La ri­deuse fran­çais re­vient sur son seg­ment ur­bain “Playground”

LA SAI­SON PAS­SÉE, LA FREESTYLEUSE FRAN­ÇAISE CO­LINE BAL­LET-BAZ S’EST AU­TO­RI­SÉ UNE PE­TITE PA­REN­THÈSE DANS SON CA­LEN­DRIER DE COM­PÉ­TI­TIONS AFIN DE RÉA­LI­SER LE PRO­JET VI­DÉO QUI LUI TE­NAIT À COEUR, L’OC­CA­SION POUR ELLE DE SE METTRE AU DÉ­FI DANS UN UNI­VERS PAS F

Skieur Magazine - - SOMMAIRE -

S’il y a bien une chose à la mode de­puis quelques an­nées dans le mi­lieu des sports al­ter­na­tifs, ce sont les édits de ri­deurs. On en bouffe à lon­gueur de jour­née, 365 jours par an, la faute à toutes ses pla­te­formes vi­déo qui dif­fusent jusque dans nos poches mais aus­si à tous ces nou­veaux moyens de pro­duc­tion de­ve­nus presque aus­si fa­ciles d’uti­li­sa­tion que mon­ter le jouet d’un oeuf Kin­der... Ces édits sont par­fois le fruit d’une simple ses­sion à la fer­me­ture du park tran­quille entre potes au cou­cher de so­leil, sur trois mo­dules shoo­tés sous tous les angles avec un re­flex bon mar­ché, as­sai­son­nés de deux ou trois images li­fe­style et le tout mon­té sur un tube du mo­ment re­mixé fa­çon ghet­to. Il y a quand même un peu de tra­vail né­ces­saire, en tout cas, bien plus que tous ceux qui osent écrire « sea­son édit » sur trois rushes in­ter­mi­nables en ca­mé­ra em­bar­quée. À l’ex­trême op­po­sé, on re­trouve les bour­reaux de tra­vail, ceux qui, avant même que la neige ne soit tom­bée, ont lar­ge­ment ré­flé­chi au concept de l’édit sai­son­nier. On fi­nit même par l’ap­pe­ler « pro­jet » ou « film court » tant rien ne semble avoir été lais­sé au ha­sard, sur­tout lorsque le scé­na­rio prend le des­sus. Dans le lot, on peut bien en­ten­du ci­ter Candide et sa série des One of those days, Ke­vin Rol­land avec Fast For­ward, mais aus­si des for­mats mi­longs (aux alen­tours de 15 mi­nutes) avec One de Tom Wal­lisch ou en­core The Sam­my C Pro­ject du sieur Carl­son. Mais le film sai­son­nier n’est pas seule­ment mas­cu­lin puisque ces dames, n’ayant pas tou­jours une place de choix aux cô­tés des mâles dans les grosses pro­duc­tions an­nuelles, se sont aus­si mises à la vi­déo, for­mat long ou for­mat court. On se sou­vient du do­cu­men­taire de Ma­rie Mar­ti­nod Au nom des miens, su­per­be­ment mis en image par Laurent Jamet, ou en­core de ce­lui de la frees­kieuse An­ge­li Van­laa­nen, Ly­me­light, au su­jet de son com­bat contre la ma­la­die de Lyme.

Mais tout ce­la reste fi­na­le­ment très backs­tage et li­fe­style, avec quelques images d’ac­tions et outre les purs édits re­grou­pant les meilleurs shots ré­col­tés çà et là sur les com­pé­ti­tions ou events à droite à gauche, rares sont les filles qui dé­cident de se lan­cer seules dans la vraie ga­lère d’un film con­çu de toutes pièces, de la re­cherche des par­te­naires à celle du ca­mé­ra­man, en pas­sant par le lis­ting des spots et des dates à mettre sur le ca­len­drier. Alors quand la Fran­çaise

Co­line Bal­let-Baz nous a ex­pli­qué vou­loir réa­li­ser un édit fé­mi­nin 100 % street, on a sau­té sur l’oc­ca­sion pour plu­sieurs rai­sons : Co­line est une fille gen­tille, mo­ti­vée et sé­rieuse, par­mi les meilleures free­sty­leuses fran­çaises. De plus, elle est plu­tôt à l’aise dès qu’il s’agit de pon­cer un rail ou un mu­ret, ne re­chigne pas à la tâche et même si elle prend de sa­crés car­tons (tout le monde la re­voit man­ger le knole du Nine Queens sur son énorme double back­flip), elle se re­lève gé­né­ra­le­ment as­sez bien... Der­nier ar­gu­ment de taille, quoique lé­gè­re­ment sexiste : c’est une fille, qui veut faire un édit de street, donc a prio­ri, exit le cô­té bim­bo ob­jet « je suis trop belle donc pas be­soin de trop gra­ber ni dé­col­ler » et bon­jour la grosse paire de trucs entre les jambes car tous ceux qui se sont un jour es­sayés au street savent que les boîtes se paient très sou­vent bien plus cher que sur la neige.

Avec Playground, Co­line nous prouve qu’il n’est donc clai­re­ment pas fa­cile de réa­li­ser l’édit de rêve, en­core plus dans une pra­tique comme le street qui de­mande beau­coup de pa­tience et d’en­ga­ge­ment. Alors il y au­ra ef­fec­ti­ve­ment des dé­çus qui s’at­tendent à voir un édit digne de ce­lui d’un Tom Wal­lisch, la jupe et le ma­quillage en plus, mais ce Playground a le mé­rite d’exis­ter et s’im­pose comme un beau pre­mier ef­fort de la part de la fran­çaise, dont on es­père voir une suite dès que pos­sible.

Skieur Ma­ga­zine : D’où t’est ve­nue cette idée sau­gre­nue de vou­loir te lan­cer dans un pro­jet vi­déo 100 % street ? Tu vou­lais prou­ver que les filles en avaient aus­si ou tu te sens juste plus à l’aise dans cette pra­tique ?

Co­line Bal­let-Baz : J’ai tou­jours fait un peu de street de­puis mes dé­buts en ski, no­tam­ment avec les potes de la Hip­py Fa­mi­ly et c’est un cô­té du ski qui m’a tou­jours plu car tout est plus in­tense : l’ap­pré­hen­sion avant de tes­ter un spot, les ef­forts qu’il faut four­nir pour pla­quer un trick, puis la joie d’ob­te­nir un shot. Le cô­té « ar­tis­tique » du street me plaît aus­si car on sort des sen­tiers bat­tus donc les pos­si­bi­li­tés sont im­menses. La qua­li­té du shot ré­side à la fois dans l’ori­gi­na­li­té et la dif­fi­cul­té du spot et dans le trick en lui­même. En­fin, j’ap­pré­cie le fait que ce soit un réel tra­vail d’équipe, ce qui ra­joute beau­coup de sa­veur je trouve.

SM : Com­ment s’est dé­rou­lée cette sai­son de shoo­ting : tu avais re­pé­ré des spots et tu sa­vais pré­ci­sé­ment ce que tu vou­lais mettre dans la boîte ?

CBB : Pour cette sai­son, l’aide d’Er­wan (Pe­lis­set, le fil­meur) a été pré­cieuse, car il avait déjà shoo­té beau­coup de street dans les Alpes et il connais­sait pas mal de spots, contrai­re­ment à moi si ce n’est quelques-uns au­tour de Gre­noble, ra­re­ment ex­ploi­tables du fait du manque de neige. Au dé­part, la liste des spots était plu­tôt courte mais elle s’est vite étof­fée au fil de la sai­son, et il y en a plein que l’on n’a pas eu l’oc­ca­sion de ri­der fi­na­le­ment. Évi­dem­ment, on a eu quelques dif­fi­cul­tés à cause du manque de neige en fé­vrier ou parce qu’il est dif­fi­cile de se rendre dans les grandes sta­tions à cause des va­cances sco­laires. En avril, les condi­tions au­raient pu être bonnes et nous avions du temps pour shoo­ter mais mal­heu­reu­se­ment, je me suis ou­vert le ge­nou sur un caillou en ré­cep­tion dès le pre­mier jour, ce qui a mis fin à nos shoo­tings pour cette sai­son. J’étais bien dé­goû­tée, sur­tout vu les quan­ti­tés de neige qui sont tom­bées… À part ça, en une di­zaine de jours de shoo­ting, je pense que nous avons plu­tôt eu de la chance sur les dif­fé­rents spots puis­qu’on ne s’est fait vi­rer qu’une fois.

SM : Quelles sont les dif­fi­cul­tés à réa­li­ser un tel film ? N’est-ce pas trop dif­fi­cile de vendre à tes par­te­naires un pro­jet street, en gros une énorme niche dans le free­style, en sa­chant que le free­style bat déjà de l’aile chez les fa­bri­cants et qu’on lui pré­fère plu­tôt la free­ran­do par exemple ?

CBB : Je di­rais que les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés ren­con­trées ont été re­la­tives à l’or­ga­ni­sa­tion. Trou­ver des dates qui conviennent à tous en es­pé­rant que les condi­tions soient bonnes, puis dé­ci­der du spot. On a sou­vent pas­sé des soi­rées en­tières avec Er­wan et Da­vid (Ma­la­cri­da, le pho­to­graphe), à choi­sir le spot du len­de­main. Heu­reu­se­ment que les gars étaient très mo­ti­vés et ont tou­jours ré­pon­du pré­sents, mer­ci à eux ! Si­non je ne di­rais pas que ce pro­jet a été par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile à vendre, l’idée est ve­nue avec Mons­ter puis Pic­ture et Völkl ont tout de suite ré­pon­du pré­sents pour le sup­por­ter. Peu­têtre est-ce dû au fait que ce genre de pro­jet est en­core peu ré­pan­du par­mi les ri­deuses, mais plus pour long­temps j’es­père !

SM : Quels sont tes meilleurs sou­ve­nirs sur ce film, et à l’in­verse, les pires mo­ments ?

CBB : Des meilleurs sou­ve­nirs, il y en a beau­coup, ne se­rait-ce que ren­trer le soir avec un shot dans la boîte ! Un spot m’a vrai­ment mar­quée, le close out à Saint-Ni­co­las-la-Cha­pelle, le qua­trième jour de ride donc avec pas

mal de fa­tigue. Après trois heures d’es­sais ra­tés sous la neige, je com­men­çais à déses­pé­rer, puis j’ai chan­gé de trick et c’est ren­tré en­fin, 30 se­condes avant que la ca­mé­ra d’Er­wan ne s’éteigne à cause de toute la neige... Un couple qui ha­bi­tait au-des­sus du spot nous a en­suite gen­ti­ment in­vi­tés à boire un thé au chaud, un mo­ment très sym­pa pour fi­nir une se­maine plu­tôt in­tense ! À l’in­verse, le pire mo­ment de cette sai­son en street a sans au­cun doute été ma pe­tite bles­sure au ge­nou en avril, quand nous avons dû re­non­cer à toutes les ses­sions pré­vues alors que j’avais en­core plein d’idées de spots et de tricks en tête, très frus­trant sur­tout au vu de toute la neige qui tom­bait !

SM : Tu se­rais par­tante pour une ver­sion 2 de Playground ? Com­ment fe­rais-tu les choses ?

CBB : Com­plè­te­ment par­tante, il y a tel­le­ment de choses à faire et à ap­prendre en street, je ne veux pas m’ar­rê­ter là, c’est sûr. Je ver­rais peu­têtre un pro­jet avec plu­sieurs ri­deur(euse)s. Je me suis ren­du compte cette an­née que ri­der les spots seule a par­fois été dur et heu­reu­se­ment que Ma­rion (Haer­ty) et Max (Meu­nier) sont ve­nus avec nous sur quelques ses­sions, c’était tel­le­ment plus mo­ti­vant d’être avec eux pour ri­der.

SM : Tu es en­core jeune, en pleine pro­gres­sion donc on te ver­ra en Co­rée en 2018 ou tu pré­fères te consa­crer sur l’image, faire ton bout de che­min en pre­nant ce qu’il ya à prendre et puis re­tour­ner à la vie nor­male ?

CBB : Jeune, ahah, mer­ci ! Eh bien l’an­née pro­chaine se­ra plus orien­tée com­pé­ti­tion. En ef­fet, nous avons une nou­velle équipe de France qui dé­chire, donc j’ai hâte de skier et voya­ger avec eux la sai­son pro­chaine, en es­pé­rant une qua­li­fi­ca­tion pour la Co­rée en 2018. Puis j’ai­me­rais beau­coup re­par­tir dans un pro­jet street, pour­quoi pas juste après les JO, mais rien de pré­cis pour le mo­ment. Dans tous les cas, j’ai en­core plein d’idées en tête pour le ski, j’es­père que le re­tour à la vie nor­male ne se­ra pas pour tout de suite !

SM : Penses-tu que les Jeux olym­piques ont chan­gé quelque chose dans le free­style fé­mi­nin ? Et dans le free­style mon­dial plus gé­né­ra­le­ment ?

CBB : Sans avoir trop étu­dié la ques­tion, il me semble que l’im­pact des JO a été plus ou moins le même entre les filles et les gars : plus de mé­dia­ti­sa­tion du sport donc plus de pra­ti­quant(e)s, plus d’or­ga­ni­sa­tion, avec de nom­breux clubs, co­mi­tés et équipes na­tio­nales qui se sont créés, et un es­prit peut-être plus orien­té vers la com­pé­ti­tion que la vi­déo chez beau­coup de jeunes qui com­mencent le free­style. Après, sa­voir si ce­la a ap­por­té quelque chose spé­ci­fi­que­ment au free­style fé­mi­nin, je ne sais pas...

SM : D’ailleurs, la der­nière fois que l’on t’a eue en in­ter­view, on par­lait du ni­veau fé­mi­nin en free­style, qui était en gros dé­ca­lage avec ce­lui des hommes. Qu’en est-il ac­tuel­le­ment, 3 ans plus tard ? J’en pro­fite éga­le­ment pour te de­man­der si Kel­ly Sil­da­ru te fait peur main­te­nant qu’elle a l’âge pour concou­rir chez les adultes...

CBB : Il me semble que ces der­nières an­nées le ni­veau fé­mi­nin a clai­re­ment aug­men­té, avec de plus en plus de ro­ta­tion, mais sur­tout de plus en plus de style, et bien plus de filles qui en­voient. Quant à Kel­ly, il est clair que c’est un vrai pro­dige, elle a un ni­veau de fou et ça risque de faire mal en com­pète dans les an­nées à ve­nir !

SM : Pour ter­mi­ner, si tout de­vait s’ar­rê­ter du jour au len­de­main, que fe­rais-tu ?

CBB : Deux do­maines m’in­té­ressent par­ti­cu­liè­re­ment d’un point de vue pro­fes­sion­nel, la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et le tra­vail so­cial, via des as­so­cia­tions ou des ONG. Il y a tel­le­ment à faire dans ces deux do­maines, alors j’es­père pou­voir m’in­ves­tir là-de­dans quand j’ar­rê­te­rai le ski. De quelle ma­nière ? Je ne sais pas en­core, je ver­rai le mo­ment ve­nu...

Ci des­sus : Da­vid : « Ah ce fa­meux rail de Flu­met déjà fil­mé et pho­to­gra­phié maintes et maintes fois. La pre­mière fois, il y a quelques an­nées, j’ac­com­pa­gnais les fran­gins Col­let et Stef Can­dé, pour un shoo­ting/cours pho­to­gra­phique. Cette fois, j’étais seul, un flash qui meurt avant de com­men­cer et deux filles à pho­to­gra­phier. Peut-être est-ce ces pa­ra­mètres ou l’ex­pé­rience, mais mes pho­tos sont bien meilleures que la der­nière fois… » Co­line : « Sur ce spot on a eu le droit à une ses­sion vrai­ment sym­pa, avec un rail agréable à ri­der, des pas­sants qui s'ar­rê­taient pour dis­cu­ter, et la chance de ne pas s'être fait vi­rer, car le spot était en plein mi­lieu du vil­lage! Le rail n'était sû­re­ment pas l'un des plus vi­suels mais Da­vid a su ex­ploi­ter ce qui l'en­tou­rait au maxi­mum. »

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