SKIER DANS LA POUDRE

Une rubrique di­dac­tique à suivre dans chaque numéro pour mieux skier, avec des con­seils tech­niques il­lus­trés. Premier épisode : com­ment bien skier la poudreuse ?

Ski Magazine - - Actus - Texte & photos Boris Du­four

UN PEU D‘HIS­TOIRE

Skier dans autre chose que la poudre n’est pas na­turel. Que les choses soient claires : le dam­age des pistes n’a été in­venté que pour fa­ciliter la vie aux mau­vais skieurs. Par la suite, le ski de piste est de­venu la norme, et le matériel est de­venu de moins en moins adapté au ski hors-piste. Heureuse­ment, les modes freeride puis freerando, comme le monoski et le snow­board avant elles, ont remis la poudre sur le de­vant de la scène. Au­jourd’hui, les sta­tions vendent des kilo­mètres de boule­vard damés avec au cat­a­logue des photos de poudre qui vole, ce qui prouve en­core que la piste n’est qu’une per­ver­sion du plaisir de la glisse sur la neige que tout skieur recherche.

QUEL MATOS ?

Deux mots sont de vrais faux amis quand on parle de skis de poudre : largeur et dé­jaugeage. Le choix de la largeur des skis est d’abord une ques­tion de cul­ture et dépend des en­vies de cha­cun. On peut très bien godiller en skis fins, mais dès qu’on veut al­longer la courbe, flot­ter, dériver, slasher, la largeur a claire­ment dé­mon­tré ses bi­en­faits. Avec 105 mm sous le pied, on a de quoi s’amuser dans la poly­va­lence. À 115, on peut par­ler de vrai freeride, et quand on es­saye un 120 mm ou plus, on peut dé­cou­vrir un autre monde. Cepen­dant, la largeur ne sert à rien sans un shape adapté, et c’est là qu’on peut par­ler du dé­jaugeage. Dans l’es­prit col­lec­tif, le dé­jaugeage, c’est faire sor­tir la spat­ule de la neige, la car­i­ca­ture étant un ski déséquili­bré vers l’ar­rière, in­ca­pable de se poser à plat sur la poudre, avec la spat­ule qui flotte et le talon an­cré tout au fond. Ça marche plutôt bien pour une godille sautil­lée, mais c’est to­tale­ment in­epte quand on veut al­longer la courbe. Au lieu du dé­jaugeage, mieux vaut par­ler de por­tance, soit la ca­pac­ité du ski à se poser bien à plat sur la neige, comme une planche de surf sur l’eau, sur la base d’une spat­ule plutôt longue et ten­due, pas trop relevée, avec un max­i­mum de por­tance sous les pieds du skieur : le ski de poudre par­fait est tout l’in­verse d’un ski parabolique (on se rap­pelle du Spat­ula de Shane McCon­key chez Volant !). Dans la vraie vie, si on n’a pas un ski réservé pour la poudre, il fau­dra trou­ver un com­pro­mis en­tre cette forme idéale et une forme poly- valente qui pourra marcher dans les neiges plus fer­mes ou damées. Il y a au­tant de com­pro­mis que de skis, c’est pour ça qu’on les dé­cor­tique dans nos tests...

POINTS CLÉS TECH­NIQUES

Skier dans la poudre, c’est d’abord de la douceur, une den­rée rare. Chaque flo­con se re­specte, chaque trace doit être une oeu­vre d’art. Ou pas... Comme un artiste, il faut com­mencer par choisir la forme qu’on veut dessiner : dix pe­tits vi­rages godil­lés sont-ils une manière de « mieux prof­iter de la pente » que trois grandes courbes ? À cha­cun sa réponse ! On n’utilise pas la même tech­nique pour faire des pe­tits vi­rages ou des courbes plus longues, mais le point com­mun est qu’on flotte sur quelque chose de mou et soyeux, en es­pérant en tirer un ap­pui solide, ce qui n’est pas gagné. On n’est pas sur du car­relage, ce n’est pas la peine d’ap­puyer sur la carre, d’ailleurs on pour­rait presque s’en passer. Il faut penser aux sur­feurs sur l’eau : c’est la vitesse qui donne de la con­sis­tance à la matière, c’est la por­tance du ski qui donne de l’ap­pui. Si on ap­puie trop sur l’ar­rière ou trop sur

l’avant, la planche s’en­fonce sans of­frir de re­bond, on coule. Avec un ap­pui équili­bré, toute la sur­face du ski par­ticipe à la por­tance, on récupère une poussée ferme et franche qu’il suf­fit en­suite d’ori­en­ter dans le sens voulu. Pour des pe­tits vi­rages, ce n’est pas la peine d’es­pérer forcer le pivot si le ski est co­incé sous la neige, on a be­soin de sor­tir le ski avant de tourner. Tout com­mence donc par un ap­pui franc vers le bas, pour obtenir le re­bond équiv­a­lent vers le haut, tourner pen­dant cette phase d’al­lège­ment, puis en­chaîner. Plus on va vite, plus ce tra­vail va s’ori­en­ter sur le côté au lieu de l’axe ver­ti­cal : en pous­sant la neige avec le ski, on crée un ap­pui latéral, comme un vi­rage relevé qui per­met de con­duire la courbe. Là en­core, si on n’ap­puie que sur l’ar­rière, le vi­rage relevé va s’ef­fon­drer, on va obtenir un freinage plus qu’une con­duite de courbe. Pour ar­rondir la courbe, on a bien be­soin de toute la por­tance du ski, il faut ap­puyer sur l’avant au­tant que sur l’ar­rière, et la ré­par­ti­tion de sou­p­lesse fera le reste en dé­for­mant les ex­trémités du ski au rayon voulu. Une fois qu’on a com­pris tout ça, l’es­sen­tiel reste de tout ou­blier. Laisser filer les skis à l’in­stinct, au plaisir. À la fin, il restera sur la neige une belle trace ronde et ry­th­mée, une oeu­vre d’artiste.

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