EN­FIN SEUL( S)

Ski Magazine - - Édito - Mathieu ROS

On aime la mon­tagne pour plein de raisons dif­férentes, mais l’une d’elles est quasi uni­verselle­ment partagée, c’est de se retrou­ver « seul au monde », « au-des­sus de tout », dans un en­vi­ron­nement na­turel et sau­vage. Quand la planète se pe­u­ple chaque jour un peu plus, que l’on a tendance à vivre en ville, ur­bains par­fois un peu con­de­scen­dants, notre propen­sion à ac­cepter la promis­cuité décroît ver­tig­ineuse­ment avec l’ap­proche de l’hiver, où le froid nous pousse, juste­ment, au con­tact de nos sem­blables. La mon­tagne en­tre alors en jeu comme un refuge, en tout cas sous nos lat­i­tudes où les déserts sont rares. Car ici, près des som­mets austères, sur ces hau­teurs his­torique­ment con­quises très tard, et très parci­monieuse­ment, on peut at­tein­dre une cer­taine quié­tude, qu’on soit d’un na­turel mis­an­thrope, ana­chorète des cimes, ou sim­ple­ment que, le temps d’une journée de ski, on souhaite se retrou­ver dans sa bulle de skieur, à la mon­tée comme à la de­scente. Les peaux de phoque qui se démocra­tisent en té­moignent, mais cette prop­a­ga­tion a aussi son re­vers, et le puriste pourra râler, dé­plorer que « sa » mon­tagne, « son » coin, est as­sailli par les « touristes », les « étrangers ». At­ten­tion, alors, à se garder des général­i­sa­tions et rap­pelons-nous que la mon­tagne est vaste et ses adeptes somme toute très peu nom­breux. Il suf­fit de faire sa trace, et d’ac­cepter que d’autres suiv­ent. Car ceux-là, comme nous, l’ai­ment, et l’es­sen­tiel est de savoir la partager. Ainsi, seule­ment, saurons-nous ap­précier les autres, tous seuls ensem­ble.

Matilda Rapaport à En­gel­berg. © Oskar Enan­der

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