PISTE DE SKI IN­DOOR

UN TROU SANS FOND COMME UNE... PIS­CINE MU­NI­CI­PALE !

Skieur Magazine - - Edito -

C’est mar­rant par­fois les ré­seaux so­ciaux. On y sent l’air du temps comme on y me­sure le de­gré de bien­pen­sance du mo­ment qui, comme la tem­pé­ra­ture moyenne de la pla­nète, s’ins­crit en per­pé­tuelle hausse. Quand la mai­rie de Tignes a an­non­cé son pro­jet de piste de ski in­door, for­cé­ment, la we­bo­sphère s’est en­flam­mée aus­si vite que les fa­gots bien secs du bû­cher moyen­âgeux de la pre­mière pauvre vieille condam­née pour sor­cel­le­rie... Pour­tant, in­tui­ti­ve­ment, il ne pa­raît pas bien plus éner­gi­vore de chauf­fer l’eau et le bâ­ti­ment d’une pis­cine mu­ni­ci­pale à 28°C que de créer et re­froi­dir une piste en­nei­gée dans son han­gar à -3°C, sur­tout quand ce­lui-ci est plan­té à 2 000 mètres d’al­ti­tude où la tem­pé­ra­ture ex­té­rieure moyenne an­nuelle ne fran­chit pas les 3°C... Tou­te­fois, mal­gré la vive émo­tion sus­ci­tée, per­sonne n’a pris soin de com­pa­rer les chiffres de consom­ma­tion d’éner­gie d’une bonne pis­cine mu­ni­ci­pale* à ceux de la seule piste de ski in­door du pays (voir en­quête page 18), à Am­né­ville, his­toire d’avoir un ordre d’idée. Ré­sul­tat : pas de quoi cas­ser trois pattes à un ca­nard. Même pas un rap­port de 1 à 2 et à Tignes, on peut même pa­rier sur un équi­libre par­fait des consom­ma­tions d’éner­gie. Alors pour­quoi tant de haine ? Pour l’es­thé­tique ? Parce que c’est beau Tignes ? Ce n’est pas ar­ti­fi­ciel ? Le vrai village, je vous le rap­pelle, trempe au fond du bar­rage du Che­vril, sa­cri­fié sur l’au­tel de la pro­duc­tion... d’élec­tri­ci­té ! Évi­dem­ment, on peut dis­cu­ter du bien-fon­dé de cette hy­po­thé­tique piste in­door et de son in­té­rêt éco­no­mique (ce­la dit, une pis­cine est tou­jours dé­fi­ci­taire...), mais au moins fau­drait-il s’échar­per sur du concret, pas sur des ré­ac­tions épi­der­miques qui ont pour seule ver­tu de trans­for­mer l’igno­rance en sup­po­sée sa­gesse. Bref, cha­cun de­vrait tour­ner sept fois ses doigts dans ses poches avant de se pré­ci­pi­ter sur un cla­vier pour hur­ler avec les loups à chaque fois qu’un pro­jet ou une ac­tion sort du cadre. C’est le tra­jet pour se rendre en sta­tion qui im­pacte le plus le bilan car­bone du ski : un es­prit iro­nique pour­rait donc af­fir­mer à rai­son que l’im­plan­ta­tion de plu­sieurs snow­hall en ré­gion pa­ri­sienne, là où se si­tue le plus grand nombre de pra­ti­quants en France, per­met­trait d’amé­lio­rer si­gni­fi­ca­ti­ve­ment l’im­pact du ski sur le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, les skieurs d’Île-de-France se dé­pla­çant de fait moins sou­vent en mon­tagne... À moins, au contraire, que cette mul­ti­tude d’in­fra­struc­tures ne crée trop de vo­ca­tions et de nou­veaux skieurs dé­si­reux de dé­cou­vrir la pra­tique en mon­tagne... On ne s’en sor­ti­ra ja­mais ! Bref, cé­der au brou­ha­ha bien-pen­sant, pour ré­su­mer au dik­tat de Fa­ce­book, c’est sou­vent al­ler à l’en­contre de la cause que l’on sou­hai­te­rait dé­fendre et sur­tout, c’est fou­ler au pied les prin­cipes d’ob­jec­ti­vi­té et d’hu­ma­nisme dé­fen­dus en France de­puis le siècle des lu­mières, pos­ture qui a per­mis aux es­prits de s’ou­vrir plu­tôt que s’étio­ler. Alors, si je ne suis pas per­sua­dé du bien-fon­dé d’une piste de ski in­door à Tignes, je me sou­viens aus­si que lors de la construc­tion de la tour Eif­fel (qui de­vait ini­tia­le­ment être dé­mon­tée), bien des voix ont dé­non­cé l’hor­reur de l’édi­fice, la ga­be­gie fi­nan­cière de l’af­faire et le n’im­porte quoi am­biant. Rien de nou­veau fi­na­le­ment !

Laurent Bel­luard *Pis­cine do­tée d’un bas­sin de 25 m plus un bain moyen et une pa­tau­geoire, étude réa­li­sée par EDF.

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