COLOM­BIE - BRI­TAN­NIQUE La fièvre du cat- ski

Ski Magazine - - Canada Trip - Texte Leslie An­thony, traduit de l’anglais (US) par Ro­main Nos­bonne - Pho­tos Mattias Fredriks­son

Ce phénomène qui con­siste à re­join­dre le haut des runs hors-piste avec une dameuse équipée d’une cab­ine ar­rière est né en Colom­bie-Bri­tan­nique (Canada) et ne cesse de s’éten­dre. De plus en plus de skieurs dé­cou­vrent une façon plus re­lax de chas­ser la poudre, avec la con­vivi­al­ité d’une cab­ine et le calme

d’un do­maine réservé à une ving­taine de priv­ilégiés…

Sur les pentes supérieures de Meadow Moun­tains, la scène qui s’of­fre à nous à travers la large baie vit­rée de notre lodge en bois est de celles que l’on ne peut trou­ver qu’en plein coeur de l’hiver, dans la prov­ince cana­di­enne de la Colom­bieBri­tan­nique. Et à coup sûr de celles qu’on ne peut trou­ver que dans ce coin féerique qu’est Selkirk Moun­tains, là où une sai­son avec un cu­mul de neige de 15 mètres est chose nor­male et où les skieurs ai­ment à se retrou­ver au­tour du vieux bar en bois pat­iné pour re­garder la neige tomber à l’ex­térieur. La ter­rasse en bois, pro­fondé­ment en­fouie sous la neige, est en­cadrée par les flèches des sap­ins en­neigés. On ne les iden­ti­fie en tant qu’ar­bres que par leur forme conique et le fait qu’ils forment la lisière d’une forêt givrée qui s’étend jusqu’à l’hori­zon. Audessus, un enchevêtrement de som­mets légendaires et de glaciers forme l’un des plus spectaculaires ter­rains de ski au monde. Des larges combes, des pentes raides, des clair­ières et des lignes de pil­lows pour oc­cu­per les journées. Le dé­part de chaque de­scente of­fre des vues panoramiques sur des mon­tagnes désertes se dres­sant dans toutes les di­rec­tions. Mal­gré la magie na­turelle des lieux, il faut des gens ex­cep­tion­nels pour faire de ces coins per­dus des en­droits aussi uniques dans le monde du ski. C’est en­core plus vrai à Selkirk Wilder­ness Ski­ing, lieu de nais­sance du ski de poudre « pro­lé­tarien ». C’est ici, à une heure et demie au nord de la célèbre ré­gion de Nel­son, dans la chaîne des Koote­nay, près de la pe­tite com­mu­nauté de Meadow Creek, que le cat-ski (qui per­met aux skieurs et snow­boardeurs de re­join­dre les crêtes et som­mets à bord de che­nil­lettes) a été in­venté en 1975 par deux pion­niers, Al­lan et Brenda Drury.

SOM­METS LÉGENDAIRES ET GLACIERS FORMENT L’UN DES PLUS SPECTACULAIRES TER­RAINS DE SKI.

L’HÉLISKI DU PAU­VRE

Au fil des ans, Selkirk Wilder­ness s’est forgé une clien­tèle d’afi­ciona­dos de poudre pro­fonde, à la recherche d’une al­ter­na­tive aux sta­tions bondées et à l’héliski hors de prix. Le con­cept a connu un tel suc­cès qu’il fal­lait réserver son séjour jusqu’à qua­tre ans en avance pour es­pérer avoir une place. D’autres ont suivi leur ex­em­ple et c’est ainsi qu’une véri­ta­ble in­dus­trie est née, d’abord dans les en­vi­rons, puis partout dans le monde. Dans les an­nées 80, le cat-ski s’est forte­ment développé, on l’a alors qual­i­fié avec rai­son d’« héliski du pau­vre ». Il per­met de skier avec des guides ex­péri­men­tés sur les mêmes ter­rains que les héliskieurs pour un coût beau­coup plus ré­duit. Sur plusieurs jours il per­met même sou­vent de skier plus qu’un hélico, car il est moins dépen­dant des con­di­tions météo. Grâce au ry­thme plus cool, on peut passer plus de temps sur le ter­rain, pren­dre le temps d’étudier en dé­tail le relief et sym­pa­thiser avec les autres rideurs pen­dant les mon­tées. Au dé­part, les cen­tres de cat-ski étaient tous très sim­i­laires : un pro­prié­taire skibum vi­sion­naire, un lodge rus­tique et délabré, et une che­nil­lette à la mé­canique capricieuse (en général une vieille dameuse achetée à une sta­tion et amé­nagée pour con­tenir un max­i­mum de skieurs à l’ar­rière). Au­jourd’hui l’of­fre est beau­coup plus large et cha­cun peut trou­ver ce qui lui con­vient en fonc­tion de son bud­get et de ses en­vies. Cer­tains cen­tres sont situés proche des gran­des sta­tions, d’autres sont per­dus dans des coins sauvages. Le lo­ge­ment peut varier de la car­a­vane au pavil­lon lux­ueux avec spa. Il y a ceux où l’on ap­porte sa pro­pre nour­ri­t­ure et ceux où l’on béné­fi­cie d’une cui­sine gas­tronomique et d’une cave bien fournie. Cer­tains sont ac­ces­si­bles en voiture, d’autres unique­ment en bus, en hélico ou en che­nil­lette. Il ex­iste des cen­tres ne pro­posant que des sor­ties à la journée et d’autres que des séjours. La plu­part des cen­tres d’héliski ont di­ver­si­fié leur of­fre et se sont équipés de che­nil­lettes pour pou­voir sor­tir les jours où l’hélico ne vole pas. Le con­cept de cat-ski a

LES IM­AGES DE IS­LAND LAKE ONT CAPTURÉ L’IMAG­I­NA­TION DU PUB­LIC EN MONTRANT LA VARIÉTÉ DES TER­RAINS AC­CES­SI­BLES GRÂCE AU CAT-SKI.

fait du chemin depuis ses racines en Colom­bie-Bri­tan­nique, on peut le pra­ti­quer au Québec, en Oregon, en Utah, au Chili, au Japon, en Italie, en Macé­doine et, depuis cette an­née, en Norvège… Si vous suivez le développe­ment des sports de neige depuis les an­nées 90, il est peu prob­a­ble que vous ig­noriez le phénomène du cat-ski, large­ment ré­pandu grâce aux films et aux pho­tos des mag­a­zines. En la matière, l’in­flu­ence de l’Is­land Lake Catski­ing dans la chaîne du Lizard, près de Fernie (Colom­bieBri­tan­nique) a été énorme : un lieu facile d’ac­cès, des chalets en bois tail­lés à la main, une cui­sine de qual­ité, du très grand ski, un vaste ter­rain de jeu et des pro­prié­taires célèbres : la lé­gende du ski Scott Schmitt et le snow­boardeur Craig Kelly. Les im­ages d’Is­land Lake et de sa poudre in­croy­able ont en­traîné un in­térêt sans cesse crois­sant pour le cat-ski, ce qui a béné­fi­cié à toute l’in­dus­trie et a donné nais­sance chez beau­coup d’en­tre nous au rêve d’ou­vrir un cen­tre de cat-ski. Les im­ages de Is­land Lake ont aussi capturé l’imag­i­na­tion du pub­lic en montrant la variété des ter­rains ac­ces­si­bles grâce au cat-ski, que ce soit des couloirs raides ou du ski de forêt en­tre des ar­bres plus gros que tout ce qu’on pour­rait imag­iner ou en­tre des troncs cal­cinés par des in­cendies. Des sen­sa­tions nou­velles et grisantes qui ne peu­vent qu’at­tirer les skieurs de poudre.

LE PAR­ADIS DE LA POUDREUSE

Le ski à Selkirk Wilder­ness est tout sim­ple­ment par­fait. Lorsque Al­lan et Brenda Drury se sont mis en quête de leur petit coin de par­adis, ils ont pris le temps de par­courir la Colom­bie-Bri­tan­nique hiver comme été, d’ex­plorer le ter­rain en ski de rando, de dormir dans de nom­breuses ca­banes de trappeurs et d’étudier les cartes à fond, à la recherche de la com­bi­nai­son magique as­so­ciant ac­cès facile, neige abon­dante, ter­rain in­téres­sant et varié pour le ski. Les Drury ont trouvé l’en­droit qu’il fal­lait à Meadow Moun­tain et ont acheté leur pre­mière che­nil­lette Bom­bardier quelques an­nées plus tard. En 1975, ils étaient les tout premiers pro­prié­taires au monde d’un cen­tre de cat-ski. La prox­im­ité avec le glacier de Spokane aide

à main­tenir la qual­ité de la neige. Il peut pleu­voir à Nel­son plus au sud alors qu’il con­tinue à neiger ici. De plus, après 37 ans d’ex­ploita­tion, les chemins qu’em­prun­tent les che­nil­lettes sont par­faite­ment en­tretenus et per­me­t­tent des re­mon­tées rapi­des et en douceur, les ter­rains ac­ces­si­bles peu­vent ri­valiser sans com­plexes avec les do­maines d’héliski : le plus haut point se trouve à 2 560 mètres, c’est le point cul­mi­nant du mas­sif. Les jours que j’ai passés ici ont tou­jours été des or­gies de poudreuse et de face shots. Une de­scente de 20 min­utes depuis le cen­tre con­duit à Meadow creek à la pointe nord du lac Koote­nay. Avec ses 200 habi­tants, c’est plus une sta­tion-ser­vice qu’une ville, mais l’his­toire a voulu que cela soit le ground zero du cat-ski. Et c’est à coup sûr l’en­droit du monde où se trou­vent pro­por­tion­nelle­ment le plus d’habi­tants vi­vant du busi­ness du ski de poudreuse. En plus de Selkirk Wilder­ness, on peut y dé­cou­vrir High­land Polder Ski­ing (tenu par un an­cien guide de Selkirk Wilder­ness) et White Griz­zli Ad­ven­ture égale­ment in­spiré par les pion­niers Drury.

Le cat-ski est par­fois ap­pelé l’héliski du pau­vre, mais par une journée comme celle-là,

il n’y a pas de dif­férence.

Back­coun­try Snow­cats est situé près de Hur­ley Pass, non loin de Pem­ber­ton en Colom­bie-Bri­tan­nique. Le lodge est à l’écart de tout, et prend générale­ment plus de neige que sa fameuse voi­sine Whistler, à une heure plus à l’ouest. Jo­han Jon­s­son ap­pré­cie sa de­scente. Des skieurs em­bar­quent après un bon run dans les ar­bres

à Back­coun­try Snow­cats.

En­tre chaque run, on a le temps de se racon­ter des his­toires en­tre skieurs, de manger des cook­ies ou de boire du thé… con­traire­ment à l’héliski.

Le rêve de la très très pro­fonde dans les ar­bres peut se réaliser

au Canada dans un lodge de cat-ski. Jo­han Jon­s­son l’a fait,

et il ne re­grette pas une seule de ses journées avec

Back­coun­try Snow­cats.

Jo­han Jon­s­son prof­ite du ter­rain chez Back­coun­try Snow­cats, près de Pem­ber­ton, en Colom­bie-Bri­tan­nique.

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