Gou­rette. Cette sai­son, les Py­ré­nées ont été net­te­ment mieux gâ­tés que les Alpes. Les lo­caux en ont pro­fi­té sans mo­dé­ra­tions, quitte à mon­ter en peaux.

DANS LES PY­RÉ­NÉES, LES HI­VERS PASSENT ET NE SE RES­SEMBLENT JA­MAIS MÊME SI DE­PUIS QUELQUES AN­NÉES, NOUS AVONS PLU­TÔT ÉTÉ G­TÉS. MAIS ICI, IL VAUT MIEUX OU­BLIER LES THÉO­RIES DES AN­CIENS SUR L’ÉPAIS­SEUR DES PE­LURES D’OI­GNONS OU CELLE DE L’ÉCORCE DES ARBRES

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Tout com­mence dé­but no­vembre où, dès les pre­miers flo­cons, tous les ac­cros de ski se trans­forment en ran­don­neurs et même les plus al­ler­giques à la peau de phoque tels que moi s’y mettent sans (trop) re­chi­gner… De­puis quelques an­nées, la ran­don­née, ou de­vrais-je plu­tôt dire la free­ran­do (terme ten­dance en ce mo­ment), de­vient de plus en plus po­pu­laire. Pour­quoi pas. En tout cas, cet équi­pe­ment plus que cette pra­tique nous a per­mis de pro­fi­ter des pre­miers flo­cons avant la longue tra­ver­sée du dé­sert qui a sui­vi ces dé­buts pro­met­teurs... Eh oui, comme chaque an­née dans les Py­ré­nées, un mé­chant re­doux al­terne avec des pré­ci­pi­ta­tions par­fois dé­me­su­rées et cette an­née, c’est notre ami l’an­ti­cy­clone des Açores qui s’est hon­teu­se­ment in­crus­té comme un mal­propre, de quoi ima­gi­ner par­tir sur la côte basque se (re)mettre au surf et pro­fi­ter d’un été in­dien en plein mois de dé­cembre. Jus­qu’à l’an­nonce de l’ar­ri­vée d’une mé­chante per­tur­ba­tion de nord-ouest qui a l’air bien dé­ci­dé à nous faire ran­ger nos tee-shirts pour le reste de l’hi­ver... Quelques jours de danse au­tour d’un feu de camp plus tard, il ne s’ar­rête pas de nei­ger. La neige tombe même aus­si vite que le risque d’ava­lanche monte. Lors­qu’on prend plus d’un mètre sur un sol chaud sans sous-couche en ver­sant sud, et sur une sous-couche de go­be­lets en ver­sant nord, il ne faut pas s’at­tendre à moins. Risque 5. Les sta­tions comme les routes de mon­tagne ferment les unes après les autres, tout le monde fait les cent pas en guet­tant le pre­mier cré­neau qui per­met­tra d’al­ler im­po­ser sa si­gna­ture sur ce nou­veau man­teau blanc, Pa­blo Mou­rasse, Cy­ril Ba­rat, Jean-Mi Goua­dain, Guillaume Ar­rie­ta et moi-même en pre­mier. On tire des plans sur la co­mète pour le pre­mier jour de beau temps à ve­nir, bien­tôt. Un pre­mier cré­neau de beau nous per­met de re­pé­rer plu­sieurs spots alors que la cir­cu­la­tion vers les sta­tions s’or­ga­nise en con­vois, pour di­mi­nuer et maî­tri­ser le risque d’ac­ci­dent, les pentes se pur­geant sans at­tendre que la route soit libre... Le len­de­main, le risque d’ava­lanche des­cend à 4 (ça reste énorme !) mais les routes me­nant aux sta­tions peuvent dé­sor­mais ou­vrir nor­ma­le­ment. Ce­la nous per­met de tous mon­ter à Gou­rette pour al­ler tra­cer les en­droits que Jean-Mi a re­pé­rés la veille. Nous avons choi­si cette op­tion à cause des condi­tions de ces der­niers jours car nous es­ti­mons qu’il vaut mieux jouer la carte sé­cu­ri­té : les deux iti­né­raires si­tués entre 1 400 m et 1 800 m d’al­ti­tude sont ex­po­sés sud-ouest et nord-ouest, avec des pentes moins raides qu’à l’ha­bi­tude et donc, un risque moindre. Pro­fi­ter de la poudre, c’est sa­voir le faire avec pru­dence. De­puis le dé­but de l’épi­sode nei­geux, il y a eu beau­coup de vent et de trans­port de neige en haute al­ti­tude et mal­heu­reu­se­ment, il y a dé­jà un ac­ci­dent d’ava­lanche à dé­plo­rer. Dans ce type de si­tua­tion, il n’y a que deux so­lu­tions : res­ter à la mai­son ou mi­ni­mi­ser les risques au maxi­mum, toute autre op­tion mène à l’ac­ci­dent.

Gou­rette est une sta­tion de la val­lée d’Os­sau, plan­tée dans un cadre ma­gni­fique, qui se trouve à 45 mi­nutes de Pau. Au-de­là des su­perbes pa­no­ra­mas sur la val­lée, il y a moyen de vrai­ment se faire plai­sir ici les jours de peuf avec un peu plus de 1 100 mètres de dé­ni­ve­lé et la pos­si­bi­li­té d’al­ter­ner runs dans les arbres et belles lignes sur des pentes vierges en grandes courbes. En re­vanche, mieux vaut se le­ver tôt car les lo­caux ne vous at­tendent pas pour al­ler tout pé­ter pen­dant que vous êtes en­core au ca­fé... Après un jo­li tour en sta­tion et quelques spots dé­fon­cés plus tard, re­ve­nons main­te­nant à nos mou­tons et au pre­mier spot évo­qué qui nous per­met de ne pas être trop ex­po­sé aux risques d’ava­lanche… En risque 4, mieux vaut res­ter humble. La mon­tagne n’est pas un lieu asep­ti­sé, on n’est pas à Dis­ney­land... D’ailleurs, les re­mon­tées mé­ca­niques ne sont pas ou­vertes. 400

mètres de dé­ni­ve­lé plus haut à la force du jar­ret, une pente où se mêlent vé­gé­ta­tion, ro­chers, pe­tits cou­loirs et pillows s’offre à nous comme un pe­tit pa­ra­dis fraî­che­ment ima­gi­né par un dieu un peu poète sur les bords. Il existe de mul­tiples pos­si­bi­li­tés d’iti­né­raires dans ce dé­cor de rêve et on en pro­fite jus­qu’au soir, en­chaî­nant cou­loirs et pe­tites faces… À la tom­bée de la nuit, nous dé­brie­fons au­tour d’un de­mi pour pré­pa­rer la jour­née du len­de­main. Il nous semble pos­sible de mon­ter au-des­sus du col d’Au­bisque où nous at­tendent de belles faces pas en­core ex­ploi­tées. Et pour cause, ce sec­teur plus en al­ti­tude reste fer­mé et seuls les cou­ra­geux pour­ront en pro­fi­ter.

Le col d’Au­bisque est l’un des cols py­ré­néens très connus des cy­clistes ac­cros au maillot blanc à pois rouges. Il offre un su­perbe pa­no­ra­ma sur la sta­tion de Gou­rette avec une vue im­pre­nable sur la val­lée d’Os­sau, la plaine et une belle par­tie de la chaîne des Py­ré­nées. C’est aus­si un spot idéal pour nous car l’en­droit re­gorge de pentes à faible in­cli­nai­son tout à fait adap­tées à ces condi­tions dif­fi­ciles. Ivan Cha­ber­ty, ins­tal­lé dans le coin de­puis un pe­tit mo­ment, nous a re­joints pour cette jour­née. Nous sui­vons la route qui est bien dé­nei­gée mais reste en­core fer­mée à cause des risques d’ava­lanche, les grandes faces qui la sur­plombent étant me­na­çantes... Alors oui, ce che­min d’ac­cès s’avère très fa­cile mais il s’agit d’être très vi­gi­lants et de con­duire en re­gar­dant vers le haut. Ar­ri­vés au col, nous chaus­sons nos peaux pour ac­cé­der aux lignes ima­gi­nées par notre ami Jean-Mi. Après avoir cra­ché un pou­mon et frac­tu­ré la moi­tié de l’autre, j’ar­rive à l’en­droit où je dé­cide de res­ter pour shoo­ter les potes qui re­partent pour une heure de ran­do sup­plé­men­taire. Les lu­mières et les pay­sages sont fous et le spot com­plè­te­ment vierge. Au pre­mier pas­sage, c’est une tue­rie : pou­dreux de haut en bas, des grandes courbes bien ap­puyées et de grosses gerbes de neige… Si tous les ef­forts en ran­do étaient tou­jours ré­com­pen­sés de la sorte, ce se­rait ma­gique ! Après ce pre­mier run, il faut re­mon­ter au col d’Au­bisque puis re­des­cendre pour re­joindre la route qui mène à la sta­tion. Cette fois en­core, une belle des­cente sur­plombe Gou­rette, au mi­lieu des plan­ta­tions d’arbres qui servent à sta­bi­li­ser le man­teau nei­geux. Mer­ci à elles... Cette jour­née ma­gni­fique se ter­mine de­vant un pe­tit verre entre amis, comme tou­jours, et à la veille de l’ou­ver­ture glo­bale du do­maine, nous avons dé­jà pris le meilleur. Un hold-up en règle sans avoir pris de risques dé­me­su­rés, ren­du pos­sible parce qu’on a bien su re­pé­rer les lieux et que l’on s’est conten­té du meilleur, pas de l’in­con­ce­vable. C’est toute la nuance lorsque le risque d’ava­lanche est (très) éle­vé : sa­voir que le meilleur n’est pas le même que lors­qu’on est en risque 2 par exemple. À Gou­rette, comme ailleurs, en pre­nant soin d’être rai­son­nable et en n’ayant pas peur de trans­pi­rer un peu, on peut s’of­frir des mo­ments hors du temps, un bra­quage à la py­ré­néenne comme on dit !

Ci-des­sus : Pe­tite vue de Gou­rette .

À gauche : Jean Mi se gave à la mai­son.

Ci-des­sus : Cy­ril pose la pre­mière trace au des­sus du col d’Au­bisque. Page de droite, en haut : Mon­tée au des­sus du col d’Au­bisque, avec son vieux té­lé­ski hors d’usage au­jourd’hui.

En bas : Pe­tit trun de Pa­blo dans un dé­cor de rêve.

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