Re­tour sur la suc­cess-sto­ry du chat de la Clu­saz

Skieur Magazine - - SOMMAIRE -

GÉ­NÉ­RA­LE­MENT, UN AR­TICLE COM­MENCE PAR UN TITRE. PAS CE­LUI-LÀ. PAS LA PEINE, CANDIDE SE SUF­FIT À LUI-MÊME. CE­LUI QUI A EN­CORE ILLU­MI­NÉ L’HI­VER DER­NIER DE­MEURE UN MYS­TÈRE QUI S’ÉPAIS­SIT POUR TOUS CEUX QUI NE SONT PAS SES AMIS PROCHES. PAS ÉTON­NANT, PUIS­QU’IL A CHOI­SI DE NE PAS PAR­LER DI­REC­TE­MENT À LA PRESSE SPÉ­CIA­LI­SÉE, UN SI­LENCE QUI CRÉE TOUS LES FAN­TASMES ET B­TIT UNE LÉ­GENDE. DÉCRYPTAGE D’UN PHÉ­NO­MÈNE QUA­SI PA­RA­NOR­MAL...

Free­ride World Tour millé­sime 2010. Les mau­vaises langues disent que les juges ont un peu ai­dé son ac­ces­sion à la plus haute marche, pri­vi­lé­giant les tricks via le choix des faces au dé­tri­ment des purs free­ri­deurs. Quand bien même ce ne se­rait pas tout à fait faux (on ima­gine tout l’in­té­rêt des or­ga­ni­sa­teurs à voir en­fin une vraie star ga­gner le tour), il suf­fit de vi­sion­ner son run à Ver­bier, où il part dans les der­niers, pour être con­vain­cu que quoi qu’il en soit, il au­rait ga­gné ! Peut-être moins lar­ge­ment, peut-être de pas grand­chose, mais sa longue tra­ver­sée à mach 2 dans des pentes à plus de 50° tout en cailloux au som­met du Bec des Rosses alors que l’ac­cueillante neige fraîche avait déjà été râ­pée de­puis long­temps par les pas­sages des autres skieurs suf­fit à s’en per­sua­der. Une fois de plus, Candide est ve­nu pour ga­gner et a mis en place un plan sans faille qui lui as­su­rait des runs de haut ni­veau mais avec une marge de sé­cu­ri­té suf­fi­sante pour sco­rer épais à chaque étape. Pour une pre­mière an­née sur le tour, c’est re­mar­quable même si per­sonne (c’est déjà ça !) n’a ja­mais dou­té de ses ca­pa­ci­tés de skieur. Ouf ! Seb Mi­chaud était là, il ra­conte : « J’étais sur le Free­ride World Tour l’an­née où Candide a par­ti­ci­pé et ga­gné. Per­so, j’ai tou­jours été dé­ten­du sur les com­pètes, peut-être un peu trop d’ailleurs, pré­fé­rant pro­fi­ter de ces belles faces, ces belles des­ti­na­tions, avec tous mes potes, non mes ad­ver­saires. Mais quand Candide s’élan­çait, on re­gar­dait tous avec beau­coup d’at­ten­tion la ligne qu’il avait choi­sie. Tout le monde l’a vu skier au moins une fois et sa­vait que s’il ne com­met­tait pas d’er­reur, ça mar­che­rait for­cé­ment. L’avan­tage avec Candide, c’est que lors­qu’il dé­cide de faire quelque chose, que ce soit un trick, une ligne ou même une vi­déo, il ne le fait ja­mais à 50 %. C’est d’ailleurs quel­qu’un qui se met énor­mé­ment de pres­sion car il ne veut pas dé­ce­voir les gens. On le voyait très peu sur le World Tour, il ne se mé­lan­geait pas trop avec les autres ri­deurs, ve­nait pour les mee­tings et puis re­par­tait s’iso­ler dans sa bulle, sû­re­ment pour gé­rer son stress et éta­blir son plan d’at­taque pour maxi­mi­ser ses chances de réus­site. Les gens conti­nuent en­core de lui as­so­cier cette image de mec à la co­ol,

c’était peut-être le cas à ses dé­buts car c’était la mode dans le free­style, mais au fil des an­nées, il a mû­ri et s’est fait de plus en plus dis­cret, jus­te­ment pour pri­vi­lé­gier le tra­vail. » Un point de vue que Fa­bien Cat­ta­néo, son en­traî­neur à La Clu­saz, ex­plique par­fai­te­ment. Un mythe sur les skis, ça se construit aus­si très tôt : « J’ai eu Candide en en­traî­ne­ment dès son plus jeune âge. C’était un ga­min su­per agréable à faire pro­gres­ser mais sur­tout, un vé­ri­table bour­reau de tra­vail, un mec qui sa­vait déjà ce qu’il vou­lait, qui était ca­pable de se mettre 25 tartes d’af­fi­lée et de re­mon­ter di­rect pour ré­es­sayer. On a tou­jours eu l’im­pres­sion que tout était in­né chez lui : certes, il a tou­jours eu du ta­lent et cette pe­tite étin­celle en plus mais ça ne l’em­pê­chait pas de ré­vi­ser ses gammes comme tout bon spor­tif. Tant qu’il était ga­min, per­sonne ne l’at­ten­dait au tour­nant : il se poin­tait tran­quille sur les com­pé­ti­tions, fai­sait ce qu’il sait faire de mieux et ra­flait la mise. Mais au fur et à me­sure des sai­sons, de ses vic­toires et de l’en­goue­ment au­tour de lui, la lé­gende a com­men­cé à se construire. Dé­sor­mais, on l’at­ten­dait ! Il y a eu des vic­toires et des échecs, ce qui ne l’em­pêche pas au­jourd’hui d’être aux yeux de beau­coup de ga­mins, dont ceux que j’en­traîne au club de La Clu­saz, un vé­ri­table dieu vi­vant de la dis­ci­pline, l’exemple à suivre. Tous les ans, il vient en­core passer quelques de­mi-jour­nées avec mes jeunes et il n’y a rien de mieux pour les boos­ter. Je les ai ra­re­ment vus skier aus­si vite et passer n’im­porte où comme ça ! Quand ils rident der­rière Candide, ils ne veulent rien lâ­cher. Comme lui… » Comme quoi, le ta­lent ne s’exo­nère ja­mais du tra­vail. Et la gran­deur, d’une part d’ombre.

Car des po­lé­miques, il y en a eues et pour­quoi les taire ? Trop de fu­mette par mo­ments, trop dans sa bulle, ca­pable de plan­ter sans états d’âme un shoo­ting im­por­tant (en­fin, pour ceux qui l’or­ga­ni­saient !), bref, ca­pable d’agir comme une star. Sauf qu’au­jourd’hui, qui d’autre re­pré­sente ce sta­tut en France ? Et même au-de­là ! Qui fait plu­sieurs di­zaines de mil­lions (il n’y a pas de faute de frappe !) de vues sur Youtube ? Per­sonne. Alors les stars sont les stars, avec leurs

dé­fauts et sur­tout leurs qua­li­tés, celles qui nous illu­minent, qui nous guident, qui font que le sport avance, se ré­in­vente, pen­dant que l’on ad­mire béa­te­ment ces avan­cées, ces rup­tures, ce fu­tur qui s’écrit sous nos yeux. Pour­quoi alors cher­cher la po­lé­mique là où, fi­na­le­ment, il n’y a que ta­lent ? Lors­qu’on ad­mire les pein­tures de Pi­cas­so, lui re­proche-t-on ses in­fi­dé­li­tés ou blâme-t-on le han­di­cap de Tou­louse-Lau­trec, l’al­coo­lisme de Mo­di­glia­ni ou la fo­lie de Van Gogh ? En un mot, pour­quoi em­mer­der Candide pour rien ? Parce qu’on est tous un peu frus­trés, tous ceux du « mi­lieu » à qui Candide parle de temps à autre mais qui ne ré­pond ja­mais aux ap­pels té­lé­pho­niques ou autres sol­li­ci­ta­tions. Parce qu’on ne com­prend pas, alors qu’on l’a vu naître au ski, du moins à sa phase mé­dia­tique me concer­nant, qu’il n’ait pas une forme de fi­lia­tion un poil nos­tal­gique qui fe­rait le mi­lieu du ski sa fa­mille. Lui a dé­pas­sé ça, non pas qu’il ne vive que pour lui, mais il se garde du temps libre et s’éloigne du brou­ha­ha. C’est pro­ba­ble­ment un des se­crets de sa réus­site « ar­tis­tique », de se te­nir loin des in­fluences et des modes qui font qu’au fi­nal, tout le monde fait à peu près la même chose. Candide, c’est l’art du contre­pied alors for­cé­ment, c’est une autre his­toire que celle qui s’écrit par­tout ailleurs. Tan­ner Hall fait de la peau de phoque (par­fois, ça vaut le coup de vivre un peu vieux pour voir dé­fi­ler l’His­toire...), for­cé­ment con­traint par une mode in­cer­taine qui veut que bien­tôt, on se­ra tel­le­ment tous à mon­ter avec des skis qu’on au­ra ou­blié qu’il s’agit de des­cendre... Il est bar­bu. Pas Candide. Pas plus qu’il ne se met en scène en bar­bu. À l’heure où l’industrie du ski tourne le dos au free­style après l’avoir por­té aux nues avec la même vé­hé­mence, Candide fait des mil­lions de vues sur Youtube avec... du free­style ! Il ne su­bit pas les modes mais fixe lui-même son ca­len­drier contre vents et ma­rées. Qui d’autre peut se le per­mettre ? Qui d’autre a ce ni­veau de cer­ti­tude pour as­su­mer sa ligne di­ver­gente tout en ra­flant la mise à chaque coup ? La ques­tion est in­té­res­sante car elle met en pers­pec­tive le dé­ca­lage, ou plu­tôt le gouffre, qui existe dès que l’on com­pare le skieur de La Clu­saz aux autres, avec tout le res­pect qu’on leur doit : il ne s’agit évi­dem­ment pas de dire que les autres sont mau­vais mais juste d’in­sis­ter sur le fait que Candide, qu’on le veuille ou pas, est sim­ple­ment hors norme, hors cadre, bref, pas vrai­ment sur la même pla­nète. C’est un OV­NI que l’on a eu la chance de ren­con­trer, qui s’est plu ici-bas, et qui va peut-être res­ter en­core un peu... Une sorte de « la Den­rée » du free­style, pour ceux qui ont lu le tru­cu­lent livre de Re­né Fal­let (ou vu le film* qui en dé­coule...). No­va­teur, se­cret, cha­ris­ma­tique. Autre

le­çon à re­te­nir de Candide : le pou­voir de la dis­cré­tion, la force de l’hy­po-ex­po­si­tion, pour créer un néo­lo­gisme évo­ca­teur à op­po­ser à la ten­dance mains­tream de l’ex­hi­bi­tion gé­né­ra­li­sée via les ré­seaux so­ciaux en gé­né­ral et Fa­ce­book en par­ti­cu­lier. Pour­tant, là en­core, per­sonne ne les uti­lise aus­si bien que Candide, sauf qu’il ne fait que très peu par­ta­ger son quo­ti­dien (for­cé­ment pas­sion­nant !), il dis­tille à coups de posts si ce n’est ho­méo­pa­thiques, à coup sûr pu­diques, l’écri­ture de sa propre lé­gende. Avec 500 000 amis sur Fa­ce­book et gros­so mo­do 150 000 abon­nés à sa chaîne Youtube, qui fait beau­coup mieux ? Ren­dez-vous compte : si on en reste aux vues im­por­tantes (celles de Youtube que Candide mo­né­tise via l’af­fi­chage des pu­bli­ci­tés), on ob­tient déjà plus de 6 mil­lions de vues de One of those days 3, quatre mois après sa mise sur or­bite ! À titre de com­pa­rai­son, c’est déjà plus que les vues Fa­ce­book (en au­to­run) de Fast For­ward de Ke­vin Rol­land qui a pour­tant été un énorme suc­cès ! La dif­fé­rence, c’est sim­ple­ment le cô­té international de Candide qui a su dé­pas­ser les fron­tières de l’Hexa­gone, étant de­ve­nu au fil des ans une icône mon­diale comme quelques skieurs al­pins ont pu déjà l’être, Bode Miller étant le meilleur exemple.

LE MYTHE

Par-de­là le skieur ex­cep­tion­nel, d’autres lé­gendes ont fi­ni de construire le mythe Candide Tho­vex. En pre­mière ligne, il y a le mon­tant de ses contrats, évi­dem­ment confi­den­tiels, avec les fa­bri­cants de skis, sans même par­ler de ce­lui qui le lie à Quik­sil­ver. Alors que tous les contrats des free­sty­leurs ont été gran­de­ment re­vus à la baisse, voire ré­duits à zé­ro, Candide n’a rien bra­dé de ses exi­gences : par­ve­nir tou­jours à main­te­nir cinq zé­ros der­rière un chiffre. Fan­tasme, réa­li­té, peu im­porte. Le mythe s’écrit aus­si de ru­meurs. Il n’em­pêche que la réus­site ac­tuelle de Fac­tion tient beau­coup à la si­gna­ture de Candide, au même titre que Dy­nas­tar et Sa­lo­mon n’ont bien ven­du de skis de free­style que lorsque le skieur de La Clu­saz était en contrat avec eux. Com­bien de skieurs ont vrai­ment fait vendre (mas­si­ve­ment) des skis sur leur nom ? Que cer­tains pro-mo­dels aient très bien fonc­tion­né, c’est un fait à l’image du Seth Pistol de K2 par exemple, mais ce suc­cès tient avant tout à l’image du pro­duit qui cor­res­pon­dait pile-poil à une at­tente, le tout éga­le­ment do­pé par l’image in­dé­niable du ri­deur. Mais que l’af­faire se re­pro­duise à chaque chan­ge­ment de spon­sor, c’est ex­trê­me­ment rare et sur­tout plus du ha­sard. Des ca­dors, il y en a plein les po­diums. Des icônes, on les compte sur les doigts d’une seule main. C’est pro­ba­ble­ment in­juste mais c’est comme ça !

LE FU­TUR

Lors­qu’on évoque les pro­jets de Candide, on est for­cé­ment dans l’ex­pec­ta­tive, la sup­po­si­tion. Un nou­veau long mé­trage ré­fé­rence ? Pas sûr... Le gar­çon n’aime pas trop re­faire la même chose. Un One of those days 4 ? Non, il a déjà an­non­cé que la der­nière mou­ture en date clo­rait la série, ce cycle de mi­ni-films qui al­laient cres­cen­do dans la cas­cade et les dé­lires skis aux pieds. Alors ? Un re­tour sur le Free­ride World Tour ? Im­pro­bable, il a tout à perdre. Une qua­lif pour les JO ? Ça pa­raît dé­fi­ni­ti­ve­ment im­pos­sible au­jourd’hui vu le ni­veau et sur­tout l’hy­per­spé­cia­li­sa­tion des dis­ci­plines. Mais pas la peine de s’es­so­rer le cer­veau à ten­ter de de­vi­ner de quoi se­ra fait l’ave­nir de Candide, on se­rait for­cé­ment à cô­té de la plaque. Ce qui est sûr en re­vanche, c’est qu’il s’agi­ra d’une (bonne) sur­prise... À Jas­per San­ders, son ma­na­ger, le mot de la fin : « Candide est très per­fec­tion­niste, aime avoir la main sur tout ce qui concerne son image, l’uti­li­sa­tion qu’on en fait, ses contrats, ses films, ses pro­duits… Il a créé en quelque sorte sa propre marque et je pense que ce­la ré­sume bien la chose. Il pour­rait d’ailleurs don­ner une belle le­çon à cer­taines marques en terme de pro­duits et de mar­ke­ting ! Il sait ce qui marche et de quelle ma­nière, chose as­sez rare pour un ath­lète de sa trempe. Il y a deux ath­lètes pour les­quels j’ai eu la chance de tra­vailler du­rant mes an­nées chez Quik­sil­ver, deux mecs par­ti­cu­liè­re­ment im­pli­qués dans le dé­ve­lop­pe­ment de leur car­rière, leur image, leur stra­té­gie et leur ave­nir : To­ny Hawk et Kel­ly Slater. Comme Candide, ils sont im­pli­qués à tous les ni­veaux, mais Candide les sur­passe sur un point : ses ta­lents en réa­li­sa­tion vi­déo et la ca­pa­ci­té qu’il a à pré­voir et vi­sua­li­ser l’in­té­gra­li­té du pro­jet.

La série des One of those days en est le par­fait exemple, réa­li­sée qua­si in­té­gra­le­ment par Candide lui-même : tour­nage, mon­tage, co­lo­ri­mé­trie, sound de­si­gn, ti­trage, etc. Il a tout fait. Il sait à quel point les dé­tails sont im­por­tants et va prendre le temps né­ces­saire pour s’as­su­rer que tout est comme il l’avait ima­gi­né. Candide a la mo­ti­va­tion mais sur­tout le dé­sir d’être le meilleur, ça fait pas loin de 20 ans que l’on tra­vaille en­semble et pour­tant, il conti­nue de m’im­pres­sion­ner par sa ca­pa­ci­té à per­sé­vé­rer pour ob­te­nir le meilleur, et en faire en­core un peu plus pour s’as­su­rer d’être le meilleur. C’est quelque chose que les meilleurs ont, ce qui ex­plique pour­quoi ils sont au-des­sus du lot. Dans un re­gistre pur bu­si­ness, cer­tains vous di­ront qu’il faut être dur, par­fois mal­hon­nête voire même men­teur… Ce n’est pas Candide : c’est un gars hon­nête, qui a des sen­ti­ments pour son équipe, une per­sonne au­then­tique avec de bonnes va­leurs.

Qu’est-ce qu’un bon bu­si­ness­man ? Les plus riches se foutent de tout et des autres, ne pensent qu’à eux et au pro­fit qu’ils peuvent gé­né­rer. Alors non, Candide n’est pas un bon bu­si­ness­man, juste un grand bu­si­ness­man et un mec fan­tas­tique. »

La suite cet hi­ver, ou le pro­chain, bref, quand Candide au­ra dé­ci­dé de nous re­mettre à ge­noux !

* La Soupe aux choux !

. por­trait. Texte LAURENT BEL­LUARD

Pho­tos CHRISTOFFER SJÖSTRÖM

En haut, la série des "One of those days" a per­mis à Candide de s'of­frir, en masse, le grand pu­blic. Cer­taines marques, comme Au­di, ont flai­ré le bon fi­lon et cette pu­bli­ci­té pour la tech­no­lo­gie Quat­tro du fa­bri­cant al­le­mand montre une fois de plus le ta­lent du ri­der, d'un point de vue spor­tif ou mar­ke­ting. Candide sait tout faire, même ri­der sans neige...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.