LEPETITCOUPDEBLANC

Ski Magazine - - Lepetitcoupdeblanc -

Le vail­lant 4 places non débrayable a été changé cet été pour un en­gin plus moderne, plus rapide, sur un nou­veau tracé. Cela af­fectera sans doute la manière de skier dans la sta­tion, ou pas, en tout cas la vi­sion sur les pentes et la ra­pid­ité d’ac­cès seront mod­i­fiés. Un bout de l’his­toire lo­cale a donc dis­paru de la mon­tagne. Sans som­brer dans la nos­tal­gie, nous voulions mar­quer le coup et ren­dre hom­mage à ce tas de fer­raille qui nous a of­fert tant de bon­heur, ainsi qu’à une tripotée de freerideurs grenoblois. Pen­dant la ma­jeure par­tie de ses 30 ans de ser­vice, le Pouta avait pris l’habi­tude d’ou­vrir as­sez tard dans la journée, en rai­son des dé­clenche­ments com­pliqués des nom­breuses pentes et faces alen­tour. Pour les skieurs, les grosses journées ont donc sou­vent com­mencé par une in­ter­minable at­tente au froid, de­vant la grande perche de bois qui ser­vait de bar­rière, jusqu’à pou­voir en­fin ac­céder au premier siège. On hési­tait tou­jours à « faire une pe­tite piste pour s’échauf­fer » , au risque de rater l’ou­ver­ture, ou à sim­ple­ment déchausser les skis, pa­poter avec les potes, en es­sayant sournoise­ment de rester en pôle po­si­tion pour le mo­ment fa­tidique. De temps en temps, un pis­teur pas­sait avec son sac chargé d’ex­plosifs, lais­sant une première trace pour la bonne cause dans la combe vierge, sous les huées des skieurs qui at­tendaient de pou­voir en faire au­tant. Le stress mon­tait gen­ti­ment, et quand en­fin les fauves étaient lâchés, il y avait dix sec­on­des de pré­cip­i­ta­tion pour choper un siège et… pa­tien­ter en­core. Un gros quart d’heure de mon­tée, c’était juste as­sez pour repérer les traces à faire, et pour éventuelle­ment per­dre ses doigts ou ses or­teils com­pressés dans les chaus­sures ser­rées à bloc. La suite n’était qu’orgie de gran­des courbes et rugisse­ments de bon­heur, la rou­tine. Même aux yeux non ini­tiés, le télésiège révélait facile­ment ses par­tic­u­lar­ités tech­niques, avec le câble de re­tour sur­volant de très haut le tra­jet de mon­tée. Des bottes de pylônes tra­vail­laient en com­pres­sion sur le câble, pour faire passer les sièges mon­tants au plus près d’un ter­rain ac­ci­denté. Une des falaises sur­volée a longtemps at­tiré les yeux des sauteurs de bar­res mais, à ma con­nais­sance, per­sonne n’a ja­mais en­voyé le dou­ble saut avec l’élan scabreux depuis le haut de la brèche d’ac­cès. Peut- être que la dis­pari­tion des pylônes fa­cilit­era le pas­sage ? Le directeur de la sta­tion re­con­naît volon­tiers l’im­por­tance his­torique et sen­ti­men­tale du Pouta, mais n’hésite pas à par­ler de ses faib­lesses tech­niques, de ses pylônes asymétriques, de son tracé sin­ueux et com­pliqué… Au­tant d’as­pects qui ont con­duit à une usure mé­canique pronon­cée avec des coûts d’en­tre­tien élevés. Lors de la dernière an­née de ser­vice, dix véhicules ( ou « sièges » ) ont été sup­primés pour cause de pinces fis­surées… Sur le plan tech­nique, le change­ment était bienvenu. Il a d’ailleurs fa­cil­ité la « grande in­spec­tion » de 2012 avec des con­traintes de con­trôles al­légées. Les gran­des in­spec­tions sont des étapes coû­teuses de la vie des télésièges, obli­ga­toires après 15 ans d’ex­ploita­tion, puis 10 ans, et en­fin tous les 5 ans. Elles im­posent le dé­mon­tage de tous les véhicules, la dé­pose du câble, le dé­mon­tage et la véri­fi­ca­tion de tous les axes des pylônes, des poulies motri­ces et de re­tour. Mal­gré ses faib­lesses, le Pouta a tou­jours

Benj- le- guide prend rarement

des télésièges, mais le Pouta ce n’est pas pareil.

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