LE RÊVE D’ICARE

Skieur Magazine - - Edito -

Les J. O. sont pas­sés mais à l’heure d’écrire ces lignes, ils com­mencent à peine. Pour­tant, pour le ski, ces olym­piades au­ront vu souf­fler un vent nou­veau ve­nu du free­style, avec en prime des bosses et du ski­cross, le pipe et le slo­pe­style olym­pique. Au­tant dire que le free­style a au­tant de dis­ci­plines que l’al­pin, une réa­li­té pas si fa­cile à ima­gi­ner il y a peu. Si l’on colle à l’his­toire ré­cente du pe­tit monde du ski, c’est un juste re­tour des choses vu l’ap­port de ces dis­ci­plines dans la dy­na­mique qui a pré­va­lu cette der­nière dé­cen­nie. Si l’on s’en tient en re­vanche à l’éter­nelle maxime qui vou­drait que l’olympisme « fasse du bien au sport » , on peut dis­cu­ter… En par­tant du prin­cipe que tout s’est bien pas­sé, que de beaux cham­pions ont bel et bien oc­cu­pé les places des dif­fé­rents po­diums, on peut à coup sûr af­fir­mer qu’ils au­ront bien fait de faire le dé­pla­ce­ment, que leur rêve olym­pique est bien de­ve­nu une réa­li­té. Mais pour la dy­na­mique du sport ? Certes, le grand pu­blic ( une par­tie du moins) va sa­voir que ces dis­ci­plines existent. Certes, les mé­daillés au­ront, le temps d’une vi­site à l’Ély­sée, une belle mé­daille en cho­co­lat avec le sta­tut de spor­tif de haut ni­veau et les avan­tages qui en dé­coulent. En re­vanche, il ne faut pas dou­ter que les moyens vont s’orien­ter uni­que­ment au­tour de ce ren­dez- vous, une fois tous les quatre ans. Avec l’or olym­pique, le ski free­style risque de perdre ses va­leurs dé­ca­lées qui fai­saient son suc­cès, son at­trait, ce ci­ment qui a bâ­ti les X- Games, le Dew Tour, etc., des épreuves dé­jà mises à mal : une seule épreuve aux US pour les deux an­ciennes tour­nées al­ter­na­tives et, comme s’il fal­lait une preuve sup­plé­men­taire, la dis­pa­ri­tion dé­jà en­té­ri­née du ski­cross de leur pro­gramme, quelques an­nées après sa pre­mière ap­pa­ri­tion aux J. O… Mé­fions- nous donc des phrases toutes faites, qui jean­re­né­go­da­risent le sport, qui font qu’il n’y a plus que la mé­daille tri­co­lore qui compte, que tout le reste n’est qu’échec. Évi­dem­ment, il est lo­gique que les Ke­vin Rol­land et les To­to Krief veulent l’or olym­pique, qu’ils se soient pro­gram­més pour ten­ter de l’ob­te­nir : ils sont com­pé­ti­teurs ! Qu’ils trustent le po­dium pour mon plus grand bon­heur, là n’est pas la ques­tion. « Gou­ver­ner, c’est pré­voir » et dans l’af­faire, les ga­gnants sont les fé­dé­ra­tions qui gonflent leur quo­ta de dis­ci­plines olym­piques et donc, leur poids po­li­tique et les sommes al­louées par le Mi­nis­tère. Pas sûr qu’il y en ait d’autres. Pour­tant, on ne peut pas dire que le dé­ve­lop­pe­ment du free­style leur doit beau­coup. J’ai peur que le free­style olym­pique soit un peu comme la pa­ra­bole du rêve d’Icare : à s’ap­pro­cher trop près du so­leil, on risque de se brû­ler les ailes et tom­ber à pic… J’es­père me trom­per mais les faits me donnent dé­jà rai­son. En fait, la vé­ri­table in­ter­ro­ga­tion sur cette chute an­non­cée de­meure sur la qua­li­té de la ré­cep­tion, comme tou­jours dans ces dis­ci­plines : entre l’im­pact plein fer sur le co­ping et le lan­ding ve­lours, la pa­lette est large. À suivre donc.

Ci- contre, An­ders Backe en wall­ride

au pied du trem­plin olym­pique de Lille­ham­mer, de­vant la flamme.

En cou­ver­ture : © Jé­ré­my Ber­nard ® Sam Fa­vret au gla­cier

de Toule Cha­mo­nix

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