On avait lais­sé Ri­chard Per­min en miettes que c’était plus simple d’ap­prendre à mar­cher au plâtre, le voi­là de re­tour frin­gant comme un jeune homme. Mise au point sur le fu­tur.

RI­CHARD, C’EST L’ITI­NÉ­RAIRE D’UN GA­MIN DE LA VILLE QUI EST DE­VE­NU SKIEUR. PAS TOUT À FAIT N’IM­PORTE QUEL SKIEUR, UN DOMPTEUR DE LIGNES. FREESTYLEUR AVANT DE SE METTRE À DÉ­COU­PER LES FACES COMME IL LE FAIT AU­JOURD’HUI, IL A DÛ (ET PU !) IN­TÉ­GRER SA PA­LETTE

Skieur Magazine - - Sommaire - Ga­vade au Ja­pon sous l’oeil de Dom Da­her. Après des mois de chaise rou­lante, comme l’im­pres­sion d’être ré­com­pen­sé des ef­forts consen­tis en ré­édu­ca­tion...

Puis un jour, presque par ha­sard, il a croi­sé les ca­mé­ras de MSP sur un trip et l’his­toire s’est ac­cé­lé­rée. Il ride et filme avec les meilleurs jus­qu’à la sai­son der­nière : si­lence ra­dio. Plus rien. Plus un bruit. La bles­sure. La pre­mière en 15 ans de car­rière. Deux ta­lons en miettes et des mé­de­cins plus que pru­dents sur son re­tour aux affaires... Mais quand il ré­ap­pa­raît dé­but 2017, il est de­bout. Il a chan­gé de spon­sor en si­gnant avec Dy­nas­tar et a re­con­duit tous les autres, ceux qui lui font confiance presque de­puis le dé­but.

Skieur Ma­ga­zine : Ri­chard, ce­la fait un an que l’on ne t’avait plus vu, ni dans une part MSP ni sur les ré­seaux so­ciaux et là, tout d’un coup, on di­rait qu’il n’y a plus que toi...

Ri­chard Per­min : Il y a exac­te­ment un an, le 24 jan­vier 2016, j’ai eu un grave ac­ci­dent de ski sur un shoo­ting à Avo­riaz et je me suis ex­plo­sé les deux cal­ca­néums (en ré­su­mé, les deux ta­lons...). La suite des ré­jouis­sances a été une grosse opé­ra­tion, trois vis dans chaque ta­lon, deux mois de fau­teuil rou­lant, deux mois de centre de ré­édu­ca­tion et cinq mois en­core de ré­ha­bi­li­ta­tion à do­mi­cile avec une équipe ki­né, plus une pré­pa­ra­tion phy­sique spé­ci­fique... Une sai­son blanche quoi, la pre­mière de­puis 15 ans et au pas­sage, un sa­cré coup au mo­ral...

SM : Moins d’un an après, te voi­là de re­tour, plus vite que pré­vu se­lon le pro­nos­tic du corps mé­di­cal. Comment est-ce pos­sible ?

RP : Ef­fec­ti­ve­ment, c’est par­ti­cu­liè­re­ment ra­pide, d’au­tant que les mé­de­cins me don­naient entre un an et de­mi et deux ans avant d’être de nou­veau opé­ra­tion­nel. Pour moi, ce n’était sim­ple­ment pas en­vi­sa­geable, il fal­lait que je re­tourne dans la neige au plus vite ! Je me suis mis à fond sur la ré­édu­ca­tion car, au-de­là même du ski, ram­per pour al­ler aux toi­lettes, c’est pas trop mon kif ! Certes, ça fai­sait mar­rer mes potes à qui j’en­voyais des vi­déos, mais bon, pour moi, c’était plu­tôt ri­go­lo jaune... Je me suis pré­pa­ré un pro­gramme de guerrier, avec ré­veil à 7 h tous les ma­tins pour une bonne ses­sion d’élec­tro-sti­mu­la­tion, puis du car­dio sur un vé­lo à bras. J’ai qua­si­ment fait en deux mois l’équi­valent d’un al­ler-re­tour Dun­kerque-Mar­seille, soit 1 600 ki­lo­mètres. En­suite, et sans tran­si­tion, j’en­chaî­nais avec une heure de ki­né avant de m’au­to­ri­ser une pause re­pas puis re­be­lote l’après­mi­di. Ça pa­raît énorme, mais quand tu re­com­mences à te mettre de­bout et re­trouves des sen­sa­tions, ça te re­mo­tive à fond.

SM : Quand on voit les pre­mières images qui ont fil­tré sur les ré­seaux so­ciaux, cette lourde bles­sure semble être un loin­tain sou­ve­nir. Tout est ok ou tu tournes 24 h/24 à la mor­phine ?

RP : Je suis plus que content de pou­voir à nou­veau skier mais aus­si et sur­tout, de pou­voir de nou­veau sau­ter. Main­te­nant, le choix du Ja­pon comme pre­mière des­ti­na­tion de mon come-back n’est clai­re­ment pas ano­din compte te­nu des condi­tions en Eu­rope en ce dé­but de sai­son, c’était même une évi­dence ! Au­jourd’hui, plus que ja­mais, la pou­dreuse est mon al­liée et j’avais be­soin de re­trou­ver des sen­sa­tions et me faire plai­sir sans pen­ser à mes pieds. En re­vanche, je ne te cache pas que je serre quand même les dents... Dès la sor­tie de l’hô­pi­tal, j’ai dit aux mé­de­cins que je ne vou­lais plus de mé­docs. Il fal­lait que je sur­monte la bles­sure sans toutes ces drogues qui pol­luent ton corps et ton es­prit : je suis dé­jà suf­fi­sam­ment ta­ré, ça ne sert à rien d’en ra­jou­ter ! Main­te­nant, et même après cette pre­mière grosse étape, il me reste en­core beau­coup de tra­vail pour me sen­tir à nou­veau prêt à 100 %.

SM : Chan­ger de spon­sor en étant en fau­teuil rou­lant, c’est ris­qué ou in­es­pé­ré ? Atomic t’a mis de­hors à cause de cette bles­sure ou ça a été une vo­lon­té de ta part ?

RP : Ça au­rait peut-être pu se pas­ser comme ça mais Atomic était prêt à conti­nuer avec moi. En fait, cette bles­sure m’a lais­sé beau­coup de temps pour ré­flé­chir

« RI­CHARD RE­TOMBE TOU­JOURS SUR SES PATTES. MAIS PAR­FOIS EN

Y LAIS­SANT LES TA­LONS... LA GRA­VI­TÉ IM­POSE PAR­FOIS SA LOI ! »

à mon ave­nir, his­toire de sa­voir exac­te­ment ce que je vou­lais vrai­ment faire et vers quoi je sou­hai­tais di­ri­ger mon ski : avoir un sa­laire est une chose, faire par­tie du dé­ve­lop­pe­ment du ma­té­riel en est une autre. C’est cette deuxième com­po­sante que je re­cher­chais en prio­ri­té, c’est pour­quoi je me suis rap­pro­ché d’une marque fran­çaise qui pou­vait mieux m’écou­ter et ré­pondre à cette at­tente. Après toutes ces an­nées, j’ai l’im­pres­sion d’avoir mû­ri, je ne me sens plus seule­ment simple consom­ma­teur de ski, j’ai en­vie de sa­voir ce que j’ai sous les pieds et de par­ti­ci­per au dé­ve­lop­pe­ment de ce fee­ling. Dy­nas­tar a par­ti­cu­liè­re­ment ap­pré­cié cette dé­marche et on par­ta­geait cette même vi­sion. Ils vou­laient re­don­ner un coup de jeune à leur image, de­ve­nir moins « free­ride pa­pa » et j’avais en­vie de bos­ser avec cette équipe, le rap­pro­che­ment s’est donc fait lo­gi­que­ment.

SM : Tu fais par­tie de cette gé­né­ra­tion de free­sty­leurs qui a évo­lué vers le big moun­tain. Comment s’est pas­sée cette tran­si­tion pour toi qui n’es pas un al­pi­niste ? Il y a d’ailleurs une blague qui court sur toi di­sant que la pre­mière fois que tu t’es re­trou­vé au som­met d’une face, avec Mi­chaud comme par­rain, tu ap­pe­lais un mous­que­ton un ca­de­nas... Il est loin ce temps­là ?

RP : Outre le vo­ca­bu­laire de l’équi­pe­ment, le plus gros ap­pren­tis­sage a été d’ap­prendre à lire les lignes et à m’y re­trou­ver. Ap­prendre à évo­luer en mon­tagne a aus­si été un sa­cré chal­lenge et au­jourd’hui en­core, je suis tou­jours mé­fiant et res­pec­tueux de cet uni­vers. Quand la mon­tagne te rap­pelle à l’ordre, t’as vite fait de com­prendre que tu n’es pas grand-chose face à cette im­men­si­té, juste un pe­tit bout de viande au mi­lieu de monstres blancs !

SM : Tu t’es fait connaître par la com­pé­ti­tion, d’abord en free­style puis en free­ride, avant de te di­ri­ger uni­que­ment vers le film. La com­pète, c’est fi­ni ?

RP : Non, j’aime bien par­ti­ci­per à quelques contests comme le Li­ne­cat­cher ou Cold Rush, deux évé­ne­ments Red Bull qui mêlent les deux dis­ci­plines et de­mandent d’être un skieur po­ly­va­lent. C’est co­ol et c’est aus­si une bonne oc­ca­sion de re­voir les co­pains mais après avoir goû­té ces der­nières an­nées à la vi­déo, je ne vais pas men­tir en di­sant que faire de l’image reste mon ac­ti­vi­té fa­vo­rite.

SM : Avoir les moyens de par­tir fil­mer avec la crème de la crème à l’autre bout du monde, c’est un peu le rêve de tout ri­deur. Le faire avec MSP, LA boîte de prod, c’est car­ré­ment at­teindre le graal. Comment la ren­contre s’est-elle dé­rou­lée ?

RP : Le ha­sard des ren­contres a fait que j’ai eu l’op­por­tu­ni­té de fil­mer une fois avec MSP à Tul­se­quah lors d’un trip avec Kaj Za­ckris­son, Phil Meier et Sverre Li­lie­quist. Tout a com­men­cé là : j’étais par­ti pour dix jours de tour­nage et je suis fi­na­le­ment ren­tré deux mois et de­mi après ! Ce qui me fai­sait rê­ver étant jeune, c’était de re­gar­der un beau seg­ment plus qu’un po­dium, donc lorsque l’op­por­tu­ni­té s’est pré­sen­tée à moi, je me suis don­né à fond pour y ar­ri­ver. Cette per­sé­vé­rance a payé et a fait la suite que les fa­nas de vi­déos de ski connaissent. J’ai com­men­cé avec 30 pe­tites se­condes dans The Way I See It, mais ça re­pré­sen­tait dé­jà tel­le­ment pour moi à l’époque, et deux ans plus tard, j’ai eu le droit d’avoir le seg­ment d’ou­ver­ture dans Su­pe­r­he­roes of Stoke. Du­rant les six an­nées pas­sées avec MSP, j’ai en­gran­gé pas mal d’ex­pé­rience mais ce­la m’a éga­le­ment per­mis d’en sa­voir un peu plus sur ce que je vou­lais faire en vi­déo, comment je voyais les choses pour concré­ti­ser des pro­jets per­son­nels qui me te­naient à coeur.

SM : Au­jourd’hui, tu passes un cap en de­ve­nant ton propre pro­duc­teur en em­bau­chant An­toine Frioux, le co­fon­da­teur de PVS. La pro­duc­tion d’images, c’est une nou­velle pas­sion ou ça t’a tou­jours trot­té der­rière la tête ?

RP : En fait, il y a deux ans, j’avais dé­jà par­ti­ci­pé à la pro­duc­tion du film The Mas­que­rade avec Sean Pet­tit et au­jourd’hui, fort de ce que j’ai ap­pris sur ces an­nées de tour­nage, j’avais en­vie d’ap­por­ter ma vi­sion du ski. Ce que j’aime, c’est la per­for­mance à tra­vers les voyages. J’au­rais du mal à pas­ser un hi­ver sans bou­ger et en sor­tant de ma bles­sure, j’avais tel­le­ment d’idées et de pro­jets en tête qu’il fal­lait que je m’y mette sé­rieu­se­ment. Ma col­la­bo­ra­tion avec Fli­pioux (ndlr : An­toine Frioux qui a au­jourd’hui quit­té PVS pour mon­ter Ivresse Films et suivre Ri­chard sur toute la sai­son) était une évi­dence. On a com­men­cé en­semble il y a dix ans quand ça s’ap­pe­lait en­core SVP, puis on est par­tis vivre nos ex­pé­riences cha­cun de notre cô­té. On a la même vi­sion des choses, ce qui sim­pli­fie gran­de­ment l’af­faire. Quoi qu’il en soit, ça ne change rien à mes am­bi­tions, je veux skier et me mar­rer ! Cet hi­ver jus­te­ment, je pro­duis un film avec le snow­boar­deur Vic­tor De Le Rue et An­toine Frioux à la ca­mé­ra, en co­pro­duc­tion avec Red Bull Me­dia House. A prio­ri, on de­vrait ar­ri­ver à faire quelque chose de pas trop mal…

« CRÉER SA PROPRE HIS­TOIRE VI­SUELLE, DÉ­VE­LOP­PER DES SKIS ET DU MA­TÉ­RIEL EN GÉ­NÉ­RAL, C’EST AUS­SI POUR RI­CHARD PAS­SER LE CAP DE LA MA­TU­RI­TÉ, AVEC L’EN­VIE DE SE RÉA­LI­SER ET PLU­TÔT QUE DE SIM­PLE­MENT RÉA­LI­SER DES

CHOSES. »

Du fat, du très gros fat même, Ri­chard en a fait sa spé­cia­li­té dans les seg­ments vi­déo, sans pour au­tant avoir une ré­pu­ta­tion de cas­ca­deur. Il faut

dire qu’avec son pas­sé de free­sty­ler pure souche, l’ani­mal est agile...

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