion rect­an­gu­laire qui fait un pre­mier ar­rêt à 1 650 m. C’est le seul moyen de re­tour que nous trou­verons compte tenu de l’en­neige­ment (dis­ons… venté). Puis la mon­tée s’en­chaîne dans une sec­onde cab­ine guère plus grande qui nous pose di­recte­ment à 2 800 m d’al­ti­tude. En­tre-temps on a sur­volé une piste de de­scente unique qui fait le tra­jet en­tre 1 650 et 2 800 m, deux téléskis et un télésiège. Tout le reste est à repérer, réfléchir, sen­tir, rider et rêver… Au sor­tir de la ty­roli­enne, un resto d’al­ti­tude, un snow park et sa chill zone, et juste à 100 m au-dessus, la fron­tière italo-suisse dom­inée par la statue de la Madona delle Nevi qui trône au Passo del Monte Moro. Il paraît que cer­tains y font régulière­ment un bout de prière et une proster­na­tion pour im­plorer cette dernière d’en­voyer de la neige en masse…

DÉNIVELÉ À VOLONTÉ

Au dé­part de Passo Moro, le spot est en ver­sion haute mon­tagne. Il suf­fit de con­tourner la gare d’ar­rivée par l’ar­rière et après 20 mètres de marche, on peut chausser et s’en­quiller trois combes suc­ces­sives pour se retrou­ver au mi­lieu de nulle part, face au mont Rose (en­core lui). Le run de Roc­cete Bis déroule sur près de 1 000 m, il faut se laisser glisser légère­ment main gauche pour récupérer en­suite la piste et le télésiège. Ce run se fait as­sez facile­ment à vue depuis la cab­ine pen­dant la mon­tée. Gaffe quand même à ne pas se satel­liser au point de zap­per les rup­tures de pentes et la prox­im­ité du col où le trans­port de neige n’est pas rare. Après avoir ridé ces combes, il est en­core pos­si­ble de dé­caler à droite, c’est Roc­cete. Là aussi le tarif c’est 1 000 m de né­gatif. Sans trop de­scen­dre, il faut en­suite récupérer la piste main gauche, en­core de la grande courbe et du grand large dans une pente régulière. À droite de Roc­cete et à mi-run, s’étire un couloir en­tre deux pans de falaise, un bout de 40° bonne am­biance avec vue sur… le mont Rose. Un petit voy­age à dé­guster tran­quille mais pas trop tard quand même, ori­en­tée est, la pente chauffe vite. Ici c’est bien tran­quille, ce n’est pas la course à la trace. Si on a croisé un seul gonz casqué avec une « Gros pro » et nan­tis de skis larges, même le week-end cela de­vient le bout du monde et per­sonne ne trace. Bien sûr, il est pos­si­ble de de­scen­dre à 1 650 m en pas­sant par les alen­tours de la piste. Au pro­gramme, une en­filade de pe­tites combes et de mini-couloirs délim­ités par des bar­res rocheuses et parsemés de mélèzes. Il faut juste suivre à peu près l’axe de la ligne de la télé­cab­ine, en restant légère­ment à sa gauche, c’est comme ça que ça se passe à Macug­nana Monte Moro. En­suite tant qu’à faire, au­tant s’ar­rêter à la Monte Moro Hutte, chez Cristina ; la gar­di­enne de cette pe­tite ca­bane refuge posée sur une butte à l’écart des pistes face… au mont Rose. Cristina c’est la gar­di­enne, la por­teuse, la serveuse, la cuisinière. C’est celle qui écoute les his­toires des uns et des autres venus sif­fler une bière ici en­tre deux runs. Tan­tôt

celle d’un mec venu faire du carv­ing sur la piste tan­tôt celle d’un barbu venu faire une peau ou en­core celle du run d’un snow­boardeur. À cha­cun son aven­ture. Cristina, elle, pose la bouteille de grappa sur la ta­ble à la fin du repas. À la vue des pho­tos qui traî­nent au-dessus du comp­toir on devine facile­ment que Cristina n’est pas là par hasard, c’est une mon­tag­narde et pas une saison­nière de la Grande Motte venue faire du blé ici cet hiver. Non rien de tout cela, car Cristina, elle, a touché l’Ever­est…

À VOUS D’IMAG­INER LA SUITE

Au sor­tir de la Hutte, si tu n’as pas trop at­taqué la grappa, tu peux pren­dre le télésiège puis le téléski et mon­ter au Passo del Monte Moro. En haut du dernier téléski, il y a juste à bas­culer der­rière pour en­quiller le run de la Mec­chia. Une combe sau­vage ver­sion grand ski, un run in­ter­minable face… au mont Rose. Bien rester main droite pour récupérer la fin de la piste qui te ramène en­suite à 1 650 m. Je ne livre là que le peu qu’on a pu faire mal­gré des con­di­tions déli­cates, sachant que tout le reste est à imag­iner. Et si Monte Moro n’est pas ou­vert, il reste en­core de quoi tracer en al­lant à Belvedere. Belvedere est le sec­ond spot de ski du vil­lage. Deux télésièges ac­crochés à la mo­raine du… mont Rose. Le pre­mier tronçon est aussi plat que la pre­mière ligne de la gon­dola de Gul­marg, il per­met aux clubs de faire du pi­quet et aux débu­tants

UNE EN­FILADE DE PE­TITES COMBES ET DE MINI-COULOIRS DÉLIM­ITÉS PAR DES BAR­RES ROCHEUSES ET PARSEMÉS DE MÉLÈZES.

de goûter aux pre­mières joies du ski. Le sec­ond est plus in­téres­sant car il per­met du bon ride dans les mélèzes. Par­fait pour un jour blanc ou un lende­main de blanc…

Au dé­part de Monte Moro face au mont Rose. À la Hutte chez Cristina, co­chon­naille et grappa de fin de ses­sion.

Bain de poudre à la sor­tie du couloir de Roc­cette.

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