La fine équipe au Nord, épau­lée par Vic­tor Muf­fat-Jean­det et Jean-Mi Goua­din

AU PRIN­TEMPS DER­NIER, L’ÉQUIPE DE BON AP­PÉ­TIT, LES FA­MEUX WEBISODES À SUC­CÈS QUI DONNENT EN­VIE DE SKIER QUELLES QUE SOIENT LES CONDI­TIONS, S’EST OF­FERT UN TRIP AU BOUT DU MONDE. AVANT DE LE DÉ­COU­VRIR TRÈS BIEN­TÔT EN IMAGES QUI BOUGENT, JÉ­RÉ­MY BER­NARD NOUS

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Ins­tan­ta­né­ment, l’odeur me sai­sit le nez, Fa­bien nous avait pour­tant pré­ve­nus... À peine sor­ti du van ga­ré de­vant la ferme que déjà l’odeur s’ac­croche au fond de ma gorge, une odeur acide, âcre, mé­lange de pois­son pour­ri, de viande dau­bée mâ­ti­née d’un ar­riè­re­goût d’am­mo­niac… Je pique le cube blan­châtre qui se trouve de­vant moi sur la table et l’en­fourne dans ma bouche : stu­peur, gri­mace, nau­sée, dé­goût : rien ne m’est épar­gné en sen­tant ce bout de re­quin au fond de ma bouche. C’est tout sim­ple­ment im­man­geable ! Même une bonne gor­gée de Bren­nivín (l’al­cool fort lo­cal type pe­tite poire de grand-pa­pa) n’ar­rive pas à cou­vrir le goût, c’est dire… Cette spé­cia­li­té is­lan­daise qui fe­rait passer le ca­su mar­zu pour du Ki­ri est en fait du re­quin du Groen­land fai­san­dé, plus com­mu­né­ment ap­pe­lé Há­karl. Ce goût étrange ve­nu d’ailleurs s’ex­plique par le fait que le re­quin, dé­pour­vu de sys­tème uri­naire, doit éva­cuer son urine par la peau, la trans­pi­rer en quelque sorte. Du coup, le fort taux d’acide urique dans sa chair de­vient un poi­son pour l’homme. C’est une sorte de chair de re­quin sa­tu­rée en am­mo­niac que l’homme, dé­ci­dé­ment ja­mais à court d’idées, a domp­tée après l’avoir dé­cou­pée en mor­ceaux, en­ter­rée dans des caisses en bois (entre 6 à 8 se­maines), puis sé­chée sous un porche en ex­té­rieur (de 4 à 6 se­maines). Sui­vant ce pro­cé­dé, la chair pour­rit et éli­mine ain­si l’aci­di­té, ce qui la rend co­mes­tible, mais tou­jours pas man­geable dans le sens gus­ta­tif du terme...

Bien­ve­nue en Is­lande et bien sûr : bon ap­pé­tit !

Lorsque la fine équipe de Bon Ap­pé­tit s’en­gage à faire un mé­ga épi­sode, ils sortent la grosse ar­tille­rie. C’est donc tout na­tu­rel­le­ment que vos ser­vi­teurs Fab Maier- ho­fer et Vic­tor Ga­lu­chot s’arment de leurs vieux com­pa­gnons de ga­lère, Jean-Mi Goua­dain aka « la Lé­gende » (que l’on ne pré­sente plus), mais aus­si le jeune fou­gueux Vic­tor Muf­fat-Jean­det aka « Su­per To­tor », ren­du cé­lèbre suite à ses mul­tiples éclats sur le cir­cuit de coupe du monde de ski al­pin. Des­ti­na­tion l’Is­lande, ce pays froid où le vent te glace les mous­taches en une frac­tion de se­conde, où la nuit règne en maître de no­vembre à mars et où les vi­kings me­surent tous trois têtes de plus que toi...

L’Is­lande, si­tuée à cinq heures de vol de Genève (vol di­rect Genève-Reyk­ja­vik), gros­so mo­do entre la Nor­vège et le Groen­land, est connue pour ses pay­sages et ses lu­mières à cou­per le souffle, mais aus­si ses va­leu­reux vi­kings, la bière, le froid et le mau­vais temps qua­si per­ma­nent. Alors si vous vou­lez rendre vi­site à ce peuple du nord, pré­fé­rez net­te­ment le K-Way et une grosse po­laire aux Flip­flops, même en plein été ! Pa­role de scout. Les ba­gages ré­cu­pé­rés, il ne nous manque plus que la pièce maî­tresse de tout road trip digne de ce nom, un van. Fab ayant tout pré­pa­ré de­puis la France, quelques échanges de pa­piers et de ra­pides si­gna­tures suf­fisent à ré­cu­pé­rer notre pré­cieux sé­same. Ne reste plus qu’à prendre la route, la neige n’at­tend

pas. Il faut re­joindre le nord au plus vite. Une seule route prin­ci­pale fait le tour de l’île, il est fa­cile de trou­ver son che­min. Bous­soles poin­tées vers le nord, Si­gluf­jör­dur, notre point de chute et Q.G., est re­joint en quelques heures. La route du nord se des­sine à tra­vers d’im­menses plaines d’herbe où gam­badent d’in­nom­brables che­vaux, les fa­meux che­vaux is­lan­dais, courts sur pattes, qui res­semblent à des po­neys et broutent l’herbe à tra­vers tout le pays, cri­nière au vent. Nous tra­ver­sons un nombre in­cal­cu­lable de ri­vières et plus nous nous rap­pro­chons du nord, plus les mon­tagnes sont om­ni­pré­sentes. Les pay­sages s’en­chaînent, par­fois lu­naires, genre « seul sur Mars » avec de la roche vol­ca­nique vieille de plu­sieurs mil­liers d’an­nées à perte de vue, tan­tôt de grandes val­lées au vert écla­tant jon­chées de fa­laises fa­çon Sei­gneur des an­neaux. Il y en a pour tous les goûts. C’est sans comp­ter sur l’aide du so­leil jouant à cache-cache der­rière les énormes nuages ve­nus de la mer qui illu­minent ce ta­bleau de mille feux : un spec­tacle gran­deur na­ture ! Tout y passe : les quatre sai­sons en dix heures de route. De la pluie, de la neige, du so­leil, du vent mais rien n’ar­rête notre van qui fend la bise comme une flèche trans­per­ce­rait le coeur d’une biche, ce qui nous per­met de re­joindre Si­gluf­jör­dur en dé­but de soi­rée sous une belle tem­pête de neige. Les rues sont dé­sertes, pas l’ombre d’une vie. Po­sé au fond d’un fjord, le vil­lage comp­tait ja­dis un peu plus de 3 000 ha­bi­tants, à l’époque de l’âge d’or de la pêche au ha­reng. Au­jourd’hui, moins de 1 000 ha­bi­tants demeurent ici et tout semble s’être fi­gé dans le temps. Il nous faut d’ailleurs quelques mi­nutes pour trou­ver le pre­mier au­toch­tone mais l’avan­tage ici, c’est que tout le monde parle un an­glais par­fait, ce qui fa­ci­lite gran­de­ment la com­mu­ni­ca­tion. C’est donc après quelques al­lers­re­tours dans le vil­lage et dis­cus­sions avec les lo­caux que nous trou­vons notre che­min vers notre Q.G. L’hô­tel étant beau­coup trop cher pour nos faibles fi­nances, il a fal­lu trou­ver une so­lu­tion éco­no­mique : un ap­par­te­ment. Fa­bien ex­plique qu’après de nom­breuses re­cherches in­fruc­tueuses, il a réus­si à trou­ver ce lo­ge­ment grâce à l’am­bas­sa­drice de Ma­cé­doine. Al­lez com­prendre…

La ré­gion du nord est un en­droit on ne peut plus pro­pice pour un beau trip de ski. Dans tous les fjords de la côte se dressent des mon­tagnes, pou­vant at­teindre jus­qu’à 1 200 m d’al­ti­tude, qui se jettent di­rec­te­ment dans la mer. C’est somp­tueux, au­cune sta­tion de ski dans les alen­tours mais des mon­tagnes qui s’étendent à perte de vue, avec tou­jours en fond la mer du Groen­land. Les pos­si­bi­li­tés sont in­fi­nies et les mon­tagnes fa­ciles d’ac­cès, au­tant à la mon­tée qu’à la des­cente pour des dé­ni­ve­lés rai­son­nables. Si vous avez la forme, il est en­vi­sa­geable d’ima­gi­ner se faire une ran­do le ma­tin pour le pe­tit-déj et une autre le soir pour l’apé­ro. C’est donc ar­més de cou­rage que nous ava­lons tous les jours nos 1 000 m et des pous­sières de peau pour aller s’en­voyer en l’air au som­met de ces belles mon­tagnes is­lan­daises. Quelques heures de mon­tée pour quelques mi­nutes de bon­heur, che­veux au vent... L’équipe en­chaîne les « vi­rages carte pos­tale » comme ils disent chez Bon Ap­pé­tit et si la bonne neige n’est pas tou­jours au ren­dez-vous, le dé­cor fait vite ou­blier ce qui reste fi­na­le­ment un dé­tail. On pri­vi­lé­gie les pentes au sud, celles qui prennent le so­leil, pour s’of­frir une neige un peu re­ve­nue car même si le so­leil brille de 7 h à 22 h (tou­jours par in­ter­mit­tence), il fait

Ci-contre, Fa­bien Maie­rho­fer pro­fite de la bonne neige sur l'Arn­finnsf­jall, avec vue sur Olaf­sf­jor­dur.

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