La chasse à la pou­dreuse est un sport dé­li­cat par les temps qui courent. Et pour­tant, il suf­fit d’être au bon en­droit au bon mo­ment ! Cette fois, c’est une dé­pres­sion de nor­dest qui a plâ­tré les pe­tites sta­tions suisses de l’en­vers du mont Blanc. Tant mie

APRÈS NOTRE TOUR DU LÉ­MAN L’AN PAS­SÉ EN MODE « POW­DER ALERT », CETTE SAI­SON NOUS AMÈNE SUR LES VER­SANTS SUISSES DU MONT-BLANC À LA SUITE D’UNE GROSSE DÉ­PRES­SION DE NORD-OUEST POUR UN TRIP AUX CONNO­TA­TIONS « RÉ­DUC­TION DU BILAN CAR­BONE ».

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Mi-jan­vier, nous sommes sur la fin de la grosse pre­mière chute de neige de l’hi­ver sur la par­tie nord des Alpes. Un mètre de fraîche vient de se dé­po­ser sur les contours du mas­sif du Mont­Blanc. Nous je­tons notre dé­vo­lu sur les pe­tites sta­tions peu connues du cô­té suisse du mas­sif, loin du tu­multe de Cha­mo­nix. Un des gros avan­tages de la Suisse reste son ré­seau fer­ro­viaire très dé­ve­lop­pé, no­tam­ment pour ac­cé­der aux sta­tions de ski. Ar­thur, Alex et moi-même ra­mas­sons nos aco­lytes Quen­tin et Benj, ex­pa­triés à Cham, et nous at­ta­quons notre trip « pow­der alert » en gare de Cha­mo­nix di­rec­tion Val­lor­cine. La liai­son via le train est évi­dente étant don­né que la té­lé­ca­bine part de la gare de Val­lor­cine. Les re­mon­tées mé­ca­niques étant re­liées avec la sta­tion de Balme Le Tour au fond de la val­lée de Cha­mo­nix, nous pou­vons ain­si pro­fi­ter des deux ver­sants pour trou­ver nos so­lu­tions de re­pli au cours de cette jour­née nei­geuse. Les Cha­mo­niards ne nous ont pas at­ten­du pour faire les traces, même ex­cen­trés de leurs lieux de pré­di­lec­tion que sont l’Ai­guille, les Grands Mon­tets et le Brévent. Les hors-pistes de proxi­mi­té sont dé­jà hors d’état et la faible vi­si­bi­li­té ain­si que la sta­bi­li­té dou­teuse du man­teau nei­geux (beau­coup de vent sur Val­lor­cine) nous em­pêchent d’ex­ploi­ter les iti­né­raires plus in­té­res­sants tels que les cou­loirs de Ca­togne qui plongent sur Trient ou ceux au­to­ri­sés ver­sant Val­lor­cine de­puis l’ai­guillette des Po­settes. Notre re­cours se si­tue à l’ex­té­rieur des traces les plus éloi­gnées en par­tant du té­lé­siège de Belle Place en di­rec­tion de Val­lor­cine. Nous ten­tons de pro­lon­ger le plai­sir en conti­nuant notre des­cente après la re­te­nue d’eau : l’aven­ture s’avère as­sez fun mais pour faire nos traces, nous dé­ri­vons trop vers le nord-est et nous pas­sons la fron­tière sans nous en rendre compte. Dé­bar­qués sur la route en fond de val­lée, nous at­ter­ris­sons au Cha­te­lard, village si­tué à en­vi­ron 5 km en aval de Val­lor­cine. Pas de pro­blème, le train passe aus­si par-là en di­rec­tion de notre pro­chain stop : Les Ma­ré­cottes. Quand la route file vers Mar­ti­gny par le col de la For­claz, la ligne de che­min de fer prend une gorge après le village de Fin­haut pour ar­ri­ver en gare des Ma­ré­cottes puis une connexion de cinq

mi­nutes en bus nous dé­pose au pied du do­maine skiable, soit un gain de temps d’en­vi­ron 30 mi­nutes par rap­port à l’uti­li­sa­tion de la voi­ture. In­té­res­sant. Le temps s’est dé­ga­gé dans la nuit. Le so­leil brille et les co­ni­fères sont re­cou­verts d’un épais man­teau blanc. À me­sure que nous nous éle­vons avec la té­lé­ca­bine à tra­vers la fo­rêt, se dé­voile la vue sur le Mont-Blanc et ses som­mets my­thiques. Le gla­cier du Trient face à nous contraste avec la plaine du Va­lais en contre­bas. D’un cô­té comme de l’autre, la vue est ex­cep­tion­nelle. Le té­lé­siège sui­vant nous per­met de sor­tir de la fo­rêt et nous laisse dé­cou­vrir une ri­bam­belle de cou­loirs en amont du do­maine skiable mais aus­si des pentes courtes et très raides au­tour des pistes. Nous res­tons scot­chés par le po­ten­tiel hors-piste du do­maine. Nous avons l’im­pres­sion que tous les ter­rains sur les­quels nous fan­tas­mions au cours de notre hi­ver sont réunis au­tour de ces deux re­mon­tées mé­ca­niques, le tout sur pas moins de 1 300 m de dé­ni­ve­lé ! Dé­jà le ciel se voile et le temps se dé­grade. Nous es­sayons d’ex­ploi­ter au maxi­mum ce pe­tit coin de pa­ra­dis pour free­ri­der, en­chaî­nant pe­tites marches d’ap­proche ou ran­dos de quelques cen­taines de mètres en peaux de phoque pour fi­nir la jour­née sur les ro­tules par une bonne ri­go­lade en fo­rêt. Il nous faut re­prendre le che­min du rail, di­rec­tion Cham­pex pour notre pro­chain ar­rêt. Entre-temps, nous de­vons chan­ger de train à Mar­ti­gny, puis prendre un bus à Or­cières. Nous dé­bar­quons à Cham­pex sur les coups de 19 h sans ré­ser­va­tion pour notre lo­ge­ment, au­cun hô­te­lier n’ayant vou­lu nous ré­pondre du­rant la jour­née... Le con­duc­teur de bus, bien sym­pa­thique, nous aide à trou­ver le seul lo­ge­ment ou­vert ce soir dans le village. Mau­vaise nou­velle en re­vanche, tous les res­tau­rants sont fer­més du­rant la se­maine de jan­vier. Contre mau­vaise for­tune bon coeur, nous po­si­ti­vons l’af­faire alors que nos es­to­macs gar­gouillent en pen­sant qu’il n’y a donc per­sonne dans la

« LE PRE­MIER PRIN­CIPE DE LA QUÊTE DES BONNES CONDI­TIONS EST PAR DÉ­FI­NI­TION DE NE PAS SA­VOIR À L’AVANCE OÙ PAR­TIR SKIER. C’EST AUS­SI LE CHARME DE CE JEU. »

sta­tion, une chance pour tra­cer de­main. Après né­go­cia­tions avec notre hôte, elle nous pro­pose une fon­due suisse qui nous fait sa­li­ver tant la faim nous ronge. Nous n’avons rien man­gé de­puis ce ma­tin...

L’im­pres­sion que nous avait lais­sé notre ar­ri­vée à Cham­pex la veille est bien la bonne. L’am­biance « ou­ver­ture des Grands Mon­tets un jour de peuf », ben, c’est pas ça. On en est même à des an­nées-lu­mière ! À tout cas­ser, nous sommes une pe­tite di­zaine à em­prun­ter le té­lé­siège qui couvre d’une traite tout le do­maine. Ce té­lé­siège est long mais sal­va­teur car il per­met de se re­po­ser les cuisses et de se ra­vi­tailler après l’en­chaî­ne­ment des 900 m de dé­ni­ve­lé au mi­lieu de la fo­rêt. La par­tie à proxi­mi­té du té­lé­siège est ma­gique, les runs très longs, raides et les arbres bien ou­verts sur la zone som­mi­tale. Sur la par­tie basse, le run de­vient un peu plus du bû­che­ron­nage avec de nom­breux ar­cos qui barrent le che­min. Nous en­chaî­nons les pre­mières traces à chaque ro­ta­tion pour notre plus grand plai­sir, doit-on vrai­ment le pré­ci­ser ? Plus nous dé­ca­lons de­puis le som­met du té­lé­siège vers le fond de la val­lée, plus les runs se rac­cour­cissent et perdent de leur in­cli­nai­son pour at­ter­rir sur un che­min da­mé qui re­tourne au pied du té­lé­siège. Néan­moins, en guise d’échauf­fe­ment, la lar­geur de cette zone de fo­rêt est par­faite pour tes­ter les condi­tions. Le jour blanc qui per­siste ne nous per­met pas de mettre les peaux pour mon­ter et skier les cou­loirs ain­si que les val­lons qui do­minent le do­maine skiable mais, mal­gré ce temps maus­sade, la confi­gu­ra­tion de Cham­pex

pro­pose un long dé­ni­ve­lé, de la pente et per­sonne pour rider, ce qui per­met de faire du su­per ski de fo­rêt toute la jour­née dans d’ex­cel­lentes condi­tions de peuf.

Il est l’heure de plier les gaules et de gri­gno­ter un bout dans le bus pour un re­tour à Or­cières, pas­sage obli­gé pour at­teindre notre pro­chaine des­ti­na­tion : La Fou­ly. Cette val­lée en cul de sac qui donne ac­cès à l’Ita­lie par le Grand Col Fer­ret n’est pas des­ser­vie par le train. Nous re­pre­nons le bus et ter­mi­nons notre jour­née à l’au­berge des Gla­ciers au pied des pistes de La Fou­ly, une des bonnes adresses es­ti­vales à connaître sur le tour du Mont-Blanc pour les ran­don­neurs de tous les ho­ri­zons.

Au le­ver, nous sommes éblouis par le pa­no­ra­ma majestueux qui s’af­fiche de­vant nous, une ronde de som­mets avoi­si­nant les 4 000 m nous en­toure, tous sont pour­vus de gla­ciers des­cen­dant jusque dans la val­lée. Le do­maine est pe­tit, un té­lé­siège sui­vi d’une pioche pour un dé­ni­ve­lé to­tal de 800 m quand même. Notre but est de gra­vi­ter de­puis le som­met des re­mon­tées mé­ca­niques vers les ex­té­rieurs du do­maine pour fi­nir en bas dans la val­lée, quitte à mar­cher pour re­ve­nir au pied du do­maine. Notre pre­mière ten­ta­tive en di­rec­tion du Grand Col Fer­ret s’avère un échec. Le vent a souf­flé fort et a for­mé de belles plaques à vent. Nous re­brous­sons che­min et nous ten­tons notre chance de l’autre cô­té du do­maine. La neige est meilleure mais sur­tout plus stable. Une zone de fo­rêt éparse sur­plom­bée de sym­pa­thiques cou­loirs nous fait de l’oeil. Nous met­tons les peaux pour at­teindre l’arête qui longe cha­cun de ces cou­loirs et conti­nuons notre pro­gres­sion les skis sur le sac à dos. L’en­vers de l’arête ain­si que la par­tie au-des­sus de nous ré­vèlent un gros po­ten­tiel de cou­loirs et de pentes au fort dé­ni­ve­lé. Nous re­por­te­rons la dé­cou­verte de ces sec­teurs à une pro­chaine fois car la qua­li­té du man­teau nei­geux au­jourd’hui sur ces orien- ta­tions ne nous per­met hé­las pas de nous y aven­tu­rer. Nous choi­sis­sons cha­cun un cou­loir. Leur confi­gu­ra­tion nous au­to­rise à lâ­cher les che­vaux puis à skier tous en­semble dans la fo­rêt sur la fin du run. Nous émet­tons quelques doutes quant à la dou­ceur de la neige, puis nous en­ga­geons la par­tie. Nous sommes ins­tan­ta­né­ment ras­su­rés, la des­cente est pou­dreuse de haut en bas. Nous re­fe­rons alors une se­conde boucle pour pro­fi­ter jus­qu’au bout de ce lieu si beau et si tran­quille, avant qu’il ne soit dé­jà l’heure de ran­ger les skis et de re­tour­ner à Cha­mo­nix par le bus puis le train.

Fi­na­le­ment, une fois de plus, nous avons eu la confir­ma­tion qu’à l’ombre du Mont-Blanc se cachent quelques perles de pe­tites sta­tions au ca­rac­tère bien trem­pé et aux sa­veurs suisses pro­non­cées. À deux pas de leurs grandes soeurs Ver­bier et Cha­mo­nix, elles ont su, tout au long de notre trip, dé­voi­ler leurs atouts pour notre plus grand plai­sir. L’am­biance hel­vète et sur­tout le peu de fré­quen­ta­tion ont fait le suc­cès de notre es­ca­pade, comme tou­jours : de la pou­dreuse et des pre­mières traces tous les jours. À suivre…

« DE CE CÔ­TÉ DU MONT BLANC, LES

STA­TIONS SONT AC­CES­SIBLES EN TRAIN ET EN BUS, UN BON MOYEN DE TES­TER LE SKI EN MODE TRANS­PORT

EN COM­MUN. »

En haut, Alex avale les hec­to­litres de poudre que le ciel a dé­ver­sé sur nous.

À droite, Quen­tin ouvre full gaz dans la fo­rêt de Val­lor­cine.

À gauche, Quen­tin, skieur sai­gnant, à Cham­pex.

Ci-des­sus, les pa­ra­va­lanches des Ma­ré­cottes.

À droite, Ti­my ap­puie la courbe sous ces mêmes pa­ra­va­lanches.

Quen­tin à tra­vers les ar­bustes de Val­lor­cine.

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