La FRA­TER­NITÉ

Ski Magazine - - Édito - Mathieu ROS

Cha­cun a sa façon de voir le ski. Pour cer­tains cela ne se conçoit pas sans poudreuse, sans sauts de bar­res, sans de­scentes ex­trêmes. Pour d’autres il faut un bar cosy, un hô­tel con­fort­able, une sta­tion qui per­met de voy­ager par ses pistes. Il en est qui méprisent tout ce qui n’a pas au moins 100 au patin, se traîne aux re­mon­tées, le « touriste », les vestes dou­blées. D’autres qui ne com­pren­nent pas bien pourquoi on met­trait « 3 couches », de­man­dent en­core un « ski parabolique » et se com­plaisent à déraper leurs courbes en dis­cu­tant à chaque vi­rage avec leurs amis en lunettes de soleil et vis­age blanc de crème. Pour avoir passé pas mal de temps sur les pistes, dans les sta­tions du monde, pour le tra­vail, en famille, ou en­tre amis, j’ai pu faire par­tie de plusieurs de ces tribus, et tou­jours les ob­server avec une acuité semi-pro­fes­sion­nelle. Une chose est frap­pante : qu’on soit un cham­pion, un am­a­teur, qu’on skie en dilet­tante ou en comp­tant chaque sai­son ses journées, chaque skieur est un être hu­main for­mi­da­ble, qui aime laisser aller son corps à la grav­ité, s’ex­tasier sur un som­met, sur la blancheur d’une combe ou sur la ma­jesté d’une forêt, et pren­dre plaisir à ahaner dans le froid, à poser ses fesses sur un télésiège, et à ren­trer le soir au chaud, repu et ex­cité en­core par sa journée. Chaque skieur, je le crois, est un meilleur être hu­main que la moyenne, et fait par­tie, quel que soit son statut, d’une cer­taine fra­ter­nité, de ceux qui savent ce que c’est, de glisser.

© Oskar Enan­der

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